Emmanuel Macron, « l’illibéral »

La presse anglo-saxonne multiplie les articles sur la politique autoritaire du président français. Fâcheux pour celui qui prétendait jouer au leader de l’Occident éclairé.

Emmanuel Macron va de nouveau devoir décrocher son téléphone et expliquer aux journalistes du New York Times et du Financial Times ce qu'ils doivent écrire. On pressent un certain agacement au Château.

Il les avait déjà morigénés à propos de leurs articles sur les actions menées par la police française contre la communauté musulmane, sous couvert de laïcité. Ces journalistes anglais ou états-uniens, baignant dans le multiculturalisme depuis leur plus tendre enfance, ne comprennent décidément rien à la laïcité bien de chez nous et à l’universalisme de la République française. Concluant son entretien avec Ben Smith du New York Times, Emmanuel Macron lui donnait ce conseil d'ami : « Mon message est le suivant : si vous avez des questions sur la France, appelez-moi ». Une façon de dire : « Je vous expliquerai ce que vous devez penser et écrire, comme je le fais avec la presse française ».

Mais l’affaire se complique. Il y a deux jours, c’est à nouveau le New York Times, qui publiait un article sur « l’alarmante dérive répressive » du gouvernement, les violences policières « quasi-endémiques contre les jeunes Noirs ou Nord-africains » et le fait qu’en France, « les syndicats [de police], contrairement aux autres, obtiennent souvent ce qu’ils demandent ». On ne peut vraiment rien leur cacher.

Hier, c’est le Financial Times qui consacrait un éditorial au « plan illibéral de Macron pour protéger la police française ». On peut y lire le désenchantement du quotidien de la City envers celui qui fut longtemps leur chouchou pour ses réformes néolibérales : « Le modernisateur disruptif ressemble de plus en plus à un conservateur français traditionnel, quoique teinté d’un peu de vert. » Et de conclure que c’est une erreur de « protéger la police de ses propres excès ». « Illibéral », la charge est violente car il ne saurait y avoir de pire insulte aux yeux de M. Macron. Une preuve de plus que le dépit amoureux, cela se termine souvent très mal.

Du coup, à Paris, c’est le quotidien de révérence qui se voit dans l’obligation de hausser le ton dans son éditorial daté d’aujourd’hui : « Le comportement des policiers dépend largement des ordres qui leur sont donnés, de la fermeté des rappels aux procédures et au droit, de l’impunité promise ou non. » Et Le Monde de rappeler ce que le préfet Maurice Papon déclarait aux policiers parisiens quelques jours avant le massacre de manifestants algériens, le 17 octobre 1961 : « Vous serez couverts. » Le Monde semble sortir d'un coma macronique et le réveil est brutal.

Présenter le New York Times, le Financial Times et Le Monde comme des brûlots de « l’ultra-gauche » s’annonce un peu délicat pour le président d’un pays qui devient une sorte de Hongrie occidentale. La transformation de la patrie de la Déclaration des droits de l’homme en une « shut-up nation » commence à se voir dans le monde entier.

 © Allan Barte (@AllanBARTE) © Allan Barte (@AllanBARTE)

 

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