La campagne de Barack Obama s'est faite autour du thème du changement « Change we can believe ». Il a promis de se démarquer du mode de fonctionnement traditionnel de Washington. Il a notamment répété tout au long de sa campagne qu'en tant que président, il travaillera de concert avec ses adversaires politiques (bi-partisanship) et a annoncé avec solennité sa volonté de remettre à l'honneur l'intégrité et l'honnêteté dans la gestion des affaires de l'Etat. En ce sens, il a déclaré vouloir fermer les portes de son administration aux lobbyistes et aux intérêts particuliers.
S'il est encore tôt pour dire ce qu'il adviendra de ses promesses électorales, on peut déjà voir que le changement promis sera mis en œuvre, dans une grande mesure, par des personnalités familières des arcanes de Washington. En effet, les choix déjà confirmés et les noms qui circulent pour occuper des postes dans l'administration d'Obama, qui prendra les rênes du pouvoir le 20 janvier 2009, marquent un retour de cadres qui ont joué un rôle ou occupé une position sous l'administration de Bill Clinton.
Cette collaboration de Barack Obama avec des anciens membres de l'équipe Clinton a commencé déjà lors de la campagne électorale. Ainsi, parmi les animateurs et ses principaux conseillers lors de cette campagne vers la présidence se trouvaient des figures connues qui ont servi, à un titre ou à un autre, au sein de l'administration de Bill Clinton. C'est notamment le cas de Rahm Emanuel, de pratiquement la totalité de son équipe de conseillers économiques et la majorité de ses conseillers en politique étrangère, dont la figure la plus connue est Madeleine Albright.
Plusieurs de ces anciens de Clinton ont déjà été soit confirmés soit pressentis comme membre de la future administration d'Obama. Rahm Emanuel a déjà reçu l'onction en tant que son futur chef de cabinet (chief of staff) ; le futur Secrétaire à la justice (ministre de la justice), Eric Holder Jr., est un familier dudit ministère et a collaboré avec Bill Clinton. Plusieurs autres figures de proue de l'ancienne administration Clinton sont régulièrement citées pour occuper des postes dans l'équipe gouvernementale d'Obama. Le choix éventuel Hillary Clinton comme ministre des affaires étrangères (Secretary of State), si celui-ci se matérialise, représentera la preuve la plus éclatante de ce retour en force des anciens de l'ère Clinton.
Toutefois en opérant ses choix de collaborateurs, Obama prend le soin de procéder à un tri et de scruter minutieusement le passé des potentiels futurs membres de son cabinet. C'est la fonction du processus désigné sous le nom de « vetting ». Il s'agit pour lui, par ce biais, de minimiser les risques d'un choix qui pourrait se révéler embarrassant ou handicapant pour son administration. C'est ce qui explique l'extrême précaution dont il fait montre avant de désigner Hillary Clinton comme Secrétaire d'Etat. S'il souhaite bien récupérer l'expérience et la compétence de ces anciens de l'administration de Bill Clinton, il veut en même temps garder ses distances avec tout ce qu'il y a pu y avoir de dérangeant ou toxique pendant cette administration passée. C'est donc là le type de changement qu'il compte opérer: inventer une nouvelle façon de faire de la politique à Washington, même avec des anciens du sérail.
Au cours de plusieurs apparitions pendant la campagne présidentielle pour apporter son soutien et appeler à voter Obama, Bill Clinton a eu à déclarer que sous son administration l'Amérique allait bien sur le plan économique et n'était pas détestée, comme elle a pu l'être pendant la présidence de George W. Bush. Il affirmait dans la foulée que Barack Obama allait faire revenir ces beaux jours aux Etats-Unis. Le retour en force des anciens de Clinton dans l'équipe que ce dernier est en train de mettre en place trouve peut-être là l'une de ses explications.
On peut s'interroger sur le fait de savoir si les mêmes compétences qui ont donné les bons résultats de l'administration Clinton pourront parvenir aux mêmes résultats sous la présidence de Barack Obama. Le panorama a considérablement changé depuis la fin de l'administration Clinton. Il y a eu le 11 septembre 2001. Cet évènement, quoiqu'on en dise, a opéré d'énormes transformations du monde. La guerre contre le terrorisme, le changement de perceptions et les tensions entre le monde musulman et l'occident (d'ailleurs les propos tenus par le numéro 2 d'Al-Qaïda, Ayman Alzawahiri, en réaction à l'élection d'Obama sont très révélateurs à ce sujet) ont créé une nouvelle donne politique au niveau mondial qui ne va pas disparaître avec l'avènement d'Obama à la présidence des Etats-Unis d'Amérique.
Il y a aussi la nouvelle doctrine de politique étrangère de la Russie. En effet, ce pays a abandonné son approche de coopération et de recherche d'harmonie avec les occidentaux pour se montrer plus virulents dans la défense de ses intérêts nationaux. Le discours du président russe, Dmitri Medvedev, tout juste après l'élection d'Obama laisse augurer de difficultés certaines dans les relations entre les Etats-Unis d'Amérique et la Fédération russe. Le dossier nucléaire iranien, l'affirmation de puissance et les revendications naissantes des pays émergents en ce sens sont aussi des données nouvelles sur la scène internationale qui ne feront que compliquer les choses pour l'administration d'Obama sur toute une série de dossiers.
Sur le plan économique, la crise financière et économique a plongé la planète dans la récession. La profondeur de la crise ne peut encore être évaluée de manière certaine. Les prévisions de certains experts faisant état d'un retour de la croissance en 2009 ou 2010 donnent souvent l'impression de participer de la méthode Coué : on prédit le retour de la croissance afin de la provoquer. Ca ressemble beaucoup à un appel ou un désir. Dans un tel contexte, la réussite d'Obama sur le plan économique, même avec l'ancienne équipe Clinton, pourrait se révéler encore plus difficile à atteindre que prévu.
Si les résultats sont bien au rendez-vous, le fait de s'être entouré d'anciens de l'administration Clinton jouera certainement en faveur de Hillary Clinton, au cas où elle déciderait de retenter sa chance pour les présidentielles de 2012 ou 2016. Sinon, les critiques se gausseront bien de cette stratégie qui aura voulu faire du neuf avec de l'ancien.