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Billet de blog 23 janv. 2019

Les pompiers pyromanes de la psychiatrie

Ce 22 janvier 2019, nous avons assisté à un spectacle navrant : une bonne partie des médias n’a pas pu  comprendre le malaise de la psychiatrie, ses origines et la façon d’en sortir. Nous tenons à clarifier d’une façon nette les enjeux pour sortir de cette confusion médiatique qui fait le bonheur des marchands de sommeil de la santé mentale.

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Hier s’est tenue une journée de mobilisation exceptionnelle pour la défense de la psychiatrie fondée sur des soins relationnels, un travail en étroite collaboration avec les patients et les familles. Mobilisation pour une psychiatrie ouverte, humaine, digne où le recours à la contrainte et à l’enfermement doivent être absolument combattus s’ils ne sont pas mis en place en ultime recours. 

Ce 22 janvier 2019, nous avons assisté à un spectacle navrant : une bonne partie des médias n’a pas pu  comprendre le malaise de la psychiatrie, ses origines et la façon d’en sortir. Nous tenons à clarifier d’une façon nette les enjeux pour sortir de cette confusion médiatique qui fait le bonheur des marchands de sommeil de la santé mentale.

À l’automne 2018, la fondation « FondaMental » et ses promoteurs en chef que sont les professeurs Leboyer et Llorca ont été invités sur l’ensemble des médias français suite à la sortie de leur livre « Psychiatrie, l’état d’urgence ». Ce livre est co-édité par l’institut Montaigne, think tank néolibéral promoteur de la destruction des services publics et de leur privatisation.

Depuis une dizaine d’années FondaMental veut résoudre le problème de la psychiatrie et de la santé mentale par le biais de la « recherche » qui est en réalité un lobby d’intérêt et d’influence à la solde des laboratoires pharmaceutiques et des intérêts privés.

Depuis plus d’une décennie, cette fondation infiltre avec succès l’ensemble des instances gouvernementales pour imposer un modèle de psychiatrie soi-disant « experte ». Cette expertise se traduit dans la réalité par une exclusion et un abandon des personnes les plus fragiles qui ne répondent pas aux remèdes des experts. Elle concourt à la destruction des pratiques cliniques au plus près de l’intérêt des patients et de leurs proches.  Elle entend transformer les pratiques en algorithmes décisionnels où les soignants pourraient être remplacés par des objets connectés comme a pu le dire Mme Wonner lors d’une émission radio l’an passé.

Ce sont les mêmes qui effraient le grand public en dénonçant le nombre de « fous » dans la rue alors qu’ils en sont pour une bonne partie responsables. 

Ce sont les mêmes qui n’éprouvent pas de grande gêne quand des lois ou des circulaires liberticides s’imposent à la psychiatrie, les usagers étant considérés comme des objets dignes d’intérêt uniquement quand il s’agit de les intégrer à des protocoles de recherche et de promotion de leur modèle. 

Il serait intéressant qu’un travail d’enquête journalistique se penche sur la réalité des pratiques dans les services dirigés par ces universitaires. 

Il serait intéressant de voir le recours à la contrainte, à l’isolement, à la contention dans ces services afin de bien mettre en perspective la réalité des pratiques asilaires et la promotion des modèles « innovants».

Depuis bientôt un an, la mobilisation des collectifs en lutte s’insurge contre le retour d’une psychiatrie asilaire, ombre portée des éclats publicitaires de la santé mentale « innovante » promue par FondaMental. Ces luttes sont l’envers de cette vitrine de recherche et d’innovation thérapeutique qui n’apporte rien de bien neuf et détruit ce qui marche.

La déstigmatisation promue par FondaMental entraîne à la fois une ségrégation des personnes les plus en souffrance et en même temps une perpétuelle adaptation de notre système de santé aux normes néolibérales.

Il fallait être sourd hier (ou d’une mauvaise foi confondante) pour ne pas entendre les huées contre FondaMental lors de la prise à partie de Madame Martine Wonner, députée et rapporteur d’une mission « flash » sur le financement de la psychiatrie. La députée a été largement huée car elle était partie prenante des thèses de FondaMental. Elle a même eu l’outrecuidance d’interpréter la contestation unanime de ce lobby comme une désapprobation de la recherche en psychiatrie et de la science... Il n’en est rien, nous sommes contre les lobbys et les influences néfastes de ce genre de fondation sur la psychiatrie, sur le service public, sur les associations et les acteurs privés militants pour un réel accueil et une réelle émancipation des personnes à partir de ce qu’elles sont et non à partir de ce que l’on voudrait qu’elles soient. Cet argument rhétorique a fait florès ces dernières années : « être contre FondaMental c’est être contre la science ». Nous le répétons, être contre FondaMental est identique à être contre les promoteurs de solutions toxiques pour la société. Les traitements promus par FondaMental sont les équivalents dans la psychiatrie du glyphosate pour l’environnement.

Deux blocs s’affrontent d’une façon claire et nette : d’un côté les intérêts de l’oligarchie, des lobbys, des cercles d’influence et de pouvoir qui promeuvent une santé mentale néolibérale au marketing publicitaire s’attirant la faveur des médias.

De l’autre, des acteurs de terrain qui partent de l’invisible, de la connaissance réelle de leur quotidien (patients, proches et professionnels) et des difficultés éprouvées en permanence. Ces acteurs « ordinaires » dont l’expertise se situe au niveau du quotidien connaissent les moyens pour remédier à la crise de la psychiatrie : partir d’une co-construction entre les usagers, les familles, les professionnels articulée à un changement de l’ensemble de la société.

Cette récupération lamentable de la mobilisation des acteurs de terrain de la psychiatrie doit être absolument dénoncée et combattue vigoureusement.

Nous appelons à intensifier la mobilisation le jeudi 21 mars 2019 pour un printemps de la psychiatrie sous les auspices d’une lutte contre la destruction de la psychiatrie par ce lobby FondaMentaliste dangereux pour les citoyens et la société.

Mathieu Bellahsen

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