La piraterie maritime focalise l’attention de la communauté internationale sur la Somalie. Tout le monde a maintenant compris que les racines de ce problème se trouvent dans la déliquescence de l’Etat somalien, dont les structures et institutions sont complètement dysfonctionnelles.
L’instabilité chronique que connaît ce pays depuis 17 ans vient de connaître une accélération ces derniers jours. D’abord, la démission de l’ancien premier ministre Nur Hassan Hussein (Nur Adde). Elle est intervenue à la suite de dissensions continuelles entre ce dernier et le président Abdullahi Yusuf sur fond de luttes pour le contrôle politique des institutions, notamment le Parlement de ce pays. Celui-ci d’abord favorable au président Yusuf, changea de sympathie à la suite d’une tentative de l’entourage et des partisans du président en août 2008 de chasser le premier ministre de son poste, laquelle fut déjouée par la communauté internationale et les éthiopiens qui sont présents militairement en Somalie. Les rivalités entre les plus hautes autorités du pays s’expliquent aussi par des raisons claniques, vu que la composition du gouvernement s’était faite sur la base d’une répartition de postes ministériels en fonction des clans qui forment le pays. D’ailleurs le président représentait le clan Darod et le premier ministre, celui des Hawiye.
La nomination de Nur Hassan Hussein au poste de premier ministre en décembre 2007 avait été accueillie favorablement tant par la communauté internationale et que par les forces politiques internes. L’intégration dans son cabinet de figures considérées comme compétentes et non mêlées aux pratiques de corruption ayant cours en Somalie était considérée comme susceptible de pouvoir apporter des solutions viables aux graves problèmes du pays. De plus, le nouveau premier ministre montrait une volonté de pratiquer une politique de réconciliation nationale visant à faire cohabiter et fonctionner pacifiquement les différentes factions politiques du pays en utilisant la formule « 4.5 » (1) de la Charte de Transition de 2004 pour la répartition des postes au sein de son cabinet qui devait compter jusqu’à 73 membres au début (2). De plus, il a entamé un dialogue avec les chefs des divers clans et leur a donné certains gages concrets de bonne foi comme la libération de certains chefs de clans. Cette nouvelle politique n’a jamais eu l’adhésion du président Yusuf et de ses partisans qui ont eu recours à toutes sortes de tactiques politiciennes, dont l’utilisation des forces de sécurité du pays, pour miner l’autorité de son premier ministre et l’action de son gouvernement.
C’est dans ce climat de tensions constantes à la tête de l’exécutif somalien que le Président Yusuf décida de renvoyer le premier ministre Nur Adde le 14 décembre 2008, malgré le fait que le Parlement somalien ait manifesté son appui à ce dernier, en refusant de ratifier cette décision. Le président Yusuf nomma dans la foulée un nouveau chef de gouvernement Mohamoud Mohamed Gouled qui devait démissionner quelques jours plus tard, soit le 24 décembre 2008. Depuis ces récents événements, le président Yusuf s’est retrouvé encore plus isolé tant à l’intérieur du pays que du coté des acteurs internationaux qui pèsent sur la vie politique du pays, notamment l’Ethiopie, les Etats-Unis ou encore l’Europe.
En effet, le contexte politique interne est caractérisé par une résurgence de la rébellion armée des islamistes chassés du pouvoir à la fin de l’année 2006, par l’intervention armée de l’Ethiopie dans ce pays. Ces derniers sont parvenus à établir un contrôle de plus en plus étendu du territoire somalien. Le pouvoir central ne s’est exercé que sur une portion réduite de ce territoire qui se résumait qu’à Mogadiscio (quoique partiellement) et quelques autres villes, dont Baidoa où siège le Parlement. Sur le plan international, l’Ethiopie qui a été le principal allié du président Yusuf a peu à peu lâché ce dernier, après avoir vainement tenté à deux reprises dans les derniers mois (août et novembre 2008) de porter les deux parties à trouver un modus vivendi pour gouverner le pays ensemble. Les manœuvres politiciennes de déstabilisation de Nur Adde dont il était l’instigateur ainsi que la corruption et le népotisme du clan entourant le président Yusuf sont devenus de moins en moins tolérés par l’Ethiopie.
Empêtré dans cette crise interne, non détenteur d’un contrôle réel du pays, ayant perdu son principal soutien international et étant de plus en plus contesté par les forces politiques de son pays, notamment au sein du Parlement, Abdullahi Yusuf a décidé ce lundi 29 décembre 2008 de démissionner comme président de la Somalie en invoquant « la perte de contrôle du pays » et sa « paralysie » politique.
Beaucoup craignent que les derniers remous de l’actualité en Somalie n’augurent d’une nouvelle période de violence et de chaos dans cette situation caractérisée par le retour des forces islamistes, le retrait programmé des troupes éthiopiennes du pays à la fin de cette année et l’aggravation des luttes politiques pour le contrôle du pouvoir. En tout cas, le chemin menant à la pacification et à la restauration de l’Etat en Somalie reste, malheureusement, encore tortueux et long.
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1. Selon cette formule, les postes ministériels sont répartis entre les 4 grands clans du pays et un regroupement d’autres clans de moindre importance.
2. Cependant à la suite de démissions et de problèmes politiques divers liés aux revendications de postes de certains clans, le cabinet a été modifié et considérablement réduit à plusieurs reprises.