López Obrador à Trump: « "America First" est un mensonge »

Donald Trump vient de menacer de taxer les importations mexicaines d'ici le 10 juin « si le problème de l'immigration illégale n'est pas résolue ». Le président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, a répondu avec ironie. Et en lui rappelant les règles élémentaires de la « non-violence » et de la diplomatie. Voici sa lettre, traduite en français.

« Président Donald Trump.

J'ai pris connaissance de votre dernière position concernant le Mexique. Tout d'abord, je voudrais vous dire que je ne souhaite pas la confrontation. Quand nous rencontrons un conflit dans notre relation, aussi sérieux soit-il, les villes et nations que nous représentons méritent que nous dialoguions, agissions avec prudence et responsabilité.

Le plus grand président mexicain, Benito Juárez, a maintenu une excellente relation avec son homologue Abraham Lincoln, un républicain. Plus tard, lorsque le Mexique a chassé les entreprises pétrolières étrangères, le président Franklin D. Roosevelt, un démocrate, comprit les raisons profondes qui poussèrent le président Lázaro Cárdenas a agir en faveur de notre souveraineté. Le président Roosevelt était un titan de la liberté. Avant quiconque, il proclama quatre droits fondamentaux: le droit de parler et de pratiquer sa religion librement, le droit de vivre sans peur et dégagé de la misère.

C'est cette pensée qui guide notre politique en matière migratoire. Les êtres humains n'abandonnent pas leur foyer parce qu'ils le souhaitent, mais parce qu'ils le doivent. C'est pourquoi, lorsque j'ai pris mes fonctions, j'ai proposé un partenariat pour aider le développement des pays d'Amérique centrale, au moyen d'investissements productifs qui créeront des emplois et s'attaqueront aux racines de ce problème terrible.

Vous devez aussi savoir que nous respectons notre responsabilité, qui est celle d'empêcher, dans la mesure du possible et sans violer les droits humains, le passage par notre pays. Il est utile de vous rappeler que les Mexicains n'auront plus besoin, et pour longtemps, d'aller aux Etats-Unis. Leur migration sera optionnelle et plus forcée car nous combattons la corruption comme jamais auparavant! Et c'est ainsi que notre pays deviendra une grande puissance avec une dimension sociale. Nos citoyens pourront travailler, être heureux dans le pays où ils sont nés, le pays de leurs familles, de leurs traditions, de leur culture.

Président Trump, vous ne pouvez pas résoudre des problèmes sociaux avec des taxes et des mesures coercitives. Comment le pays accueillant pour les immigrés du monde entier peut-il se transformer soudain en ghetto, en espace fermé qui stigmatise, maltraite, pourchasse, expulse et annule les droits légaux de ceux qui cherchent, à travers l'effort et le dur labeur, à vivre libre et hors de la misère? La statue de la Liberté n'est pas un symbole vide.

Vous avez le droit souverain de le dire, mais avec tout le respect que je vous dois, le slogan « America First » est un mensonge, parce que jusqu'à la fin des temps, et au-dessus des frontières nationales, c'est la justice universelle et la fraternité qui l'emportera.

Plus spécifiquement, cher homologue président, je propose que nous approfondissions notre dialogue pour rechercher des solutions alternatives contre les racines du problème migratoire. S'il vous plaît, rappelez-vous que je ne manque pas de courage, que je ne suis ni couard ni timide, mais que j'agis selon des principes. Je pense que la politique, entre autres choses, a été inventée pour éviter la confrontation et la guerre. Je ne crois pas en la loi du Talion, « œil pour œil » ou « dent pour dent », parce que, si nous allons par là, nous finirons édentés et perdrons tous un œil. Hommes d'Etat et, plus encore, de nations, nous sommes obligés de trouver des solutions pacifiques à nos disputes et à pratiquer, en toute circonstance, le bel idéal de la non-violence.

Pour finir, je propose que vous donniez instruction à votre équipe, si cela ne vous dérange pas, de rencontrer les émissaires de notre gouvernement, menés par le secrétaire mexicain aux affaires étrangères, qui se rendent demain à Washington pour trouver une solution bénéfique pour nos deux nations.

Rien par la force, tout par la raison et la Loi,

Votre ami

Andrés Manuel López Obrador

Président du Mexique »

La version originale en espagnol de cette lettre, adressée le 30 mai par le président mexicain à Donald Trump, peut être lue ici. Traduction par mes soins.

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