L’homophobie s’ancre dans la société française

Dans son dernier rapport annuel, l’association SOS homophobie dresse la situation des discriminations liées à l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Après deux années noires durant les débats sur le mariage pour tous, le nombre de témoignages recule certes, mais reste élevé.

Dans son dernier rapport annuel, l’association SOS homophobie dresse la situation des discriminations liées à l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Après deux années noires durant les débats sur le mariage pour tous, le nombre de témoignages recule certes, mais reste élevé.

C’est l’autre -et triste- anniversaire de l’ouverture du mariage à tous les couples. Alors que les premièr.e.s marié.e.s vont fêter fin mai leurs noces de cuir, les chiffres de l’homophobie demeurent inquiétants. A l’approche de la Journée internationale de lutte contre les discriminations anti-LGBT (IDAHOT) du 17 mai, l’association SOS Homophobie présentait à la Presse mardi dernier son rapport annuel 2015 et les dernières données sur les témoignages de violences envers les lesbiennes, gays, bis et personnes trans. En 2014, le nombre de témoignage recueillis par l’association via sa ligne d’écoute ou son site internet (1) est de 2197, en baisse de 38 % par rapport à 2012 et 2013, années des débats violents et acharnés, où ces témoignages avaient explosé. "Deux années hors normes", rappelle Yohann Roszéwitch, président de SOS homophobie. Mais si l’on compare à la dernière année (2011) avant le mariage pour tous, l’augmentation reste de 41 % en quatre ans. Ce qui fait dire au responsable associatif que la haine envers les homosexuels, bisexuels et trans s’est "enracinée dans la société", malgré le vote d’une loi d’égalité.

Une agression homophobe tous les deux jours             
Le milieu scolaire ou la famille restent, malheureusement, les premiers lieux de la vie de tous les jours où s’exercent l’homophobie ou la transphobie. Comparé à 2011, le nombre de témoignages de harcèlement scolaire a augmenté de 41 % et les situations de rejet dans la sphère familiale de 22 %. Ce calvaire du quotidien concerne 45 % des témoignages reçus en 2014 et Yohann Roszéwitch parle "d’une agression homophobe signalée tous les deux jours." Une violence qui provient souvent des membres de la famille des victimes.

Malgré un léger fléchissement, Internet reste un lieu de prédilection de la propagation de la parole homophobe. Avec 40 % de témoignages concernant des insultes sur la Toile, les réseaux sociaux en ont la part belle : 33 % rapportent Twitter et 13 % Facebook comme lieux du délit. Même si Yohann Roszéwitch salue la "prise en compte grandissante de cette haine par les hébergeurs" et les sites de microblogging.

Une sur-mortalité des jeunes LGBT      
Ce climat d’insultes décomplexées n’est pas sans conséquence. "Cette homophobie provoque un taux de suicide accru chez les jeunes LGBT", souligne le président de SOS homophobie. Il rapporte un risque 5 fois plus élevé chez les gays et près de quatre fois plus fort chez les jeunes lesbiennes, citant les dernières enquêtes internationales et Françaises reprises par l’INPES (2). Tout en rappelant que les LGBT-phobies prennent racines dans la même haine de la différence, il explique que les ressorts du rejet sont spécifiques à chaque groupe. Yohann Roszéwitch prend l’exemple de la biphobie, "double peine, avec un déni de sexualité et rejet, même au sein d’autres membres de la communauté LGBT." Tandis que pour les trans, c’est la violence physique, les clichés et l’absence de loi qui les rend particulièrement vulnérables.

Le bilan du quinquennat            
SOS homophobie continue son combat sur le terrain, en tentant de soutenir les victimes qui contactent la structure et en montant des actions de sensibilisation auprès des jeunes, mais aussi auprès de salariés d’entreprises ou de collectivités. L’association appelle également de ses vœux une action politique, comme un plan ambitieux de lutte contre la discrimination des LGBT et de promotion de l’égalité. "Nous déplorons également le recul sur la PMA et le vote d’une loi de simplification du changement d’état civil des personnes trans." Sur le don du sang aux gays, dont la fin de l’interdiction de principe a été voté à l’Assemblée Nationale lors des débats sur la Loi de Santé, Yohann Roszéwitch souhaite voir les modalités du questionnaire pour le donneur évoluer, pour permettre à termes de n’exclure que les gays et bisexuels ayant eu des prises de risques récentes.

Concernant les médias, malgré les travers de la couverture parfois disproportionnée des antis-mariage et les trop nombreux clichés relayés par les titres ou les photos, le président de SOS homophobie note une évolution positive du comportement des journalistes sur ces sujets, évoquant par exemple la création d’une association de journalistes LGBT [AJLGBT, ndlr] et une vigilance accrue quant au traitement de l’homophobie et la médiatisation des affaires.

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