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Billet de blog 19 avr. 2021

C.R.A – Crimes de l’Etat français en [douce] France

438.815 personnes ont été déportées par l'État français entre 2010 et 2019. Entretien avec un homme séquestré dans un des 24 C.R.A de France et appel au rassemblement le 22 avril 13H devant le C.R.A de Sète, lancé par les collectifs «Occupons-nous théâtre Molière de Sète» et «Toutes et tous étrangers» pour la fermeture des C.R.A.

Mathieu Gabard
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Enlèvements, séquestrations et déportations d’êtres humains ne correspondant pas à ses critères administratifs : l’État français institue une sous-humanité qu’il peut manipuler, traquer, harceler, épuiser, violenter à sa guise.

Objectivées, niées, au quotidien, ces personnes sont enlevées : près de la gare, dans la rue, dans le tram, dans le train ; séquestrées : près d’un aéroport, dans une forêt, en centre-ville ; déportées : en voiture, en bateau, en avion.

Entre 2010 et 2019, l’État français a enlevé et séquestré dans les C.R.A 490.480 personnes (dont 37.612 enfants) et a déporté 438.815 personnes.

C’est une estimation basse, constituée à partir des rapports annuels de 2010 à 2019 de la Cimade, Forum Réfugiés et quelques autres associations intervenant à l’intérieur des C.R.A. Estimation basse : depuis 2018 le rapport cesse de donner les chiffres des déportations hors-C.R.A, pour donner une idée : en 2017, 40698 personnes ont été déportées dont 30584 hors-C.R.A.

La personne dont je retranscris les propos ci-dessous se trouve actuellement séquestrée dans une des 24 zones de séquestration, de tri et de déportations d’humains que l'État français nomme Centres de Rétention Administrative (C.R.A.). Je l’ai jointe par téléphone, son téléphone lui a été interdit et ôté par la P.A.F (Police aux Frontières, en charge de la surveillance), c’est donc par une des cabines téléphoniques situées dans un couloir du C.R.A, que j’ai pu la joindre (vous pouvez appeler et trouver les numéros des cabines de chaque C.R.A dans la Rapport annuel de la Cimade et autres associations sur la situation des C.R.A en France). Pour ne pas qu'elle soit reconnue, et ainsi éviter de possibles représailles de la police et de l’administration, certains éléments, certains chiffres, certains passages ont été enlevés ; cet entretien a été anonymisé.

Entretien :

Pour le moment on est X personnes et là ils vont en rajouter X du coup on va être surchargé vous voyez et demain ils vont en rajouter X. Ça veut dire que c’est abusé.

Ici par rapport à l’odeur, ça pue dans toutes les cellules, les égouts ils ont une odeur horrible horrible horrible c’est insupportable, et encore vous voyez où on dort les draps et tout c’est sale sale sale.

Moi ça fait même pas une semaine j’suis ici et mon collègue deux semaines, on… comment on dit en français… on a fait une catastrophe de boutons, tout l’monde a des nouveaux boutons qui poussent sur le visage, moi perso j’en ai deux, j’en ai un qu’est sorti à côté de mon front et un à côté de mon œil, qui sont sortis, quand j’suis entré j’avais pas ces boutons-là, c’est dégueulasse, y en a deux-trois qui viennent d’avoir les mêmes boutons que j’ai moi, et des gros gros boutons en plus, on est quatre personnes.

Voyez, la personne quand elle reste plus que trois jours elle se voit pas dans le miroir, elle perd même sa personnalité, ici y a même pas un miroir dans tout le centre, t’as pas le droit de te voir dans l’miroir, ah oui ça c’est encore un point vraiment… vraiment… t’as compris.

Et j’voulais rajouter encore un truc par rapport à l’alimentation ici. Oh la la l’alimentation… nous on a tenté de faire des grèves, on a fait des remarques aux gens ici, on a tout essayé avec l’alimentation, vraiment ici ce qu’ils nous servent à manger c’est rien du tout. C’est pas suffisant, ça vous donne pas l’appétit, et la moitié des gens ici c’est des gens rebeus qui mangent pas la viande, du coup on mange pas la viande ici, et le poisson franchement ici il est dégueulasse. Même des fois on reçoit des visites et tout, les gens de dehors ils nous ramènent des fois des pizzas, des tacos des trucs à manger, ils refusent tout, ils refusent tout, les yaourts, les fromages, tout, tout, ils refusent, ils te disent t’as pas l’droit, t’as l’droit que à des biscuits et des gâteaux, mais fermés, pas ce qui est fait à la maison, moi la dernière fois ma mère elle me ramène un tacos trop trop délicieux et tout, ils me disent non non non c’est le protocole, tout ce qui est ouvert… Et oui…

