Madame Alliot-Marie, qu’avez-vous dit à Ben Ali?

En vacances à Tabarka, dans l'hôtel 5 étoiles du magnat du tourisme tunisien Aziz Miled, Michèle Alliot-Marie a donc eu l'ancien président tunisien, Ben Ali, au téléphone. Cette conversation, confirmée à Mediapart et dont le ministère assure qu'elle a été «brève», a eu lieu entre le 25 décembre et le 2 janvier,

En vacances à Tabarka, dans l'hôtel 5 étoiles du magnat du tourisme tunisien Aziz Miled, Michèle Alliot-Marie a donc eu l'ancien président tunisien, Ben Ali, au téléphone. Cette conversation, confirmée à Mediapart et dont le ministère assure qu'elle a été «brève», a eu lieu entre le 25 décembre et le 2 janvier, semaine pendant laquelle la ministre des Affaires étrangères séjournait avec ses parents dans la cité balnéaire de Tabarka, au nord-ouest du pays, près de la frontière algérienne. A cette époque, la situation est déjà très critique à Sidi Bouzid, où deux jeunes ont été tués le 24 décembre par la police. Et le 28, Ben Ali s'adresse aux Tunisiens à la télé pour dénoncer les «extrêmistes» qui manifestent. Le 14, il fuira piteusement le pays, destination l'Arabie Saoudite.

A ce jour, de cette conversation confirmée lundi par le Quai d'Orsay, nous ne savons rien. Qui, de Ben Ali ou de la ministre française, a appelé l'autre? Dans quel but? A toutes ces réponses, le Quai d'Orsay sollicité hier n'a fait qu'une seule réponse, serinée mot pour mots à tous les médias:

«A cette période, sans pouvoir vous donner la date exacte, Mme Alliot-Marie a eu un bref entretien téléphonique avec M. Ben Ali, comme avec beaucoup d'autres chefs d'Etat ou ministres des affaires étrangères. De manière générale, tout ministre des affaires étrangères a quotidiennement, en France ou à l'étranger, des contacts avec des chefs d'Etat et de Gouvernement et des ministres des affaires étrangères.»

Cette explication n'est pas satisfaisante. Elle est même étrangement elliptique et sommaire.

Comment en effet imaginer qu'en plein embrasement du pays, à moins d'un aveuglement total de la première des diplomates de France alors invitée d'un homme d'affaire associé à plusieurs membres du "clan" Ben Ali, cet entretien ne soit qu'une conversation de salon, un de ces entretiens policés que la ministre des Affaires étrangères a chaque jour avec ses interlocuteurs étrangers?

Comment ne pas penser que la révolte des manifestants et la répression policière n'aient pas été évoqués?

En l'absence de toute information précise sur cet entretien, comment ne pas s'interroger: la possibilité d'une aide française en matière de maintien de l'ordre a-t-elle alors été évoquée? Est-ce au cours ou à la suite de cet entretien, qu'a germé dans la tête de la ministre la proposition, faite le 11 janvier à l'Assemblée nationale, de faire profiter la Tunisie du «savoir-faire» policier français?

ALLIOT-MARIE propose d'aider la Tunisie dans la répression © SuperBeurkMan

 

Interrogé mardi par Mediapart, le Quai d'Orsay a éludé les questions précises. Tout comme il a refusé de donner la liste précise des interlocuteurs avec lesquels Michèle Alliot-Marie a été en contact à Tabarka.

Ce refus obstiné ne peut pas durer. La ministre, dont la défense est aujourd'hui réduite à néant après la série de mensonges qu'elle a proférées sur son escapade tunisienne, se doit désormais d'apporter des précisions sur cet échange pour contribuer à expliquer le naufrage et l'aveuglement de la diplomatie française en Tunise, qu'elle incarne si limpidement.

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