«La plus grande manifestation du Chili»

«Bientôt s'ouvriront les grandes avenues par lesquelles passeront les hommes libres pour construire une société meilleure.» 46 ans après que Salvador Allende eut prononcé ces mots lors de son dernier discours, plus d’un million de Chiliens étaient hier dans « les grandes avenues » de Santiago.

La manifestation du 25 octobre 2019 à Santiago est déjà entrée dans l'Histoire.

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Une manifestation comme on en voit une ou deux dans le cours d'une vie, réunissant une foule immense, digne, pacifique, majoritairement jeune et féminine, joyeuse et grave à la fois.

Une manifestation que les grands-parents raconteront avec émotion et fierté à leurs petits-enfants en leur disant : « Nous y étions ».

On y croisait une femme venue pour sa mère décédée car elle n'avait pas eu les moyens de se soigner, dénonçant un système de santé privatisé et inaccessible. Et une autre venue aussi pour sa mère, afin qu'elle puisse enfin obtenir une pension décente.

Étaient présents « les petits-enfants des ouvriers que tu n’avais pas pu tuer » et ceux qui défilaient pour leurs compatriotes qui avaient dû s'exiler, en référence à la dictature de Pinochet.

Un enfant, juché sur les épaules de son père, défilait avec sa pancarte : « Je lutte pour mon avenir ».

Ces parents et leurs deux enfants étaient venus vêtus d'un T-shirt : « No estamos en guerra » (Nous ne sommes pas en guerre), en référence aux déclarations martiales du président chilien il y a quelques jours.

« Nous, les aliens, sommes arrivés pour prendre le contrôle du Chili », proclamait une autre pancarte tournant en dérision les déclarations hallucinantes de Cecilia Morel, l’épouse du président Piñera.

Tous chantaient que « Le Chili s’est réveillé ». La joie d'être à nouveau réunis se mêlait à la crainte que cela ne soit éphémère : « Nous retrouver nous a tant coûté que nous ne devons pas nous séparer ».

D'innombrables pancartes demandaient le départ des militaires. Tout aussi nombreuses étaient celles qui exigeaient la démission de Piñera, l'une d'elles sollicitant même l'aide divine : « Mon Dieu, emmène-le, s’il te plait ».

Les mesures sociales - très limitées - concédées par le président chilien en milieu de semaine (hausse du salaire minimum et des pensions) ne suscitaient que sarcasmes : « Les miettes ne rendent pas la dignité » , « Ma grand-mère va pouvoir manger du caviar grâce à la super augmentation de sa pension ».

Sur le mur de l'un des édifices bordant l'avenue, un tag résumait ce qui est peut-être en train de se passer dans ce pays : « Le néolibéralisme est né et meurt au Chili ».

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#LaMarchaMasGrandeDeChile

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