Et après voyez la situation psychologique, les retenus ici, ils sont tous désespérés, tout l’monde voyez, il manque vraiment quelqu’un qui vient ici, qui nous écoute, déjà d’un point, qui.. ici personne personne te donne le temps, la vérité, vous m’écoutez hein ? y a personne qui nous donne le temps, voyez les policiers ici, toujours pressé, toujours, tu veux, tu demandes un truc il faut qu’tu restes 10 minutes du temps où t’attends, ouala ici il nous manque un soutien moral vraiment vraiment, un soutien moral parce que les détenus ils sont désespérés, ils n’ont plus d’espoir et voyez la situation comment ça s’passe ici.

Vous avez une idée du plan architecte d’ici ? Juste un couloir, et partout les chambres y a une odeur le matin et l’après-midi qui sort du couloir, tu peux pas rester plus que cinq minutes dans l’couloir, t’es toujours obligé de rester au fond dans la salle. C’est comme ça ouala ici ça nous traite comme des animaux, ça nous passe même pas la télécommande pour la télé, rien du tout, jamais ils te la passent, ils te disent y a des gens qui vont manger des piles j’sais pas quoi, j’sais pas qu’est ce qu’il me raconte, mais, ah vraiment vraiment on est oublié ici, nous on se sent que le monde il nous a oublié ici vraiment vraiment, moi je parle je représente tout l’monde ici, vraiment, moi ça fait qu’une semaine j’suis ici j’ai vécu des choses que vraiment… je croyais même pas que j’allais voir de toute ma vie comme ça… même en prison j’pense qu’c’est mieux.

Et encore y a un p’tit point qui nous fait chier c’est pourquoi les caméras elles sont interdites dedans ? tout ce qui est smartphone tout, tu peux pas ici.

Et pour contacter les potes et la famille ça va ?

Vous voyez tout c’qui est ici à l’intérieur de France on peut les contacter, mais voyez nous on est là on est un pas vers l’Europe, un pas vers le bled voyez, on a besoin des téléphones smartphones pour au moins au moins au pire des cas pour s’ils nous renvoient là-bas on donne zarma on prévient les gens voyez, surtout ici la moitié des gens ils n’ont pas de famille ici, ils n’ont rien du tout, ils sont tous dehors le pays, ils peuvent pas les contacter rien du tout, c’est pour ça ils sont désespérés, ils n’ont pas de visite, t’as compris.

Quand t’es enfermé dans un endroit ici, et que t’es obligé de vivre dans des conditions comme ça, voyez comme je vous dis, le manque de nourriture et la saleté, surtout la saleté, et surtout surtout le truc qui me dégoûte, c’est une odeur insupportable, y a une cellule en face de ma porte, elle est fermée, même y a un p’tit carré qui est normalement ouvert pour aérer toutes les cellules, lui aussi il est bloqué avec un carton, et encore ça sent une odeur ! j’vais vite fait vous décrire : vous voyez le rat quand il est mort ? C’est comme ça.

J’commence la journée comme ça tous les jours, ouala, même des fois ils m’appellent à table pour monter à manger, j’vais vers la cellule pour me laver les dents, pour me laver les mains, sur la tête de ma mère j’finis à vomir dans la salle de bain, j’dis j’veux plus ni manger ni rien du tout, les deux trois premiers jours j’ai rien mangé rien du tout, même les plats j’les refusais, après t’as compris t’es obligé d’manger, même le repas s’il est devant toi tu imagines que c’est un repas bon et ça s’passe. Moi c’est juste un p’tit détail aussi j’voudrais bien parce que des fois le repas vous voyez que j’mange pas tout, j’voudrais bien qu’ils nous donnent des pains aussi, des pains de plus, si tu demande un pain de plus oh tout l’monde te regarde de travers on dirait qu’t’as insulté quelqu’un ici.

Si j’vous raconte ma situation vous allez dire c’est dommage c’est dommage.

Moi c’est juste t’as vu j‘ai pas pu renouveler mes papiers et jusqu’à l’arrivée et tout depuis 2016 j’au eu mon bac et tout, j’ai un BTS, tranquille, et de là y a eu une expulsion de la maison, parce que j’vivais avec ma famille et tout, il est venu le huissier à la maison pour nous faire sortir parce que la famille elle a pas payé le loyer, et de là voyez ils m’ont ramené directement ici. Le reste de ma famille ça va. En plus lundi mes collègues ils reprennent les cours et tout, j’suis au lycée X à X, j’suis en BTS, ouala c’est dommage c’est dommage, j’ai 20 ans, c’est dommage c’est dommage.

