Copenhague, récit secret d'un échec

Le magazine allemand Der Spiegel s'est procuré un document essentiel pour comprendre le retentissant échec du sommet de Copenhague sur le climat : l'enregistrement de l'ultime séance de négociations entre les 25 chefs d'Etat des plus grands pays.

Le magazine allemand Der Spiegel s'est procuré un document essentiel pour comprendre le retentissant échec du sommet de Copenhague sur le climat : l'enregistrement de l'ultime séance de négociations entre les 25 chefs d'Etat des plus grands pays. Réunion où l'espoir d'un accord international sur des objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre s'est subitement envolé...

18 décembre 2009, c'est l'après-midi, dans une salle du palais des congrès de Copenhague. Réunion improvisée des grands de ce monde. Sommet de la dernière chance. Présents : Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, Gordon Brown, Barack Obama. Le premier ministre danois, en chef de séance. Le président indien, Manhoman Singh. Un seul manque : le premier ministre chinois Wen Jiabao. Depuis la veille au soir, il boude dans sa chambre d'hôtel parce qu'il pense que Barack Obama tente de négocier dans son dos. Pour le représenter, il a envoyé He Yafei, un diplomate...

Au début de la réunion, tout semble encore possible. Ne reste plus qu'à se mettre d'accord sur l'essentiel : les objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre pour les pays industrialisés et les pays développés d'ici 2050 par rapport au niveau de 1990. Deux pourcentages, symbolisés par un "X" et un "Y" dans le projet de document final...

Pourtant, très vite, l'ambiance s'envenime. Le négociateur chinois demande des pauses incessantes pour parler avec son premier ministre. Angela Merkel : «Nous ne pouvons pas seulement nous dire des choses gentilles, sinon X et Y vont rester des mentions vides.»

La Chine et l'Inde, se récrient : pas question d'aller trop vite en besogne. Pourtant, quelques heures avant, Singh était d'un autre avis. Mais visiblement, la Chine et l'Inde se sont mis d'accord entre temps.

Merkel, à nouveau: «Mais en fait, vous ne voulez rien qui vous engage!». Gordon Brown, voix de stentor, tente une médiation : «Si nous ne fixons pas des objectifs corrects, il sera difficile de justifier notre présence ici.» La discussion patine. Merkel, «dramatique», écrit Le Spiegel : «Même si les pays industrialisés décidaient de ne plus produire du tout de dioxide de carbone, les pays en développement devraient quand même réduire leurs émissions de CO2 si nous voulons éviter un réchauffement de 2° de la température. C'est la vérité!». Le Chinois : «réduire de 50% est inacceptable».

C'est le moment que choisit Nicolas Sarkozy pour intervenir. Il est en colère : «Je le dis avec le plus grand respect et en toute amitié. Avec le plus grand respect pour la Chine.» Les pays industrialisés, dit-en en substance sont prêts à s'engager à réduire leurs émissions de 80%. «Et voilà que la Chine, qui est en passe de devenir la plus grande économie du monde, dit : "Les engagements valent pour vous, mais pas pour nous". Ce n'est pas acceptable.» Le voilà qui menace. «Il faut réagir à cette hypocrisie». Pas très diplomatique....

Barack Obama prend la parole. Ton grave. Il appelle la Chine à faire des efforts. «Si tout le monde ne joue pas le jeu, cela sera difficile d'avancer.» Le président américain met les pieds dans le plat. Il tient à signaler à He Yafei sa mauvaise humeur. «Je respecte infiniment le négociateur chinois, mais je sais aussi qu'il y a ici un rpemier ministre qui prend ds décisions politique simportantes. Il vous donne des instructions.»

C'est là, selon le Spiegel, que tout bascule : Obama lâche les Européens. Il propose aux Chinois de trouver un accord plus tard, «en-dehors du cadre multilatéral». Le négociateur chinois reprend la parole. Dit qu'il représente bel et bien son pays, fait comprendre qu'il n'a pas apprécié d'être traité d'«hypocrite» par Sarkozy. «J'évite de tels termes. Je me fie plutôt aux arguments et à la responsabilité historique».

Nouvelle interruption, à la demande de la Chine. En fait, la réunion ne reprendra jamais. Un étage plus bas, l'Inde, l'Afrique du Sud, le Brésil se retrouvent. Cette fois, Wen Jiabao est là. Vers 19 heures, Barack Obama rejoint ce petit monde. Les objectifs chiffrés sont torpillés. Rideau. Les Européens ont perdu la partie.

 

NB: Je n'ai pas eu accès à l'enregistrement, ce n'est donc pas une retranscription. J'ai traduit les citations de l'allemand avec le plus de précision possible.

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