Un gouvernement sous la coupe de la police

« À la lumière des faits connus, il ne peut être établi de lien entre l’intervention policière et la disparition [de Steve Caniço] ». Edouard Philippe, 30 juillet 2019

Cette phrase du Premier ministre qui blanchit la police, ainsi que ses explications visant à faire porter la responsabilité de cet homicide aux organisateurs, figureront en bonne place parmi les innombrables déclarations indécentes auxquelles les dirigeants de ce régime nous ont habitués depuis deux ans.

Elle confirme aussi que ce gouvernement est définitivement tombé « dans la main de sa police », pour reprendre l’expression de Frédéric Lordon dans son dernier billet de blog.

La répression des mouvements sociaux par la violence est à l’évidence une décision politique prise au plus haut niveau de l’État. Dans ses vœux de fin d’année, le président de la République avait promis que « l’ordre républicain serait assuré sans complaisance » envers celles et ceux qu’il qualifiait alors de « porte-voix d’une foule haineuse ». Des milliers de manifestants tabassés, des centaines de blessés, des dizaines de mutilés et d'éborgnés, tel est le bilan de « l’ordre républicain » assuré par la police sous les ordres du ministre de l'Intérieur de M. Macron.

Mais Zineb Redouane et Steve Caniço n’étaient ni des gilets jaunes ni des manifestants exprimant leur opposition à la politique mise en œuvre. Dès lors, l’exécutif aurait pu saisir ces deux affaires pour condamner ce que l’on qualifiait autrefois de « bavures » tout en approuvant sans état d’âme la répression envers les « séditieux » et les « brutes ». Cela aurait été de nature à satisfaire les classes privilégiées qui  le soutiennent et qui approuvent la manière forte envers la populace récalcitrante tout en se donnant une apparence d'humanité.

Tel n’est pas le cas : la négation pure et simple des violences policières, de toutes les violences policières, quelles qu’en soient les victimes, témoigne que la relation entre l’exécutif et la police a changé de nature. Et ce basculement a sans doute eu lieu début décembre quand le régime vacillait. On se souvient que les syndicats de police avaient alors pu obtenir satisfaction sur leurs revendications salariales en moins de 24 heures, du jamais vu ! Mais la hiérarchie policière et les syndicats ont aussi obtenu la garantie d'une totale impunité pour toutes les actions passées et à venir, garantie qu'il appartient à l’IGPN et au parquet d'assurer, en tuant dans l’œuf toute velléité de sanctions administratives et a fortiori de mise en examen.

Si d’aventure, il venait à la hiérarchie policière ou à la justice l’idée de vouloir sanctionner les auteurs des violences, le syndicat Alliance a d'ailleurs proféré des menaces explicites, sans provoquer la moindre réaction de la ministre de la Justice ou du ministre de l’Intérieur (voir ici). Alliance a même été pleinement rassuré puisque M. Castaner a décoré de la médaille de la sécurité intérieure le commissaire Grégoire Chassaing (qui dirigeait les opérations policières qui ont provoqué la chute de Steve Caniço dans la Loire) et le capitaine Bruno Félix (qui commandait l’unité de CRS qui a tiré sur Zineb Redouane).

La police avait déjà carte blanche dans les quartiers populaires depuis des décennies (la mort d’Adama Traoré en est l’un des exemples récents les plus emblématiques) ou envers les réfugiés à Calais et à la frontière italienne. Tout citoyen constitue désormais une cible potentielle, soumis à l’arbitraire des « forces de l’ordre » (à moins de vivre dans les beaux quartiers qui sont En Marche et qu’il s’agit de protéger de la « foule haineuse », bien évidemment).

Dernier rempart d’un régime qui n’est plus soutenu que par 10% de la population et qui ne tient que par la répression policière des mouvements sociaux que suscite sa politique, M. Macron et son gouvernement sont donc sous la coupe de la police.

#JusticePourSteve

#JusticePourZineb

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.