Vous voyez hier, y avait des policiers ils m’ont ramené à l’hôpital, j’avais un p’tit problème, j’étais obligé de faire une chirurgie, une opération, ouah t’as vu les policiers qui m’ont ramené ici, c’est vraiment des racistes des fachos, c’est vrai, ouala il m’a dit des trucs que vraiment j’étais choqué, il m’a dit ouiii… maintenant la France elle va te payer l’opération nanani nanana, oh j’lui dis frère moi dehors j’ai ma carte vitale, j’ai la CMU j’ai tout, il commence à m’dire et oui c’est pour ça nous les français on est trop con, on est trop con hein, vous les immigrants on vous aide, oh j’lui dis frère t’as la haine parce qu’ils vont me payer une opération c’est rien du tout, moi j’suis un étudiant j’touche 650 euros par mois, voyez, la France elle me donne des choses aussi. Oh de là il pète un plomb, il commence à, t’as vu lui il conduit la voiture au retour, il commence à taper sur le volant, il commence à s’énerver, lui et son collègue, moi j’étais derrière, il commence à m’dire, ils ont commencé à m’dire, regarde, regarde comment on est con nous les français, regarde, nous on donne à ces migrants ça ci ci ça ça ça, même l’argent, on leur donne tout, voyez, il m’a dit, toi ta place c’est ton pays, c’est pas ici hein, et j’dis comment ça, pourquoi tu m’parles comme ça ? Il m’a dit c’est comme ça, il m’a dit le jour où les français ils vont prendre des armes et faire la guerre contre tous les étrangers, les blacks et tout, ça va pas être la même situation, et j’dis oh la la ouais t’es sérieux ? Et j’regarde son pote, son pote y m’dit ouais ouais, ouais ouais c’est vrai, et j’ai regardé comme ça et j’ai dit alors c’est toi ? tu vas être l’un l’un des premiers de ça ? Et il m’a dit d’ici là j’vais voir hein. Ouala, sur la tête de ma mère, c’que j’ai écouté hier, il m’a détruit, mais vraiment, vraiment, vraiment, vraiment, encore il y a deux trois phrases qu’il m’a dit, j’arrive pas à me rappeler vraiment, il m’a dit… oh j’lui dis mon père il est là depuis mille neuf cent (hésitation) t’as compris, il m’a dit même ton père on l’accepte pas, j’lui dis écoute toi tu connais la Tunisie ? Il m’a dit oui j’connais bien la Tunisie j’suis d’jà parti dix fois là-bas, c’est un beau pays et tout, et j’dis alors quand t’étais là-bas t’étais pas bien accueilli ? Il m’a dit si j’étais bien accueilli, moi j’dis écoute toi ton passeport en Tunisie personne a l’droit de l’rattrapper, d’le récupérer, ben oui tu l’récupères et tu l’ramènes à la Poste, ou il est tombé ou tu le récupères, tellement là-bas on respecte les étrangers les policiers ils ont même pas l’droit d’t’arrêter, il me dit si c’est vrai, si c’est vrai mais ça reste pas mon pays t’as compris, il m’a dit pourquoi tu vas pas à ton pays ? j’lui dis mon pays y a rien qui va à ce moment-là, il me dit moi je serais à ta place j’frais une révolution, du coup j’lui dis si toi tu regardes pas les infos on a déjà fait une révolution en 2011, il me dit ben refait la encore, ah y… y m’a envoyé que des arguments… ouala… c’est un truc de fous ici, tu le vois tu le vois même dans leurs yeux ils sont là ils veulent pas t’aider ils veulent pas t’aider ils veulent pas t’aider, ils veulent pas t’aider. Moi franchement y a une équipe qui sont là y sont gentils mais le reste… Y en a un, lui c’est vraiment il nous aime pas, mais quand je dis il nous aime pas l’étranger mais d’une manière totale vous comprenez. Même hier dans la voiture il dit ah les politiques les politiques, ça c’est à cause des politiques que vous pouvez rester ici. Même il insulte les gens qui représentent les droits de nous. Et c’est ça, même si j’vous passe quelqu’un d’autre ici, ils vont vous confirmer tout c’que j’vous avais dit. Même si vous-même vous venez ici vous allez constater les choses avec vos propres yeux, moi, c’est juste j’ai regardé les choses et j’les fais passer c’est tout. Moi ouala j’suis content vraiment parce que y en a un au moins il est venu il m’a donné son oreille pour écouter tout c’que j’ai dit, parce que ici, t’es pas écouté ici, ici toi t’es personne, t’es pas un citoyen français, t’es pas un citoyen, t’es une personne qui lui ont enlevé tous ses droits, vraiment, vraiment, ici c’est la misère ouala. Et si t’as pas les gens dehors, c’est pire, c’est pire, c’est pire. Parce que voyez ici quand tu te poses ici tu sais qu’tu vas passer 28 jours mais tu sais pas après ces 28 jours est-ce que tu vas sortir ou pas. Du coup vraiment ça joue sur la psychologie quoi. Ici, ici, un autre point ça ressemble pas à la France, si t’es là tu peux pas dire que t’es en France. T’es pas bien traité t’es, on dirait voyez ce centre là il est pas placé en France, on dirait il est placé dans un pays qu’il est vraiment pauvre, qu’il lui manque tous les moyens, et vous voyez les toilettes ici ? c’est… les anciens toilettes. Et pour toutes les cellules, déjà quand je suis rentré ça m’a choqué, moi j’ai jamais utilisé des toilettes comme ça. Putain. Oh moi ce qui me gêne c’est qu’ils ont les moyens ils peuvent faire mieux, même avec leur façon de parler et tout ils peuvent aider la personne, ils peuvent le traiter plus gentiment, et surtout ce centre là on a pas vécu des problèmes ou des trucs avec la police et tout, on est tranquille on est strict, mais ici chaque fois t’es tranquille t’es strict, chaque fois ils sont là ils font les voyous sur toi, ils font les bandits sur toi, pour que toi tu restes toujours comme ça calme et tranquille, et sur la moindre moindre moindre truc, tout l’monde est convoqué un par un, comme tout à l’heure, on était sur manger là haut, et quand ils nous font manger là haut ils nous enferment, et t’as le temps de manger trente minutes, et ils nous laissent 45 minutes enfermés dans la cuisine, et on commence à toquer pour ouvrir la porte, et de là ça intervient toute l’équipe ça nous parle mal, après descendez, convoque un par un, on va utiliser avec vous l’isolement.

