Non, l'auto ne représente pas 10% des emplois en France!

Une nouvelle fois, lors de son entretien avec des journalistes jeudi 5 février, Nicolas Sarkozy a répété que le secteur automobile représente «10% de nos emplois privés». Quelques jours plus tard, le chef de l'Etat annonçait un vaste plan d'aide de 6,5 milliards d'euros aux constructeurs automobiles.

Une nouvelle fois, lors de son entretien avec des journalistes jeudi 5 février, Nicolas Sarkozy a répété que le secteur automobile représente «10% de nos emplois privés». Quelques jours plus tard, le chef de l'Etat annonçait un vaste plan d'aide de 6,5 milliards d'euros aux constructeurs automobiles.

 

Ce chiffre de 10% est pourtant faux. Très largement exagéré, rappelle l'OFCE (le centre d'économie de Sciences-Po) dans une note qui vient d'être publiée, accessible en ligne.

 

Comme l'explique Sylvain Barde, l'auteur de ce très court memo, ces fameux 10% proviennent d'un rapport du Conseil économique de 2006. Rapport qui, pour estimer le nombre d'emplois induits par l'industrie automobile en France s'appuyait lui-même largement sur les chiffres du Conseil des constructeurs français d'automobiles, le lobby qui regroupe Renault, Peugeot, leurs filiales (Citroën, Renault Trucks etc.), mais aussi Heuliez et Panhard...

 

En fait, sur ces 2,5 millions d'emploi évoqués régulièrement, seuls 737 000 sont directement liés à l'industrie automobile. Il s'agit des salariés des grands groupes, de leurs sous-traitants et équipementiers, des fabricants de remorques... Les autres (qui sont tout de même plus d'1,8 million)? Il s'agit des garagistes, des autos écoles, des assureurs, des employés des casses. Mais aussi des taxis, ou des salariés des constructeurs de routes. Et mieux, des pompistes, des pervenches qui mettent les PV, et même de la presse automobile!

 

«On comprend ainsi à quel point laisser entendre qu'un salarié sur dix travaille pour le secteur automobile, directement ou indirectement est trompeur, conclut Sylvain Barde. La réalité est que si 10% des actifs travaillent bien dans la filière automobile (stocks et flux confondus), seuls 3% dépendent effectivement du secteur automobile et sont affectés par la crise actuelle dans ce secteur.» Voilà qui est fort différent. Et très bon à savoir alors que les constructeurs automobiles, dont les ventes chutent, obtiennent d'importantes aides prêtées par le contribuable.

 

Dès mi-décembre, sur son blog, Mathieu Perona avait relevé la supercherie. Et commenté, fort à propos: : «Avancer ce chiffre quand on tend la main pour un plan de relance relève de l'imposture intellectuelle.»

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