Le Canard Enchaîné assure le SAV de la politique fiscale de Macron

Les éléments de langage de l’exécutif sont repris ces derniers jours par une alliance improbable entre le Canard Enchaîné et les journaux de Bernard Arnault.

Dans son éditorial du 20 juin dernier, Etienne Lefebvre, rédacteur en chef du quotidien Les Echos, se félicite des « bons comptes de la flat tax ». Ce prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital (dividendes et plus-values), mis en place à compter du 1er janvier 2018, taxe les revenus du capital à 30 % (17,2% de CSG, 12,8% d'impôt) alors que ces revenus étaient auparavant taxés comme les revenus du travail.

Alors que les revenus du capital ne pèsent rien dans les revenus disponibles bruts des 60 % les plus pauvres, ils représentent en revanche 14 % du revenu disponible brut des 20 % les plus riches (voir la note de conjoncture de l'INSEE de juin 2019, page 21). Cette proportion est encore bien plus importante pour les 1% ou les 0,1% les plus riches. Cette mesure a donc bénéficié aux contribuables les plus aisés qui se trouvent être, par une heureuse coïncidence, ceux qui ont massivement voté pour la liste LREM aux élections européennes.

Selon le gouvernement et la presse qui assure sa communication, l'introduction de la « flat tax » a entraîné une hausse de recettes fiscales de 1 Mds d'euros, ce qui leur permet d'entonner tous ensemble un couplet à la gloire de la politique fiscale de M. Macron. La réalité est évidemment plus complexe et a été fort bien analysée dans cet article de Romaric Godin, publié sur Mediapart le 24 juin.

Que la presse économique contrôlée par Bernard Arnault (Les Echos, L'Opinion) assure le SAV d'une politique fiscale qui sert ses intérêts, voilà qui ne saurait étonner personne.

L'article publié ce jour dans Le Canard Enchaîné, qui relaye sans aucune distance critique les arguments avancés par L'Opinion, pourrait paraître plus surprenant. Ce serait oublier que l'hebdomadaire satirique, semaine après semaine et depuis bien longtemps, reprend à son compte la propagande néo-libérale sur la fiscalité (et aussi sur la dette publique).

Parler de « taux astronomiques atteints sous Hollande » comme le fait cet article en est une nouvelle illustration caricaturale. Le taux marginal de l'impôt sur le revenu qui s'appliquait en France sous Hollande était de 45%. Il était de 92% aux États-Unis sous la présidence d'Eisenhower et de 65% en France sous la présidence de Giscard d'Estaing, ces deux collectivistes forcenés.

Le Palmipède souffre à l'évidence d'une hypertrophie de la palme droite.

canard-pfu

 

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