Certains « supers managers et financiers » ne semblent pas avoir pris conscience de l'ampleur de la crise. Voire même de son existence. Bien que leur mode de gestion désinvolte et carrément incompétent ont cassé les reins de plusieurs institutions bancaires ou autres et mis au chômage des milliers de personnes à travers le monde, ils ne paraissent pas avoir pris la mesure de leurs responsabilités dans ce fiasco. Alors qu'il a fallu l'intervention massive des États, qui ont injecté des sommes astronomiques de l'argent public dans leurs entreprises pour pouvoir leur éviter la faillite, ces brillants cerveaux continuent à vouloir toucher primes et bonus. C'est le comportement choquant qui a été mis à jour concernant la American International Group (AIG).
Après que le Procureur général de New York, Andrew Cuomo, leur ait demandé de rendre public toutes informations relatives aux salaires et bonus des dirigeants de la compagnie, son PDG, Edward Liddy, fit savoir le 25 novembre 2008 que son salaire ainsi que ceux des 7 plus hauts dirigeants d'AIG se chiffreraient à 1USD symbolique pour les années 2008 et 2009. Que de plus, ces derniers ne recevraient pas de bonus pendant la même période. Ces décisions rentraient bien dans le cadre d'un accord intervenu entre l'administration américaine et les entreprises ayant bénéficié des fonds publics pendant la crise.
Toutefois, dans une correspondance datée du 5 décembre 2008, adressée à un membre de la Chambre des députés, M. Elijah Cummings, ces mêmes dirigeants d'AIG firent état de leur décision d'offrir des paiements en liquide à 130 de leurs cadres pour des sommes allant de 92,500 jusqu'à 4 millions USD. Ces montants devraient être versés, dans le cadre d'un plan de fidélisation (retention plan), à ces cadres dont les salaires annuels oscillent déjà entre 160,000 et 1 million USD. Ils représentent donc parfois 3 à 4 fois le salaire annuel des bénéficiaires. Le PDG d'AIG justifie cette mesure par le fait que les bénéficiaires représentent des personnes clés pour l'entreprise en raison de leur expérience, leurs relations privilégiées avec certains clients de la compagnie ainsi que de leur statut de leaders dans les communautés dans lesquelles ils vivent et/ou travaillent.
Pour comprendre ce qu'il peut y avoir de choquant dans une telle décision, il faut brièvement rappeler quelques éléments de contexte. AIG a bénéficié successivement de 2 paquets d'aides massives du gouvernement américain. Les montants cumulés de ces aides s'élèvent à plus de 152 milliards USD. Il est prévu dans le plan de bonus sus-parlé que ces montants seront prélevés de l'aide financière reçue de l'Etat. Dans le même temps, la valeur boursière de l'entreprise a chuté de près de 90% vers la mi-septembre. Il convient d'ajouter que la mauvaise gestion de cette compagnie qui a eu pour résultat de la mettre au bord de la faillite, est particulièrement responsable de la fragilisation de l'ensemble du système financier américain et du monde. En résumé, il s'agit bien de bonus pour garder des cadres dont les résultats ont été pour le moins peu reluisants, sinon catastrophiques.
Il n'y a, malheureusement, pas qu'AIG à afficher un tel comportement. Par exemple, la banque Goldman Sachs qui vient d'annoncer des pertes pour cette année, et ce pour la première fois de son histoire, n'a décidé que de réduire les bonus de fin d'année de 80%. Ceux-ci pourront quand même atteindre un plafond en liquide de 400,000 USD, le reste étant payé en actions de la banque et en options. Morgan Stanley, de son coté prévoit de réduire ses bonus de 75%. Autant d'institutions ayant été renflouées par les fonds publics américains.
Tenant compte du fait que les salaires de ces « supers managers » sont déjà normalement très élevés, les non initiés aux théories sur la rémunération optimale des « génies des affaires » peuvent légitimement être choqués ou outrés par l'énoncé de sommes aussi faramineuses. Ils sont d'autant plus fondés à s'indigner, quand ils viennent d'être mis au chômage en raison de la crise financière que ces cerveaux lumineux ont occasionné. Pour ceux comme Gordon Brown qui disent vouloir mettre un terme à la culture de cupidité dans le monde financier, le chemin semble être bien long.