Mais pourquoi les médias maltraitent donc tant le VIH/sida ?

C’est un mal qui, malgré les bonnes résolutions de chacun, risque de perdurer en cette nouvelle année. Comme sur d’autres questions dites "complexes", comme autorisés au simplisme, les médias maltraitent régulièrement les enjeux du VIH/sida dans leurs lignes ou leurs micros. En ce début d’année 2016, on est plein de mansuétude. Mais quand même, c’est comme pour le climat, le changement, ça urge.

Quand tu travailles sur l’actualité du VIH, tu relis tes propres productions, guettant les boulettes. Mais, évidemment, tu lis aussi celles des autres. Et, souvent, tu n’es pas déçu : "Nouveau vaccin contre le sida" (en fait, non !), "Truvada, nouveau traitement préventif contre le sida (en fait non, et puis c’est le VIH, pas le sida, parce que non, ce n’est pas la même chose). Bref, florilège d’erreurs, d’approximations, voire de contresens sur un sujet qui ne supporte pas vraiment le flou. Alors oui, je "baigne dedans", comme certains disent. Mais bon, des bonnes excuses, il n’y a pas que moi qui en aie.

"Franchement, c’est compliqué"

Mouais. Le VIH est une maladie, avec des trucs médicaux, des traitements qui soignent, mais qui ne guérissent pas. C’est vrai, on ne peut pas être binaire. Le sujet ne fait pas souvent la Une, mais charrie beaucoup de représentations négatives, d’idées reçues, quant à l’épidémie mortelle qu’elle fut et qu’elle demeure aujourd’hui, 35 ans après. Mais quand même, l’information claire, à la page et sûre sur le VIH, les IST et la prévention, même sur Internet, elle existe ! Des journalistes dont je fais partie, regroupés en une association (AJL), ont même réalisé un pour aider les journalistes à mieux traiter les sujets LGBT, mais aussi le VIH. Je ne peux pas répondre pour tous, mais je pense que les journalistes des principaux journaux ou sites d’information français pourraient (devraient ?) faire cet effort… d’investigation et de précision. Notre boulot, en fait.

Kit destiné aux rédactions créé et lancé en juin 2014 par l'association des journalistes LGBT © AJLGBT

"Ouuuuui, mais on n’a pas le temps"

Mouais. On peut difficilement nier que l’émergence des réseaux sociaux a accéléré la course aux exclus ou aux scoops. Plus vite, plus court. Mais justement, le VIH/sida ne peut être traité à la légère. On ne peut pas laisser un titre racoleur qui annonce sans ambages une avancée alors que celle-ci n’existe même pas. Non, mettre VIH plutôt que sida, en parlant du virus, ce n’est pas une fioriture, ni une précision superflue. C’est un élément factuel, la base d’un traitement médiatique cohérent et de qualité auprès de la population. Et ça ne prend qu’une lettre de plus… Et il suffit d’une dépêche d’agence de presse (AFP, Reuters, etc.) avec une erreur grossière, et c’est toute la chaine qui la reprend, sans veiller au sens.

"Oui, mais c’est pas très grave"

 Malheureusement si. Et pas seulement pour l’exactitude intrinsèque des articles de presse. Oui, dans un sujet médical, il faut vulgariser, rendre compréhensible. Mais cela ne peut pas être prétexte à l’imprécision. Ce n’est pas juste "mauvais", c’est faux ! Les personnes vivant avec le VIH, qui suivent assidument ces questions, sont aussi déroutées, voire déçues, par la couverture médiatique. Et quand elles s’expriment, elles tiennent à apporter des nuances, des éclairages importants, trop rarement repris pour remettre en perspective. Ce traitement brut, froid, revêt même une certaine violence, comme si le sujet ne méritait pas plus d’engagement. Le sensationnel, les raccourcis, sont les maux de l’info sur le VIH/sida. Non, cela n’est pas dangereux en soi, mais ça peut le devenir, tant on voit que l’éducation à la prévention de la contamination ou l’information sur les réalités sociales de la maladie deviennent inégales chez les jeunes. Et la bataille contre les "révisionnistes du sida" reste loin d’être gagnée. Les pandémies comme le VIH/sida, comme l’écologie, ne sont pas juste des sujets, des marronniers éditoriaux, ce sont des enjeux saillants, majeurs, du monde d’aujourd’hui. Cela ne doit plus être discuté, ni débattu. Il faut en parler plus, plus souvent, pour en parler mieux. Faisons le !

Tribune publiée également sur le site d'info sur le VIH seronet.info : http://www.seronet.info/turbulence/mais-pourquoi-les-medias-maltraitent-donc-tant-le-vihsida-74022

 

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