«Gay is good» : de la fierté à l'amour de soi

La fierté est un sentiment cardinal, qui traverse la communauté LGBT. Pour se revendiquer, exister. Un renversement louable et libérateur, après le déni ou la honte. Mais à la veille de la «Marche des fiertés», après Orlando, et si nous disions que nous ne sommes pas juste acceptables, mais bénéfiques pour soi et les autres ?

"Gay is good". Cette phrase, nous la devons à la lutte contre le sida aux Etats-Unis. Un activiste du "Gay men health's crisis", au début des années noires du sida, avait écrit ces trois mots fondamentaux. Alors que les homosexuels etaient stigmatisés et mis à l'index pour ce qu'ils étaient, ces mots revendiquaient plus que l'acceptation, mais déjà la force avant-gardiste d'un mouvement qui a changé l'histoire, et pas seulement pour lui-même. Cette phrase m'a toujours frappé par sa force, son audace et sa vérité. Elle m'a fait construire et déconstruire les rapports sur sa propre condition, notamment la fierté. La fierté est nécessaire, utile, émancipatrice. Mais aujourd'hui est-ce suffisant ? Ne faut-il pas dire plus ?

Je dirais surtout que c'est pas tant d'être fier que d'être heureux. Le massacre homophobe d'Orlando nous a montrés que nous étions, communauté LGBT, une cible. Le reste de la société semble l'avoir compris. Mais cela doit pas faire oublier que c'était déjà le cas. L'homophobie n'est pas "juste" une tuerie. C'est l'ensemble des violences et des haines envers les homos ou ceux supposés comme tel. C'est aussi le refus, systémique, de l'application réelle de l'égalité. C'est sans doute celle-ci, pernicieuse et mouvante, la plus difficile à combattre. 

Le parcours et le cheminement vers son acceptation et le fait d'appartenir à une communauté, c'est aussi le passage de cette acceptation de soi-même vers une forme d'amour de ce que l'on est et de ce que l'on représente. Nous sommes le bon côté de l'histoire. Nous sommes dans ce combat inclusif et intersectionnel pour les droits humains de toutes et de tous, à travers les autres minorités qui nous composent. Nous sommes des êtres sensibles aux discriminations, fatigués aussi de devoir se battre pour changer de monde. Et dans le même temps, sûrement beaucoup plus forts et courageux que ceux et celles qui nous traitent de "fiotte" ou de "pédale". Sans jamais renverser cette violence sur nos oppresseurs.

Nous sommes gay. C'est n'est pas juste "OK", c'est bien. Nous faisons du bien à ce monde. Gay is good, sans guillemets. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.