Concerter, assumer : les verbes intransitifs du macronisme

« Un écrivain passe toute sa vie à voyager au cœur de la langue, tentant de minimiser, si ce n'est d'éliminer la distance entre la langue et la pensée. Mais pour les États et les entreprises, l'unique objet de la langue est de masquer les intentions ». Arundhati Roy.

Tordre la langue au point de faire dire aux mots le contraire de ce qu’ils veulent dire. S’il est une caractéristique de ce pouvoir, c’est bien celle-ci. Et l’un des procédés les plus couramment utilisés par M. Macron et ses affidés, c’est de rendre intransitifs des verbes qui ne le sont pas dans leur usage courant.

Selon la définition du Littré, concerter (quelque chose) signifie « projeter de concert avec un ou plusieurs » ou encore, dans sa forme pronominale (se concerter), « s'entendre pour agir de concert ». Dans la bouche d’Edouard Philippe en août 2017, à propos de la contre-réforme du droit du travail, le sens est tout autre (voir ici) : « Nous avons concerté. Concerter ce n’est pas négocier. Chacun est libre d’être pour ou contre, de le penser, de le dire. » Traduction : le gouvernement a la bonté de vous informer de ses décisions et vous êtes encore libre de n’être pas d’accord (profitez-en, cela aussi pourrait changer). Et le tweet de se terminer par le hashtag #DialogueSocial puisque, depuis des lustres dans ce pays, le pouvoir ne négocie plus, il « dialogue ».

Assumer, c’est le verbe macroniste par excellence. Alors que son usage courant est transitif (« Assumer la responsabilité d'une mesure » dans l’exemple du Littré), il est systématiquement intransitif en Macronie. « J’assume », voire « J’assume totalement », a coutume de dire le président de la République dès que ses décisions sont contestées. Qu’est-ce qu’il assume exactement ? Eh bien, absolument rien justement, puisqu’il est constitutionnellement irresponsable. Et les godillots qui l’entourent de sauter sur leur chaise comme un cabri en disant j’assume, j’assume, j’assume.

Je concerte et j’assume. En clair : j’ai décidé, je prends quand même la peine de vous expliquer (la fameuse « pédagogie ») voire même de (faire semblant de) vous écouter (le « Grand débat national » et autre « Convention citoyenne ») mais je n’en ai strictement rien à f… de ce que vous pensez. Et pour les mal-comprenants, il y a le LBD.

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