Benalla, Kohler, Strozda et Mélenchon : la justice aux ordres

« Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice. » Montesquieu

En octobre 2018, après avoir écarté les candidatures qui lui déplaisaient, le président de la République nommait M. Rémy Heitz au poste très sensible de procureur de la République de Paris. Le Premier ministre avait lui-même reçu deux des prétendants recalés et avait justifié ces entretiens en expliquant qu’il voulait « être certain » qu'il serait « parfaitement à l'aise » avec le futur procureur.

Un peu plus de six mois après la prise de fonction de M. Heitz, MM. Macron et Philippe doivent se sentir « parfaitement à l’aise » avec ce procureur. Et ses collègues ont bien retenu la leçon de cette nomination : leur avancement dépendra de la souplesse d'échine dont ils sauront faire preuve.

En ce qui concerne Alexandre Benalla, le parquet de Paris n’a rien trouvé d’anormal à la disparition de son coffre-fort et « se hâte avec lenteur » sur le contrat russe, les violences du 1er mai 2018, etc... M. Benalla peut continuer sereinement ses juteuses affaires en Afrique pendant que le parquet s'occupe d'autre chose.

En ce qui concerne MM. Kohler, Strozda et Lavergne, soupçonnés de faux témoignage lors de leur audition devant la commission d’enquête du Sénat, le parquet de Paris a promptement classé sans suite les poursuites. Circulez, il n'y a rien à voir.

En ce qui concerne M. Mélenchon et trois autres élus de La France Insoumise, à qui il est reproché d’avoir fait œuvre d’« actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire » et de « rébellion et provocation » lors de la perquisition au siège de LFI en octobre 2018, ils sont convoqués en septembre en citation directe par le parquet de Bobigny. On se souvient que cette perquisition avait déjà mobilisé des moyens dignes des affaires de terrorisme ou de grand banditisme.

Pendant ce temps, près de 2000 gilets jaunes ont été condamnés en France par une justice d’abattage, dont 40% à de la prison ferme. Quant aux policiers qui se livrent à des violences sans précédent depuis la fin de la guerre d’Algérie, aucun n’a encore été renvoyé en correctionnelle.

Ainsi va la « justice » dans notre pays. L'État de droit n'y est plus qu'un souvenir.

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