Ils vous ont violenté physiquement à certains moments ou pas ?

Avec la parole si, vous êtes des trous du cul, qu’est ce que vous faites, na na ni na na na, et nous on est tranquilles on est calme on veut pas trop parler. Toute façon ici, moi tout c’que j’ai vu j’ai raconté et c’est trop sympa vraiment vous m’avez écouté et vous avez noté c’que j’ai dit. Et même vous voyez les maltraitances quand ils vous ramènent dans un centre hôpitaux ou un centre dehors, ils te traitent comme un criminel (rires), désolé pour le mot mais, ah vraiment c’est… ah t’as vu hier la chirurgienne, elle est restée choquée, elle est restée choquée, déjà j’étais menotté jusqu’à son bureau, et dans son bureau encore menotté, et quand ils m’ouvrent les menottes, ils disent ah y a une fenêtre on va rester ici, tu vas l’examiner sous nos yeux, et moi j’refuse normal parce que l’endroit qu’elle va m’examiner il est un peu intime, et de là ça commence na ni na na on va te remettre les menottes, on va te reprendre au centre j’sais pas quoi, voyez ils me parlent mal devant elle, et d’ici elle elle prend une chambre d’infirmière où y a pas de fenêtre et elle m’isole à eux, elle comprend la situation, elle était choquée. Quand j’lui ai raconté ça, que j’étais là au centre à cause de ça, elle m’a dit mais non ! moi j’croyais qu’t’avais fait un braquage ou que t’as volé qu’t’as fait un truc grave. Hier, parce que ça fait longtemps que je suis pas sorti, depuis une semaine, j’ai ouvert un peu la fenêtre, oh il s’est arrêté devant tout l’monde il ouvre la porte, des insultes, tu vas faire ci sinon on va te ramener, tu vas encore descendre la fenêtre, oh la la la la la la la… vraiment insupportable, si tu as l’occasion de venir ici et voir toi avec tes yeux ça va plus vous concerner, moi j’voudrais bien vous passer quelqu’un qui parle bien français ici, mais ils ont pas tous l’accent, ils vont pas bien s’exprimer comme moi. Ce centre de rétention il m’a marqué là, et il va m’marquer toute ma vie, et tout c’que j’ai vu ici, j’vais pas l’oublier toute ma vie, la vérité, inch allah un jour si on a l’occasion de se voir, et même vous si vous avez l’occasion de venir voir vous ça vous confirme à cent pour cent, parce que sur la tête de ma mère tout c’que j’vous ai dit j’ai rien rajouté, rien du tout, tout c’que j’ai vu, tout c’que j’ai vécu, j’l’ai dit, voilà moi j’suis venu et j’ai vu des gens ils commencent à, voyez ici c’est pas une prison, c’est pas dehors, c’est différent, même si tu vas faire un tour dedans tu vas voir que les gens ils commencent à moisir ici, t’as compris le délire, et vraiment moi je vois les gens ici que ils perdent le poids, par semaine je perds 2 kilos, quand j’suis venu ici j’avais 71,5 et là j’suis que dans les 68 voyez, c’est un peu grave.

