23 mars, le fiasco?

A plus d'un mois de l'échéance, ça sent déjà très fort le roussi pour la journée de manifestations du 23 mars... Annoncé en début de semaine, juste après le sommet social à l'Elysée, ce mardi de grèves et de défilés pour le pouvoir d'achat, l'emploi et les retraites sera déserté par la CFTC qui juge cette mobilisation «prématurée», et snobbé par Force Ouvrière.

A plus d'un mois de l'échéance, ça sent déjà très fort le roussi pour la journée de manifestations du 23 mars... Annoncé en début de semaine, juste après le sommet social à l'Elysée, ce mardi de grèves et de défilés pour le pouvoir d'achat, l'emploi et les retraites sera déserté par la CFTC qui juge cette mobilisation «prématurée», et snobbé par Force Ouvrière. La centrale de Jean-Claude Mailly préfère renouer avec ses bonnes vieilles habitudes: défiler seul, dans son coin. Quant à la CGC (cadres), elle donnera sa réponse lundi mais son président, Bernard Van Craeynest n'a pas caché qu'il était «plutôt contre».

La journée s'annonce d'autant plus mal lancée que les syndicats qui participeront ne sont même pas d'accord sur le mot d'ordre à mettre en avant. Alors que la CFDT va mobiliser sur les conséquences sociales de la crise, deux jours seulement après le deuxième tour des régionales, la CGT préfère, elle, construire d'ores et déjà le rapport de force sur la réforme des retraites, puisque la concertation sur ce dossier épineux débutera en avril. Problème : même si elles affichent, cette fois-ci, une bonne entente sur ce dossier, pas comme en 2003 ou la CFDT avait signé seule la réforme Fillon des retraites, même s'ils prétendent tous deux vouloir défendre la retraite à 60 ans, les deux plus gros syndicats restents sur des lignes très différentes. La CGT veut jouer les gardiens du temple, la CFDT semble plus disposée au compromis.

Voilà qui augure mal de la journée du 23. Bernard Thibault, qui a lancé l'idée de cette journée, aurait-il commis une erreur en voulant entamer trop tôt l'épreuve de forces avec le gouvernement? Indéniablement, un échec péserait d'une façon non négligeable dans les discussions du printemps sur les retraites. Et, aux lendemains d'élections qui s'annoncent mal pour la droite, pourrait s'instaurer dans le pays une atmosphère générale déroutante : des syndicats faibles et divisés discutant des retraites avec un pouvoir faible mais qui souhaite en quelques mois se refaire une virginité sur le seul dossier des retraites, alors que la crise sociale, elle, continue de faire rage. Difficile de prévoir l'épilogue de ce scénario, digne d'une pièce absurde de Beckett.

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