Materneau Chrispin

Abonné·e de Mediapart

23 Billets

0 Édition

Billet de blog 17 décembre 2008

Materneau Chrispin

Abonné·e de Mediapart

L'affaire Madoff : crédulité ou avidité ?

 L'affaire Madoff vient creuser l'énorme trou qui existait déjà dans les bilans des grosses banques généralistes, d'investissements et autre « hedge funds ». Cinquante milliards de dollars envolés dans la plus grosse escroquerie dans le monde financier.

Materneau Chrispin

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L'affaire Madoff vient creuser l'énorme trou qui existait déjà dans les bilans des grosses banques généralistes, d'investissements et autre « hedge funds ». Cinquante milliards de dollars envolés dans la plus grosse escroquerie dans le monde financier. Madoff a été cosmopolite et éclectique. Ses victimes se retrouvent dans plusieurs pays et au moins trois continents. Cette affaire doit nous interpeller pour plusieurs raisons. Le 5 décembre 2008, je publiais un billet dans Mediapart sur le rôle de l'Université dans cette crise financière. L'article identifiait les deux plans sur lesquels cette institution avait failli par rapport à la crise : le manque de moralité et l'absence d'esprit critique. Cette affaire Madoff confirme en tous points ce diagnostic.

Une fois décortiquée, l'escroquerie mise au point par Bernard Madoff se révèle être une vulgaire affaire de schéma pyramidal. L'astuce est vieille et le procédé classique. Mille fois utilisée, et amplement expliquée(1). Toutefois, elle a pu attraper dans ses filets des financiers de hauts vol, supposément aguerris par rapport à ces types d'escroquerie, des gens dont le métier est, entre autres, de flairer les embrouilles de ce genre. La question toute simple qui s'impose est celle de savoir pourquoi et comment de vieux singes, à qui on est pas censé la faire, ont pu tomber si facilement dans la toile tissée par Madoff. On a pas encore de réponse certaine. Cependant les hypothèses pouvant être élaborées ne font que conforter notre analyse par rapport à l'université.

En effet, on peut penser que ces grands professionnels de la finance n'ont pas flairé le coup, parce que le procédé était trop finement ficelé. Soit. Cependant, il y a quelque chose qui aurait du éveiller leurs soupçons. Le fonds que dirigeait M. Madoff offrait des taux de rendement nettement supérieurs aux autres institutions concurrentes et cela, malgré les données objectives du marché. C'est d'ailleurs pour cela qu'il a pu attirer tant d'investisseurs. S'il n'y avait pas une croyance « magique » dans les capacités extraordinaires de Madoff, il fallait se demander comment il pouvait obtenir de tels résultats défiant la réalité. Donc si ces victimes, banquiers professionnels, se sont engagées de bonne foi dans l'escroquerie de Madoff, ils ont donc vraisemblablement manqué de l'esprit critique qui les aurait poussé à se poser de telles questions aussi simples. Ils auraient eu le recul nécessaire pour analyser avec distance et circonspection le stratagème de Madoff.

Si par contre, et cela est tout à fait probable aussi, au vu des dernières révélations montrant que des voix ont essayé de sonner l'alarme et de dénoncer l'escroquerie de Madoff, les banquiers qui ont perdu des deniers dans l'affaire ont sciemment pris le risque d'investir les fonds qui leur avaient été confiés, en n'étant guidés que par les taux mirobolants qu'offrait le fonds de Madoff; dans ce cas, c'est une recherche effrénée de profits, avec commissions à la clef, et d'argent facile confinant à l'immoralité, qui a conduit aux pertes qu'ils ont subies.

Dans les deux hypothèses, on ne peut ne pas y voir une grosse faille dans la formation qu'ont reçue ces banquiers. En effet, leur rôle premier et fondamental est celui de l'intermédiation financière. En des termes moins barbares, cela veut dire qu'il leur est confiée l'épargne du grand public qu'ils doivent gérer avec prudence et diligence en le mettant notamment à la disposition des secteurs productifs de la société contre rémunération. Former des professionnels pour une telle tache suppose donc nécessairement que soit développé d'une part leur esprit critique qui doit leur permettre d'être prudents et diligents, et d'autre part leur sens moral pour pouvoir mériter la confiance dont ils sont dépositaires. C'est là l'essentiel du savoir-être que leur formation aurait dû leur inculquer. S'il en avait été ainsi, peut être que cela aurait conjuré les déboires actuelles de nos économies et nous aurait surement évité une affaire comme celle du scandale Madoff.

______

1. Un schéma pyramidal consiste dans le fait de monter une escroquerie financière dans laquelle les nouveaux entrants dans le système financent les rentrées de ceux qui les ont précédé. Tant qu'arrivent suffisamment de nouveaux investisseurs appâtés par les taux de rendement offerts par l'escroc, le système peut continuer à opérer. Quand la tendance s'inverse ou que les premiers investisseurs se retirent en nombre, le système s'écroule comme un château de cartes. Les fonds rentrants ne suffisant pas à faire face aux débours.


Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.