Vous reprendrez bien un peu de Maradona ? Non merci !

Et c’est reparti ! Après l’adepte de la fraude fiscale Johnny Halliday, c’est au tour de l’ancien protégé de la Camorra de susciter l’union nationale.

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L'Humanité salue sa « conscience de classe » et titre « Adiós Compañero ». Nous avons échappé de peu à ceci : « Deuil pour tous les peuples qui expriment, dans le recueillement, leur immense amour pour le grand Maradona » (voir ici). 

L'Equipe convoque Nietzsche et titre sobrement « Dieu est mort », comparant « l’onde de choc » provoquée par le décès de Maradona à celle qui avait suivi la mort de Nelson Mandela. Pourquoi ne pas y ajouter Gandhi et Martin Luther King pour faire bonne mesure ?

 

Mediapart n’est pas en reste avec une référence burlesque à la théorie des deux corps du roi : « Dans le corps mortel de Diego vient se loger le corps immortel du royaume de sa vision imprévisible du jeu de football. » Là, il est plus que temps d’arrêter la prise de substances aux effets secondaires bien connus.

Bien évidemment, le monarque ne pouvait manquer de surpasser les bouffons médiatiques en cette journée de deuil intergalactique. Emmanuel Macron, tout à sa conception très ferme de la laïcité, a ainsi déclaré : « La main de Dieu avait déposé un génie du football sur terre. Elle vient de nous le reprendre. (…) Diego se queda. » Non sans ajouter les mots qui rassureront son électorat de droite extrême : « Mais ses expéditions auprès de Fidel Castro comme de Hugo Chavez auront le gout [sic] d’une défaite amère. » Ouf, nous avons eu peur. Au passage, entre deux commandes de LBD, serait-il possible de glisser un correcteur d'orthographe pour la présidence de la République, s'il vous plait ?

Ce président qui éteint méthodiquement toutes les Lumières dans ce pays a donc jugé utile de rendre un long hommage à un symbole du fric-foot, avec ses gros diamants, ses accointances avec la Camorra et les trafiquants de drogue, sans parler des violences conjugales. Mais sans doute faut-il séparer l’homme du footballeur. Les gilets jaunes éborgnés ou mutilés, les réfugiés harcelés et matraqués, les citoyens tabassés par la police de l'admirateur de Maradona, eux peuvent toujours attendre, ils n'existent pas.

En 1977, à un an de la Coupe du Monde, Jorge Carrascosa, qui était alors le capitaine de la sélection argentine, décida de mettre fin à sa carrière internationale à l'âge de 29 ans. Pour ne plus porter le maillot national alors que la dictature du général Videla assassinait des dizaines de milliers de ses concitoyens. Plus tard, il expliqua sa décision (voir ici) : « Je n’ai pas été un héros. J’ai seulement essayé d’être cohérent avec ce que je pensais et ressentais. (…) Le football est un sport dans lequel on doit gagner ou perdre avec dignité. »

La dignité, ce qui manque le plus aujourd’hui, comme en témoignent ces nécrologies.

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