[Flashback] Grèce : le drame de la haine

Alors que Tsipras et Syriza se débattent contre la Troïka(1) afin de mettre fin à la pression financière, le site Buzzfeed rappelle la hausse des contaminations au VIH en Grèce depuis 2010. Alors, petit coup de rétroviseur pendant ces septs dernières années, où l'austérité a été loi et ses conséquences en matière politique et sanitaire. Souviens-toi, 2012 et 2013, quand le parti Aube Dorée arriva au Parlement, et que certains politiques alimentèrent haines et violences en cherchant à désigner des responsables. Les plus vulnérables, personnes séropositives et migrantes en tête, endurèrent alors une véritable chasse aux sorcières.

Alors que Tsipras et Syriza se débattent contre la Troïka(1) afin de mettre fin à la pression financière, le site Buzzfeed rappelle la hausse des contaminations au VIH en Grèce depuis 2010. Alors, petit coup de rétroviseur pendant ces septs dernières années, où l'austérité a été loi et ses conséquences en matière politique et sanitaire. Souviens-toi, 2012 et 2013, quand le parti Aube Dorée arriva au Parlement, et que certains politiques alimentèrent haines et violences en cherchant à désigner des responsables. Les plus vulnérables, personnes séropositives et migrantes en tête, endurèrent alors une véritable chasse aux sorcières.

Avril 2012. A la une de plusieurs journaux grecs sont publiés les portraits d’une douzaine de femmes, avec leur nom et prénom, déclarées prostituées. Une ignoble mise à l’index, illustrant le climat de terreur entretenu par les forces de l’ordre. "Une véritable rafle de femmes en errance dans la capitale, supposées donc travailleuses du sexe, arrêtées, mises en détention, puis libérées à l’issue d’un procès, faute de preuve", raconte Eva Cossé, spécialiste de la Grèce pour l’organisation Human Rights Watch.

Une loi sérophobe   
Cet acte a suscité l’émoi d’une partie de la classe politique et intellectuelle grecque, mais aussi de nombreuses associations de défense des droits de l’Homme. Car il a mis en lumière la teneur d’un décret discrètement publié entre deux réformes : ces femmes ont pu être, en toute légalité, dépistées de force pour le VIH lors de leur garde à vue. Ces actions policières prennent source dans une politique extrêmement violente à l’égard des populations vulnérables, bouc-émissaires de la précarité grandissante des Hellènes.  Il faut dire que la législation actuelle permet tous les abus. Alors que l’ancienne ministre de la Santé avait abrogé cette effarante disposition autorisant les dépistages forcés, son remplaçant Adonis Georgiadis (ex-cadre d’un parti d’extrême droite — Laos — jusqu’en 2009) l’a remis en vigueur en juillet dernier, au lendemain de sa nomination. Ce fut même l’une de ses premières décisions. Dans un pays où le nombre de contaminations au VIH a bondi en trois ans (+ 60 % chez les consommateurs de drogues) les conséquences sont catastrophiques : les populations discriminées, elles-mêmes particulièrement touchées par le sida, n’osent plus se faire dépister, de peur d’être arrêtées, déplorent les associations sur le terrain. "Depuis le début de la crise, on assiste à une résurgence d’un discours hygiéniste en matière de santé publique. La réglementation d’avril 2012, légalisant les dépistages forcés, concerne tout le monde, mais les travailleuses du sexe sont spécialement visés dans les interventions politiques", déplore encore Eva Cossé, qui mène actuellement un travail de recueil des cas de violences et d’atteintes aux droits en Grèce.

"Multiplophobie"
Le centre européen de contrôle des maladies (ECDC) parle d’une législation "unique" (sic) en Europe, qui permet, en outre, placement en quarantaine, détention et mise sous traitement, une fois de plus obligatoire. Comble de l’horreur, l’affaire des portraits n’a fait qu’amplifier la vindicte du gouvernement. "Quand les pouvoirs publics se sont rendus compte que ces femmes n’étaient pas prostituées et de nationalité grecque, ces derniers ont désigné un nouveau coupable tout trouvé : l’étranger", raconte-t-elle encore, navrée. Dans un pays où le parti néonazi Aube Dorée possède 18 sièges de député et représente la troisième force politique nationale [7 % aux dernières élections, ndlr], le quotidien des immigrés et des demandeurs d’asile est devenu un enfer. "Les partis nationalistes d'extrême droite tels qu’Aube Dorée ont, ces dernières années, gagné en force et en popularité, en grande partie par l’exploitation du sentiment anti-immigrés. Nous avons constaté que des gangs de Grecs attaquent les migrants et les demandeurs d'asile dans le centre d'Athènes, et ailleurs dans le pays, avec une effrayante régularité", rapporte Eva Cossé. Médecins du Monde-Grèce a aussi dû affronter quelques extrémistes : en février 2013, des membres d’Aube Dorée ont manifesté devant une clinique de soins pour migrants à Perama (district au sud-ouest d’Athènes). Ce "nettoyage ethnique", orchestré par la frange la plus raciste de la population, profite de la complaisance de la police. Cette dernière y prend même part, lançant des "opérations" d’arrestations et d’expulsions massives, pour "vider" la Grèce de ce "problème". Human Rights Watch a recensé 59 attaques racistes sérieuses entre 2009 et 2012, ainsi qu’une mortelle en juillet dernier. En 99 pages, le rapport "La haine dans les rues : Violences xénophobes en Grèce" documente l’échec de la justice à prévenir et juger ces agressions. Depuis 2008, aucune condamnation pour violence en raison de l’origine ethnique n’a été prononcée. "Pour mettre fin à cette violence, l'Etat doit envoyer un message tout aussi puissant : La violence xénophobe n'a pas sa place dans une société démocratique, et vous serez punis", exhorte l’organisation auprès du Premier ministre Samaras, mais aussi l’Union Européenne, jusqu’ici silencieuse.

Publiée en octobre 2013 dans le dossier "Europe: La santé en crises" de la revue thérapeutique sur le VIH/sida REMAIDES.


Note bas de page :
(1)
La "Troïka" désigne les experts représentant la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, chargés d'auditer la situation économique grecque, notamment l'état de ses finances publiques et d’imposer des plans de réduction des dépenses.

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