Quelque chose de glauque au royaume d'Orange

Nouveau suicide chez France Télécom, ce jeudi. Un ingénieur de 48 ans s'est pendu. Il travaillait au centre de recherche de Lannion, en Bretagne. Il était en arrêt maladie depuis un mois. Selon Stéphane Richard, le nouveau numéro deux du groupe, l'homme a laissé une lettre«il faisait état d'une déception dont il aurait souffert, à la suite d'un choix professionnel pour un poste sur lequel il était candidat, et où il n'a pas été retenu». Selon les syndicats de l'Observatoire du stress et des mobilités forcées, il s'agit du 25e suicide en 19 mois. Le 13e depuis le début de l'année. Depuis janvier, l'Observatoire "recense" également 13 tentatives de suicides. Voici cette drôle de liste, telle qu'elle apparaît sur le site de l'Observatoire.

 

 

Ce soir, je suis effaré. Il y a vraiment quelque chose de glauque au royaume de France Télécom. Au centre de recherches de Lannion, il y a avait déjà eu un mort il y a quelques semaines. Comme Mediapart l'avait révélé il y a deux semaines, c'est devant des chercheurs de ce centre que le 20 janvier, le patron de France Télécom avait affirmé : «La pêche aux moules, c'est fini». [Cliquer ici pour revoir la vidéo].

 

Ce jeudi, certains syndicalistes appellent à la démission de Didier Lombard. Je vais peut-être vous surprendre, mais je trouve ce genre de cri un peu vain. Comme s'il fallait un seul responsable, alors que c'est tout un système qui part en lambeaux. Ne comptez pas sur moi pour crier avec la meute, car, pour suivre cette affaire depuis plusieurs semaines, pour parler régulièrement avec des salariés, je suis littéralement effondré, et je pense d'abord à eux. Visiblement, les suicides des uns appellent ceux des autres. France Télécom apparaît comme un immense paquebot en train de sombrer, littéralement mangé de l'intérieur.

 

Que Didier Lombard démissionne ne changera strictement rien à l'affaire. Plus que les hommes, c'est tout le système de management qu'il faut changer. Les valeurs de l'entreprise qu'il convient de renfonder, profondément. Au-delà de l'arrêt temporaire des restructurations, au-delà des négiociations en cours sur le stress dans l'entreprise, au-delà du "nouveau contrat social" promis par la direction. Les 100.000 salariés d'Orange doivent savoir pourquoi ils se lèvent de matin, à quoi ils servent, vers quoi ils courent. L'Etat, actionnaire à 27%, doit désormais réclamer des changements tangibles et rapides. Prendre, enfin, la mesure de l'horreur.

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