Tentative de suicide chez France Télécom à Marseille: «Ici, c'est l'horreur»

Mardi soir, un employé d'une unité de France Télécom à Marseille a tenté de mettre fin à ses jours. Les pompiers lui ont sauvé la vie in extremis : il s'était enroulé un câble téléphonique autour du cou, rapporte La Provence.

Mardi soir, un employé d'une unité de France Télécom à Marseille a tenté de mettre fin à ses jours. Les pompiers lui ont sauvé la vie in extremis : il s'était enroulé un câble téléphonique autour du cou, rapporte La Provence. Il venait d'envoyer un SMS d'adieu à des proches et à son supérieur. J., 54 ans, a été hospitalisé. Ses jours ne sont pas en danger.

 

Ce technicien, qui était arrêté depuis la fin du mois de septembre pour maladie (un arrêt qui faisait suite à d'autres au cours de l'année 2009), travaille à Réattu. C'est là, dans ce bâtiment discret de la rue Jacques-Réattu à Marseille, que travaillait également Michel D. ce cadre de 51 ans qui a mis fin à ses jours dans la nuit du 13 au 14 juillet. Deux jours plus tard, un employé de la même unité travaillant à Lyon avait lui aussi tenté de s'ôter la vie. Il y a peu, j'étais allé à Marseille pour tenter d'expliquer les conditions de travail de Michel D., puisqu'il avait laissé une lettre liant explicitement son geste à son travail et au «management par la terreur». [cliquer ici pour lire le reportage]

 

Hommage des salariés de l'UPR à Michel D., quelques jours après sa mort.  © DR Hommage des salariés de l'UPR à Michel D., quelques jours après sa mort. © DR

 

Coup de fil ce mercredi matin à quelques-uns des salariés et des syndicalistes rencontrés au cours du reportage. Ils témoignent d'un climat délétère. Olivier Flament, le secrétaire du comité d'hygiène et sécurité raconte: «Ce collègue avait été très affecté par la mort de Michel.» Dans les équipes, on n'obéit plus aveuglément à toutes les consignes. La semaine dernière, raconte Olivier Flament, des collègues ont refusé d'assister aux briefings matinaux. Ces courtes réunions du matin n'existaient pas avant l'été, raconte Flament. En fait, elles ont été mises en place très récemment. Objectif : améliorer la communication interne, faire remonter les problèmes, une recette inspirée du constructeur automobile Toyota.


«Certaines équipes comme la mienne ne veulent pas se prêter au jeu
, raconte Anne-Marie Luchetti, déléguée FO. Franchement, c'est assez étrange de choisir cette période où tout le monde est très choqué pour mettre encore plus de pression, non?» Elle raconte sa matinée : «Nous avons tenu une assemblée générale, il y avait la presse à l'extérieur. Et puis nous avons discuté avec la direction. Nous lui avons demandé de renoncer aux briefings matinaux.» En début de soirée, la direction a finalement reculé et réouvert la possibilité d'aménagements des horaires individuelles, supprimée il y a trois mois.

 

Ce mercredi après-midi, l'assistance sociale, le médecin du travail et un psychologue sont passés dans les locaux. Et dans un message interne (ci-dessous), la direction a annoncé le déplacement à venir du nouveau numéro deux de l'entreprise, Stéphane Richard — demain? murmure-t-on à Marseille, sans confirmation pour l'instant.

 

 

Anne-Marie Luchetti décrit un climat social très lourd. «Ici, c'est l'horreur. Tu rentres là-dedans, tu sens le malaise tout de suite. Les gens ne comprennent pas ce qui se passe». Un employé de l'unité : «Les gens en ont marre, ils sont épuisés. Depuis la mort de Michel en juillet, cette unité est sous le choc. Ils ne veulent plus entendre parler de tout ça. Lombard [Didier Lombard, le PDG de France Télécom, ndlr] a dit qu'il voulait construire un nouveau contrat social, mais ça ne se fera pas en un claquement de doigts». Olivier Flament, le secrétaire du CHSCT : «On est assailli de questions. On se demande : et si le suicide de Michel rendait possible le passage à l'acte de collègues qui sont eux aussi en souffrance? En tout état de cause, il nous semble, et cet avis est partagé par l'ensemble des organisations syndicales, que l'entreprise n'a pas pris jusque là de mesures suffisantes, à part des annonces symboliques.»

 

Ce mercredi, la CGC-UNSA a annoncé qu'elle se retirait des négociations nationales avec la direction qui portent sur la souffrance au travail ou la conciliation travail/vie de famille. «Tant que le problème du projet industriel collectif ne sera pas abordé, le malaise social perdurera, affirme le président de la CGC-Unsa, Sébastien Crozier. Il faut un Grenelle social à France Télécom.» Le syndicat Sud pourrait faire de même, mais n'a pas encore pris de décision définitive.

 

> Ce billet a été actualisé vers 18h40, après la réunion entre élus du personnel et direction.

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