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Billet de blog 20 janvier 2009

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Obama : mon cauchemar!

  Au moment où j'écris ces lignes, nous sommes à moins de trois heures du début de la cérémonie d'investiture de Barack Obama à la présidence américaine. La valeur symbolique de l'évènement fait l'unanimité.

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Au moment où j'écris ces lignes, nous sommes à moins de trois heures du début de la cérémonie d'investiture de Barack Obama à la présidence américaine. La valeur symbolique de l'évènement fait l'unanimité. Certains poussent le symbole très loin. Ainsi pour l'écrivain américain Paul Auster, c'est l'histoire des Etats-Unis d'Amérique qui reprend son cours après la parenthèse, hors du temps, que représente la présidence de George W. Bush. D'autres font de l'évènement l'année 0 de l'humanité. Le monde ne sera plus jamais le même après Obama. Tout au moins, l'histoire américaine a franchi un pas décisif. Une rupture définitive. C'est une ère nouvelle qui s'ouvre.

Comme je l'ai déjà écrit dans un précédent article sur Mediapart, les attentes sont trop énormes pour être réalistes. Je ne sais pas pourquoi, je ne puis me résoudre à rejoindre le mouvement général. Me laisser aller à l'Obamania. Joindre ma voix au concert de louanges. Communier avec l'optimisme vertigineux. Me laisser posséder par la ferveur, la frénésie. Mêler ma voix à toutes celles qui font de l'évènement un pas décisif dans le progrès du genre humain. Je suis bien conscient que l'accession d'Obama à la présidence américaine est un évènement important au regard de l'histoire particulière des USA. Je peux comprendre la fierté qu'il suscite chez les noirs du monde entier, dont beaucoup se projettent en Obama et se l'approprient, de divers manières et pour différentes raisons. Certains espèrent qu'il apportera des solutions aux problèmes de l'Afrique ou d'autres pays du tiers-monde. L'espérance n'est pas sure, mais c'est un acte de foi presque. D'autres se sentent réhabilités dans leur condition d'homme noir. Enfin la preuve que les noirs, qu'on a longtemps voulu exclure de l'humanité et dont certains ont théorisé l'infériorité, sont des êtres humains capables. Ils ont un représentant qui parvient à accéder à un poste qui en fait l'un des hommes les plus puissants de la planète. Donc, c'est faux que les noirs sont paresseux, incapables, dénués d'intelligence.

Parfois, le regard d'un éboueur noir, en plein travail, à Paris ou dans une autre ville européenne croise celui d'un autre homme noir élégamment vêtu et qui a l'air d'occuper un poste valorisant socialement. L'éboueur lui fait un sourire timide, avec des yeux remplis de fierté. Le sourire et le regard expriment sa projection dans son congénère. Le phénomène Obama est une amplification à très grande échelle de cette manifestation bizarre pour certains et sympathique, pour d'autres. C'est selon. Le premier noir, président du pays qui est le chef de file du monde occidental, développé !!!

C'est bien là l'un des aspects qui m'interpellent dans le phénomène d'Obamania. Car enfin, je ne peux m'empêcher d'entendre une petite note sourde dans la grande mélodie qui accompagne le chant du « premier noir à devenir président des Etats-Unis d'Amérique ». Quand on juxtapose ce chant avec l'énumération des grandes qualités intellectuelles et morales personnelles d'Obama, cette petite note semble dire que si cet évènement a pu avoir lieu d'aujourd'hui, c'est peut être aussi parce que ce n'est que maintenant qu'un tel spécimen a pu se former, émerger. Le premier noir président des USA sonne comme le premier noir capable d'assumer une telle fonction. Cela me remémore, en creux, les propos, peut être innocents mais qui peuvent en dire long sur l'inconscient collectif aux USA, tenus par le Vice-président américain, Joe Biden au temps de la campagne, avant que ce dernier ne soit choisi par Barack Obama comme son colistier. La petite note semble donc dire : enfin un homme noir détient les qualités qu'il faut pour être président des USA. Enfin l'un d'eux est parvenu à obtenir son certificat « d'évolué ».

A ce propos, mon esprit se laisse quelque fois aller à envisager un scénario catastrophe. Le cauchemar absolu. La présidence d'Obama n'arrive pas à satisfaire les énormes attentes. Elle est marquée d'échecs retentissants, provoqués par des erreurs politiques. Dans un tel contexte, le symbolisme joue encore une fois à fond. Mais dans un sens négatif. L'échec d'un homme noir devient celui de tous les noirs qui s'étaient projetés en lui, l'avaient réclamé et se l'étaient appropriés. Les bonnes consciences, mais aussi les autres se mettent à dire tout d'un coup : « vous voyez, on leur a donné leur chance et regardez la catastrophe qu'il en est advenu. On ne peut vraiment pas leur confier de lourdes responsabilités ». Le symbolisme prend donc un autre sens. Il enhardit les tièdes d'autrefois, confortent les extrémistes et les convaincus et enfin sème le doute dans les esprits libéraux ou se pensant tels. Ainsi au pas de géant de l'humanité succède un retour en arrière aussi spectaculaire. Back to the future. Mais souhaitant ardemment que tout cela ne reste qu'un cauchemar et pour me rassurer, je me force à me réveiller et je chasse ces idées terrifiantes. Et pour me rassurer donc, je me répète à moi-même : He is Obama. Yes, he can.

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