Mariage pour tous : le chapitre est-il vraiment clos ?

Le marathon législatif est terminé. La loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples de même sexe a été promulguée samedi 18 mai et un premier mariage est annoncé à Montpellier le 29 : le combat pour l'égalité des droits est juridiquement gagné. Pourtant, rien ne semble arrêter les opposants au mariage pour tous, prêts à (enfin) assumer leurs velléités politiques et remettre en cause la loi Taubira. Mais au-delà des effets d'annonces, la véritable bataille sera celle du quotidien, par la reconnaissance effective de leur couple et famille. 

Le marathon législatif est terminé. La loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples de même sexe a été promulguée samedi 18 mai et un premier mariage est annoncé à Montpellier le 29 : le combat pour l'égalité des droits est juridiquement gagné. Pourtant, rien ne semble arrêter les opposants au mariage pour tous, prêts à (enfin) assumer leurs velléités politiques et remettre en cause la loi Taubira. Mais au-delà des effets d'annonces, la véritable bataille sera celle du quotidien, par la reconnaissance effective de leur couple et famille. 

Ça y est c'est voté. Le projet de loi sur le mariage pour tous, symbole de la première année de mandat de François Hollande a été adopté, validé puis promulgué. Une obligation, tant sur le fond que sur la forme. La France, qui aime à se parer de grands et verbeux idéaux, consacre enfin un de ses fondements républicains : l'égalité. Mais au plus bas dans les sondages, le gouvernement tient la mesure phare de sa première année, le nouveau progrès social accrédité à une gauche, qui peine à convaincre d'être l'amie de la rose.

Les homos sont les premiers à reconnaître qu'il faut maintenant s'atteler à d'autres chantiers : "Des droits maintenant et après, on passe à autres choses" pouvait-on lire sur les pancartes des partisans du projet. La loi passée, sont-ils vraiment libres de jouir ou non des droits qui leur sont désormais attachés ? D'une émancipation juridique, de sous-citoyen à personne reconnue dans sa différence et sa diversité, il faudra résister à l'épreuve des faits. Je me rappelle parfaitement les propos de Dominique Boren, co-président de l'Association des parents gays et lesbiens (APGL). Ils m'avaient surpris : "Je suis inquiet pour la situation des familles, qui font face actuellement à une remontée de l'homophobie, dans toutes les franges de la société. Mais je m'inquiète aussi pour après [le vote de la loi, ndlr], quand les personnes feront valoir leurs droits et que certains réaliseront que nous existons".

J'avoue ne pas avoir tout de suite compris. Pour moi, c'était l'homophobie le problème, pas le mariage pour tous. Et puis avoir des droits, c'est évidemment pouvoir les opposer en cas de conflit ou de situation flagrante de discrimination. Mais après s'être marié et/ou avoir adopté, est-ce que tout est réglé ? Le droit ne protège pas de tout. L'insécurité juridique part, mais l'homophobie, cristallisée et distillée pendant des mois, reste. Au quotidien, quel(s) changement(s) pour un couple de lesbiennes ou une famille homoparentale si au delà du cadre juridique, le climat reste aussi délétère ? "On les emmerde" me disent certains. Cependant, est-il acceptable que deux personnes qui s'aiment et sont unies civilement craignent de se tenir la main dans la rue ? Renoncer à faire, à dire, d'être qui l'on est par crainte, pour être tranquille, pour soi, pour celle, celui ou ceux qu'on aime. Pouvoir mais ne pas oser vouloir, à l'opposé du sens de la loi : c'est aussi ça l'homophobie, plus insidieuse que les insultes et plus lancinante que les coups.

De la rue aux hémicyles, aucune sphère de notre république n'aura été épargnée par les poncifs, clichés voire les insultes à l'encontre la communauté LGBT. Cet acronyme a été le moyen sémantique de réduire des familles, des enfants, des femmes, des hommes, à l'état de lobby, groupuscule minoritaire, forcément non-légitime à s'exprimer sur la négation de leurs réalités de vie. Les associations de lutte contre les discriminations n'ont jamais cessé d'alarmer sur la recrudescence des agressions ou insultes à l'égard des homosexuels. Rien ne montre qu'elles disparaîtront, ni que nous continuerons à en parler. Le cas de Wilfred (voir le billet "l'homophobie de tous les dangers") a dans un sens donné un visage à une violence que beaucoup jugeait, ou juge encore, négligeable. Mais aujourd'hui, les mêmes qui affirmaient "aimer les homosexuels" alimentent toujours cette stigmatisation en portant au rang de combat de civilisation le refus de les mettre homos et hétéros sur un pied d'égalité. 

La Manif pour tous et ses têtes d'affiches ne compte pas renoncer en si bon chemin. La manifestation du weekend prochain sera l'occasion pour Frigide Barjot et consorts d'évaluer la motivation des troupes après la validation du texte par le Conseil Constitutionnel et sa promulgation. Longtemps psalmodiée, la dimension strictement citoyenne de la mobilisation anti a volé en éclats. Barjot ne cache plus ses ambitions quant aux prochaines échéances politiques et espère bien amener les manifestants des rues aux bulletins estampillés "LMPT". L'UMP qui surfait sur cette opposition de visions de société en tentant de la muter en mouvement anti-Hollande voit un allié médiatique et fédérateur devenir un véritable challenger politique. Ce matin, Copé a annoncé que le 26 mai sera sa dernière participation et invite chacun à  "transformer cet engagement sociétal en engagement politique!". Une tentative de récupération en bonne et due forme afin d'absorber un coquet électorat d'ici aux municipales de 2014. Avec pour conséquence, l'absurde mais néanmoins dangereuse promesse d'abroger la loi dès leur retour au pouvoir.

Menaces en l'air ? De nombreux commentateurs politiques ont expliqué, avec justesse, que même la très catholique Espagne n'avait pas "démarié" les homos après le retour au pouvoir des conservateurs. Mais ceux qui pensent que tout est enfin réglé vont peut-être un peu trop vite en besogne. Le jour d'après est arrivé : tout comme l'était l'application du principe d'égalité des droits, lutter contre les relents homophobes et toutes les discriminations doit être un nouvel impératif républicain.

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