Vivre en fachosie

Cela se passe sur la place de mon petit village, en plein cœur de Fachosie , un pays entre Nîmes, Montpellier et Camargue. Il s'est donné un député Front National en la personne de Gilbert COLLARD lors des dernières législative. C'est dire l'esprit avant gardiste des gens de ce peuple parlant haut et fort avec l'accent rieur et chantant du midi. Avé l' « assent » et l’haleine « avinassée » , la haine raciste, homophobe et xénophobe passe mieux. Tout comme Marine leur fait oublier le nom de son père par le seul fait que c'est une femme et qu'elle n'est pas borgne. C'est dire leur perspicacité ! Pour le reste, la préférence nationale, le patriotisme érigé en principe moral et la stigmatisation des minorités pour peu qu'elle soit ni chrétienne ni homosexuelle les excitent, c'est dire leur humanisme. Mais dans mon petit village en première ligne, donc, du front de libération de la bêtise, à l'ère du réchauffement climatique, du peak oil , de la crise financière planétaire, de la pauvreté galopante et de l’indigence croissante des collectivités territoriale , la mairie est en train d'installer une caméra de vidéo-surveillance. Une seule ! Le projet initial en prévoyait huit, mais à 10000 euro le gadget sécuritaire, une seule bien placée en haut d'un mat, au dessus de la cabine téléphonique, à deux pas du salon de coiffure, bien en face la boulangerie et surplombant la mairie devrait suffire à discerner le moine d'un jeune maghrébin encagoulé, la miche de pain sous le bras d'un bon vieux  du lance roquette, la bouteille de Merlot du cocktail Molotov. Bref, devrait suffire pour assurer la réélection de l'équipe municipale en place. Car, dans ce merveilleux pays de fachosie fait de mâles dominant , brun, un peu , pas trop, et surtout poilus mais aussi de femelles plutôt brunes replètes et joviales, il y a un ciment, un lien indéfectible , une identité ! C'est la peur.

La trouille, la frousse, la pétoche quoi ! Qui l'eut cru en les entendant beugler leur haine de l'étranger chantant la marseillaise ou la Coupo Santo debout et fier. Qui l'eut cru en les voyant défier les taureaux éperonnant leurs chevaux blancs jusqu'au sang. Ben non ! Cette bravoure là est barricadée, institutionnalisée surtout alcoolisée. Tu enlèves les barrières, le cuir des cornes des taureaux et l'alcool qui les fait chanter, il ne reste plus qu'une bande de nains pathétiques à la mesure de leur poney. Ils braillent avec « l'assent », te tapent sur l'épaule en bons méridionaux, tout en te méprisant si tu n'es pas né du cru. Les caméras fleurissent ainsi en fachosie, les imbéciles aussi ! Nourris aux UV naturels et aux tradition du terroir.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.