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Billet de blog 27 septembre 2017

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Le budget 2018 ou les îles Caïmans avec le soleil

Avis de beau temps pour les riches jusqu'en 2022

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On se souvient que François Hollande avait annoncé l'instauration d'un taux marginal d'imposition de 75% sur les très hauts revenus lors de la campagne présidentielle de 2012,. Prenant connaissance de cette proposition, Emmanuel Macron (alors conseiller du candidat Hollande) aurait tenu en petit comité les propos suivants : «C'est Cuba sans le soleil!». La mesure, après avoir été retoquée par le Conseil Constitutionnel, avait finalement été mise en œuvre le 1er janvier 2013, avec un taux de 50%, et a pris fin au 1er janvier 2015. L'enfer cubain n'aura duré que deux ans pour les plus riches de nos compatriotes.

Avec le projet de loi de finances 2018  qui a été présenté aujourd'hui, les contribuables fortunés sont à l'abri de telles déconvenues. Emmanuel Macron, devenu président de la République, se montre en effet aux petits soins pour cette frange de la population qui, par une heureuse coïncidence, avait si généreusement financé sa campagne électorale.

Résumons les mesures les plus remarquables :

- suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) sur les valeurs mobilières, remplacé par un impôt sur la seule fortune immobilière. Gains pour les contribuables concernés : 3,2 milliards d'euros selon le gouvernement (chiffre sans doute sous-estimé)

- prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, agrégeant prélèvements sociaux et impôt sur le revenu et s’appliquant aux revenus des capitaux mobiliers et aux plus-values immobilières. Gains pour les contribuables concernés : 1,3 milliard d'euros en 2018 et 1,9 milliard d'euros en 2019.

- baisse de l’impôt sur les sociétés (IS) de 33,3% à 28% pour les 500 000 premiers euros de bénéfice. Gain pour les entreprises : 1,2 milliards d'euros en 2018 (le taux de l"IS baissera à 25% sur la totalité des bénéfices d'ici 2022)

- montée en charge du CICE et hausse de taux de 6 à 7% en 2017. Gain pour les entreprises : 4 milliards d'euros

- suppression de la contribution de 3% sur les revenus distribués aux actionnaires. Gain pour les entreprises : 2 milliards d'euros

- suppression de la dernière tranche de la taxe sur les salaires qui concerne principalement les banques et les assurances : la mesure consistera à les exonérer de la surtaxe de 20% qui frappe les rémunérations annuelles supérieures à 152.250 euros. Gain pour ces entreprises : 100 millions d'euros selon le gouvernement mais plus vraisemblablement 300 millions. "Mon amie, c'est la finance"...

- abrogation de l'extension de l'assiette de la taxe sur les transactions financières (TTF) aux opérations infra journalières. Le trading haute fréquence, puisque c'est de cela qu'il s'agit, contribue au financement de l’économie réelle, c'est bien connu.

Cela représente près de 12 milliards d'euros de réduction d'impôts pour les contribuables les plus riches et les entreprises. Dans la France enchantée qui est En Marche, les heureux bénéficiaires de cette manne vont s'empresser de la réinvestir et créer ainsi de nombreux emplois selon l'adage bien connu qui veut que les profits d'aujourd'hui soient les investissements de demain et les emplois d’après-demain. Depuis le temps qu'on entend cela, après-demain se fait bigrement attendre...

Et puis, comme il faut respecter la sacro-sainte règle budgétaire des 3% pour mériter un bon point de la part de Bruxelles et de Berlin, ces pertes de recettes doivent évidemment être compensées par d’autres recettes ou par des baisses de dépenses. Pas de souci : les retraités, les allocataires d'APL, les fonctionnaires, les titulaires d'un emploi aidé et bientôt les chômeurs et les malades sauront faire preuve de solidarité envers leurs compatriotes les plus fortunés et les actionnaires des grandes entreprises.

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