La quatrième loi scélérate d’Emmanuel Macron

Sous la Troisième République avaient été votées trois lois connues sous le nom de "lois scélérates". 125 ans plus tard, Emmanuel Macron entrera dans l’histoire en ayant fait voter quatre lois scélérates en un peu plus de 18 mois.

Saisissant le prétexte des attentats commis par des groupes anarchistes en 1893 et 1894, le gouvernement de Jean Casimir-Périer puis celui de Charles Dupuy faisaient adopter les 11 décembre 1893, 15 décembre 1893 et 28 juillet 1894 trois lois qui constituèrent de graves atteintes à la liberté de la presse et à la liberté d'opinion.

Cent vingt-cinq ans plus tard…

Le 30 octobre 2017, le président de la République promulguait la loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme qui transposait les dispositions de l'état d'urgence dans le droit commun sous prétexte de lutter contre le terrorisme. Alors que ses promoteurs nous assuraient la main sur le cœur qu’elle serait appliquée exclusivement contre les terroristes, cette loi a été invoquée depuis plusieurs semaines par les préfets pour interdire des manifestations et autoriser la fouille de véhicules.

Le 30 juillet 2018, le président de la République promulguait la loi relative à la protection du secret des affaires, malgré une pétition ayant rassemblé plus de 500 000 signatures et l'opposition de la quasi-totalité des sociétés de journalistes. Cette loi menace la liberté d'informer au motif de protéger les entreprises contre la divulgation d'informations stratégiques.

Le 22 décembre 2018, le président de la République promulguait la loi ordinaire et la loi organique relatives à la manipulation de l’information. Sous couvert de lutter contre la diffusion de fausses informations, ces lois constituent une atteinte supplémentaire à la liberté d'expression en période électorale.

Emmanuel Macron se devait d’ajouter une quatrième loi scélérate à son palmarès. Les députés de la majorité s’y attèlent avec ardeur en reprenant une proposition de loi du groupe LR adoptée au Sénat en novembre dernier. A l'Assemblée, les petits soldats de la Macronie l’avaient rejetée il y a seulement deux mois à la demande du gouvernement. Ils la soutiennent aujourd’hui avec zèle ... à la demande du gouvernement. Cela montre combien ils ont l’échine souple à défaut d’avoir des convictions… Il est vrai que les gilets jaunes sont passés par là et il serait malvenu de freiner l’ardeur répressive du président de la République et de son gouvernement.

La proposition de loi « visant à prévenir les violences lors des manifestations et à sanctionner leurs auteurs » s’inscrit donc dans la lignée liberticide de la loi anticasseurs du 8 juin 1970 votée sous la présidence de Georges Pompidou. Dénoncée notamment par Amnesty International parce qu’elle introduit l’interdiction administrative de manifester (entre autres dispositions attentatoires aux libertés fondamentales), c’est une loi « qui vise à protéger les manifestants » selon M. Castaner. « La guerre c'est la paix. La liberté c'est l'esclavage. L'ignorance c'est la force. » écrivait Orwell dans 1984. Nous y sommes.

Le député centriste Charles de Courson, qui est loin d’être un gauchiste, s’est élevé hier contre ce texte : « Une autorité administrative va priver un individu de sa liberté de circulation ou de manifester au motif qu'il y a une présomption, des “raisons sérieuses de penser (...) que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour l'ordre public”. Mais où sommes-nous mes chers collègues? C'est la dérive complète! On se croit revenu sous le régime de Vichy! »

Selon Nicolas Bay, député Rassemblement National au Parlement européen, « il y a une volonté derrière tout ça de réduire les libertés publiques, en l'occurrence la liberté de manifestation.

En matière de libertés publiques, M. Macron se situe donc désormais à droite de l’extrême-droite…

En 1898, Léon Blum écrivait à propos des lois scélérates : « Tout le monde avoue que de telles lois n'auraient jamais dû être nos lois, les lois d'une nation républicaine, d'une nation civilisée, d'une nation probe. Elles suent la tyrannie, la barbarie et le mensonge. »

Cent vingt-cinq ans plus tard, il n'y a pas un seul mot à retrancher : les quatre lois scélérates de M. Macron suent tout autant « la tyrannie, la barbarie et le mensonge ».

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