Une experte de la souffrance au travail attaque son ex-employeur

Marie Pezé, psychosomaticienne à l'hôpital Max Fourestier de Nanterre (Hauts-de-Seine) jusqu'à son licenciement pour «inaptitude physique» en juillet dernier, a intenté un recours indemnitaire contre son ancien employeur, a annoncé vendredi son avocat.

Marie Pezé, psychosomaticienne à l'hôpital Max Fourestier de Nanterre (Hauts-de-Seine) jusqu'à son licenciement pour «inaptitude physique» en juillet dernier, a intenté un recours indemnitaire contre son ancien employeur, a annoncé vendredi son avocat.

Spécialiste de la souffrance au travail, Marie Pezé a ouvert en 1997 une des premières consultations sur la souffrance au travail, et a publié en septembre 2008 un livre remarqué relatant ses séances avec les patients, Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés.

Depuis son départ, la consultation est fermée, alors même qu'elle était extrêmement réputée et demandée.

Dans un communiqué que Mediapart s'est procuré, son avocat Olivier Coudray annonce un recours devant le tribunal administratif et estime que «les conditions de travail qui ont été imposées à Madame Pezé au sein de l'établissement ont été elles-mêmes tout à fait insuffisantes pour tenir compte de son handicap et préserver sa santé».

Reconnue travailleur handicapé à 80% depuis 1999, la spécialiste de la souffrance au travail évoque un «stress lié au surmenage» et «la mauvaise volonté d'une partie des cadres de santé de la policlinique du centre hospitalier, qui ont refusé de collaborer» avec elle.

«Il aurait fallu très peu d'aménagements de mon poste pour que je continue à suivre mes patients, explique-t-elle, jointe par Mediapart. L'institution doit être sanctionnée pour ses manquements.»

Marie Pezé ajoute à sa requête le fait qu'ayant commencé à travailler à Max Fourestier en 1975, elle n'ait obtenu un CDI qu'en 1997, soit restée vacataire 23 ans, et n'ait été «rémunérée sur la base d'un emploi à mi-temps alors qu'elle effectuait une durée de service jamais inférieure à 60 heures par semaine».

Nous n'avons pas pu joindre vendredi soir l'avocate de l'hôpital de Nanterre pour obtenir sa réaction.

Depuis son licenciement, Marie Pezé effectue des formations auprès des médecins du travail, des cadres de santé ou de comités d'hygiène et de sécurité. N'exerçant plus, elle risque de perdre en février son statut d'expert judiciaire. Elle prépare pour avril un nouveau livre, dans lequel elle expliquera aux salariés comment analyser leur situation de travail et résister aux techniques de management «harcèlogènes».
A lire sur Mediapart: «Souffrance au travail, une femme à l'écoute», un reportage avec Marie Pezé à Nanterre publié en septembre 2008.

Et un diaporama sonore de 2 minutes:

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