Sarko, la «drama queen» du G20

«Marie-Antoinette est morte depuis 235 ans, mais ce n'est pas pour autant qu'en France, on manque de "drama queen" à la tête de l'Etat.» Article acerbe du magazine américain Time, sous la plume de son correspondant à Paris Bruce Cromley, que l'on peut lire ici (en anglais).

«Marie-Antoinette est morte depuis 235 ans, mais ce n'est pas pour autant qu'en France, on manque de "drama queen" à la tête de l'Etat.» Article acerbe du magazine américain Time, sous la plume de son correspondant à Paris Bruce Cromley, que l'on peut lire ici (en anglais).

En cause : la menace pas très diplomatique du président français Nicolas Sarkozy de quitter le G20, ou au moins de ne pas signer le communiqué final, si le sommet ne débouche pas sur des «résultats».

 

Sarkozy comparé à une "Drama queen"? En anglais, le jeu de mots n'est pas anodin. Une Drama Queen ("Reine du Drame", littéralement), c'est quelqu'un qui fait beaucoup de bruit pour rien. Qui s'énerve pour pas grand'chose. Qui crie au loup de façon intempestive. Qui surjoue, comme un mauvais acteur de théâtre. Pour l'Anglais (ou l'Américain) de la rue, la "Drama Queen" évoque aussi, et pêle-mêle, la figure de la folle, de l'effeminé, ces hommes qui, la nuit, se maquillent et se travestissent.

 

 

Disons-le tout de suite, la tonalité de cet article, vaguement machiste et homophobe, n'est pas franchement ma tasse de thé. Mais il en dit long, tout de même sur la façon dont nos amis britanniques voient notre président. Car l'article ne s'arrête pas là.

 

Pour Time, c'est plié. Nicolas Sarkozy a réagi en «hystérique» . «Ce n'est pas en lançant des attaques hystériques et en décrétant des ultimatums qu'un dirigeant va aider à créer le consensus entre 19 dirigeants avec des vues divergentes sur la façon de régler la crise économique mondiale», écrit Cromley.

 

Cité dans l'article, un économiste du Center For European Reform de Londres, Simon Tilford, dénonce la stratégie «jusqu'au-boutiste, flamboyante et puérile» de Nicolas Sarkozy, en usant d'un mot («brinkmanship») utilisé surtout dans les relations internationales pour désigner l'attitude d'un pays ou d'un Etat qui, plutôt que le dialogue, privilégie le chaos, la crise, la tension poussée à son maximum pour en tirer un avantage personnel.


«Faut-il alors considérer que les exigences de l'histrion Sarkozy d'un plus grand contrôle du système financier international ne sont que du théâtre?», se demande Time. Non, répond Sylvie Matelly, une chercheuse de l'IRIS, à Paris. «Il est capable de quitter la table s'il le doit. Quand vous négociez, menacer d'un scandale est une tactique classique pour obtenir plus de vos partenaires. Il veut obtenir obtenir des concessions sur des les sujets qui préoccupent la France et l'Allemagne. S'il les obtient, c'est une victoire totale. Sinon, il fera ce qu'il a fait si bien en novembre dernier : faire passer un accord assez creux pour un grand pas en avant.»

 

Pour Time, ce genre de posture ne changera pas grand'chose au fond du débat. Celui de savoir si, oui ou non, Français et Allemands doivent faire plus en matière de relance budgétaire, comme Américains et Britanniques le souhaitent.

 

Décidément remonté, l'économiste Tilford de Londres conclut : «Si Sarkozy continue à dire qu'Anglais et Américains ont juste tout faux, l'Europe pourrait perdre sa crédibilité» auprès de Barack Obama, ce président américain «ouvert d'esprit et partisan du multilatéralisme» dont les Européens ont toujours rêvé.

 

Sarkozy et Merkel pourraient surtout beaucoup perdre auprès de leurs opinions publiques si, alors qu'ils refusent d'injecter plus d'argent dans l'économie, la crise sociale empirait dans les prochaines semaines, conclut Time. Ce qui est tout de même le scénario le plus probable. Et ça, ce n'est pas du théâtre.

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