Est-ce que je peux transmettre de manière anonyme ce que vous m’avez dit ?

Beh oui ! Moi j’aimerais bien que vous l’transmettiez, la vérité, moi j’aimerais bien si vous pouvez avec votre moyen de faire bouger quelqu’un qu’il est important et qu’il vienne et qu’il voit tout avec ses yeux voyez, ce jour-là, ça va être, comment on dit nous ? comme vous dites, un jour de joie pour moi, vraiment, parce que quand y a des gens comme ça qui tournent le dos, qui zarma qui ferment les yeux, qui empêchent le monde d’avoir ce p’tit truc là, tu sais ils sont là ils empêchent le monde d’avoir les détails ici vous voyez, même ma propre famille ils peuvent pas imaginer dans quelle situation je suis, même j’leur dis ils peuvent pas, ils peuvent pas, même toi t’as juste écouté, c’est pas comme si tu l’avais vécu. Moi j’suis prêt à tout dire. Tout dire et tout. Surtout quand on voit que la France, c’est un pays qui a vraiment les moyens, moi j’ai fait mes études ici en France, je sais que la France elle est vraiment capable de mettre bien ces centres-là, voyez les écoles, les hôpitaux tout, tout c’qui est truc, la mairie, tout c’qui est de la France, il est bien fait, pourquoi ici ça ressemble plus à la Colombie ou ça ressemble plus à un pays de l’Afrique du Sud, mais vraiment vraiment, ici ça ressemble pas du tout à la France. Surtout les draps et tout qui sont sales, c’est abusé, au bout d’un moment c’est abusé abusé et surtout le surchargement ici c’est abusé abusé. Il m’ont enlevé mon téléphone portable et tout, c’est vraiment dur, ouala c’est vraiment dur. Tout…quand un élève voyez.. comme ça ça le fait… Moi dehors j’suis tranquille, j’ai une vie sociale, une carte vitale, j’ai un compte bancaire, j’ai plus que mille euros sur le compte, j’ai la bourse, j’suis avec ma copine, tout ça finit ici, ouala c’est dommage, c’est pas grave au moins on est là on peut être témoignage voyez, pour tous les gens qui sont passés par là et tout. Oh dernière, dernière… les points les plus importants voyez : l’alimentation, l’odeur, la saleté où on dort voyez les draps et tout, les toilettes comme je vous ai dit, la P.AF comment ils nous traitent et tout, et y a des individus ici qui sont fachos aussi un peu, et… voyez, même l’espace ici il est pas trop grand… voilà… c’est tout. Allez bien l’bonjour, bonne après-midi, et merci beaucoup.

Fin de l’entretien.

À partir de début mai, le C.R.A de Sète sera fermé pendant 5 mois pour rénovation. C’est inacceptable. Un C.R.A ne peut pas être rénové, il doit être détruit. À la place peut-être laisser un terrain vague. Il faudra du temps à un lieu comme celui-ci pour digérer les crimes et vies brisées qui l’ont foulé, et nous donc.

Mathieu Gabard

RASSEMBLEMENT DEVANT LE C.R.A de SÈTE CE JEUDI 22 AVRIL 2021 à 13H à l'appel des collectifs "Occupons-nous théâtre Molière de Sète" et "Toutes et tous étrangers".

Le lien de l'appel ici : https://www.facebook.com/photo?fbid=4145972308758912&set=gm.1325663477818152

Pour aller plus loin :

- https://abaslescra.noblogs.org/anticra/

- Feu au centre de rétention (Libertalia, 2008)

- CRA -115 propos d'hommes séquestrés (Éditions des Lisières, 2019)

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