Vol de vautours au-dessus de Rambouillet

L’assassinat d’une agente administrative du commissariat de Rambouillet a provoqué un nouvel envol des vautours qui instrumentalisent ces drames, sans le moindre respect pour la mémoire de la victime et de ses proches.

Marine Le Pen a opéré le même jour un retour remarqué aux fondamentaux et à ce qui a toujours été le fonds de commerce de son parti. Le matin, elle lançait aux généraux amis de papa et nostalgiques de Salan un appel à la soutenir. L'après-midi, elle s'en prenait sur Twitter aux immigrés, ces terroristes de l'ombre : « Comment un homme qui est resté clandestin durant 10 ans sur notre territoire a-t-il pu être régularisé ? Pourquoi les centaines de milliers de clandestins présents en France ne sont pas expulsés ? »

Nicolas Dupont-Aignan, ex-futur premier ministre de Marine Le Pen entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2017, n’a pas perdu le sens de la nuance qui le caractérise en affirmant que l’attaque de Rambouillet était « une des conséquences majeures de la submersion migratoire que nous subissons » et d’une « politique de faiblesse vis-à-vis de l’islamisme ».

Valérie Pécresse a tenu à ne pas se laisser distancer dans la course à l’extrême-droite en déclarant : « Il faut d’abord cesser de nier le lien entre terrorisme et immigration, il y a un lien, notamment avec l’immigration la plus récente. »

Xavier Bertrand, qui se voit déjà calife à la place du calife, entend se donner les moyens de « faire la guerre » : « Pour ceux qui sont condamnés pour terrorisme, il faut une peine de 50 ans de prison. » 50 ans, ne serait-pas un peu « mou » comme dirait Gérald Darmanin ? 100 ans ne seraient-ils plus dissuasifs ? Le fait que les auteurs d’actes terroristes soient prêts à se faire tuer et ont effectivement tous été tués par la police depuis 2015 a sans doute échappé à ce monsieur.

Du côté du gouvernement, c'est plutôt la dépouille de l’État de droit que l'on entend continuer de dépecer.  Il adopte pour cela la recette de Nicolas Sarkozy en son temps : un fait divers, une loi de circonstance (*). Après l’assassinat de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, il y avait eu la loi « séparatisme ». Deux jours après l’assassinat de Rambouillet, le ministre de l’Intérieur annonçait dans la Pravda macroniste qu’il présenterait au prochain Conseil des ministres un « projet de loi relatif à la prévention d'actes de terrorisme et au renseignement ».

Au menu, la pérennisation des dispositions de l'état d’urgence transposées dans le droit commun par la loi SILT du 31 octobre 2017. Déjà prolongées en décembre 2020, elles vont donc devenir définitives. Le nouveau projet de loi prévoira également « d’actualiser et de pérenniser le recours aux algorithmes, c’est-à-dire le traitement automatisé des données de connexion, par la DGSI ». Le gouvernement confirme ainsi qu'il s'oppose désormais frontalement au droit de l'Union Européenne en matière de libertés individuelles. Comme la Hongrie ou la Pologne (voir l'excellent billet de Paul Cassia à ce sujet).

Comme toutes les lois scélérates votées depuis 2017, celle-ci sera évidemment utilisée pour réprimer les mouvements sociaux. Dans son ouvrage Ennemis d’État, Raphaël Kempf évoquait ces lois en ces termes : « Adoptées sous le coup de l’émotion pour gérer une situation exceptionnelle, désignant des ennemis, elles donnent un pouvoir extraordinaire et parfois temporaire à l’État, à la police et au ministère public, avant de se normaliser et de cibler aussi les citoyens ».

Depuis qu’elles ont été promulguées, ces lois ont été constamment détournées de leur objet affiché dans le but d’interdire à des citoyens de se rendre à des manifestations, de procéder à des contrôles d’identité, à des fouilles de véhicules, à des perquisitions administratives ou au fichage des militants. Comble de cynisme, ces lois prétendument « antiterroristes » servent également de base juridique pour poursuivre ceux qui sont allés combattre l’État Islamique au Rojava (voir ici).

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(*) Le 21 avril 2017, un candidat à l’élection présidentielle tenait ces propos : « Moi, je ne vais pas inventer un programme de lutte contre le terrorisme dans la nuit. Ça, c'est de l'irresponsabilité. Ce que veulent ceux qui nous assaillent, c’est la panique, c’est que nous changions chaque jour de proposition et de programme, au gré des circonstances. » Il s’appelait Emmanuel Macron.

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