Mariage gay à Homophobland

Ce week-end, deux hommes se sont mariés en Ouganda, alors que le Parlement veut voter une loi qui promet la prison à vie aux homosexuels. 

Ce week-end, deux hommes se sont mariés en Ouganda, alors que le Parlement veut voter une loi qui promet la prison à vie aux homosexuels.

 

Décembre en Ouganda, c'est la saison des mariages. Plus exactement, l'époque des "cérémonies d'introduction", où la fille présente son prétendant à ses parents. Une tradition ancienne, qui équivaut à un mariage aux yeux de la communauté.

 

Ce samedi, en Ouganda, deux hommes se sont mariés. Malgré un incroyable climat de haine. Malgré une loi en train d'être votée au Parlement ougandais, qui punit l'homosexualité de la prison à vie, promet la peine de mort pour les relations homosexuelles avec mineurs, et prévoit trois ans de prison pour ceux qui ne dénoncent pas des «actes homosexuels» dont ils ont connaissance — les Etats-Unis et le Parlement européen l'ont condamnée.

 

L'histoire est à lire sur le blog Gay Uganda. Son auteur utilise un pseudo, acronyme du nom du blog : pas question de sortir du placard en Ouganda. Comme dans de nombreux autres pays d'Afrique : 37 criminalisent l'homosexualité, selon une enquête de The Observer.
Le secret avait était bien gardé, raconte l'auteur. Pas de cartons, juste des invitations verbales, une semaine avant. Un local avait été loué, et deux policiers payés pour garder l'entrée. Peu de gens savaient que les mariés étaient deux hommes. Sauf leur propre famille. Avoir dit leur homosexualité à leurs parents est déjà "incroyable", dit Gug: «Pour la plupart des "kuchus" (homosexuels), cela n'arrive jamais. Trop dangereux : nous risquons d'être rejeté de notre clan, de notre propre tribu. De tout.»
Beaucoup dans l'assistance pensaient qu'il s'agissait d'un mariage entre une femme et un "kuchu". En Ouganda, de nombreux "kuchus" sont mariés : le mariage est un passage obligé, une convention sociale qui n'induit pas forcément relation sexuelle ou fidélité.
La cérémonie commence. Rires, cris, récits: tout ce qu'il y a de plus habituel. Vient le moment où la «timide mariée» sort de la maison. Un homme! Les mariés sont aux anges, ils ont enfin célébré leur amour. L'assistance commence à frémir. Car l'information s'est répandue. Alertée par les bruits, la foule s'est amassée devant l'entrée pour regarder. Gug raconte la suite :
«La foule grossissait, les policiers étaient débordées. Une cérémonie d'introduction gay était en train de se produire. (...) Dans l'assistance, les kuchus étaient heureux que ce secret soit divulgué. Ils étaient délirants de joie. Deux d'entre eux étaient en train de sortir du placard et de rendre leur relation officielle conformément à la tradition. (...) A la porte, la foule grossissait. Les gens voulaient savoir ce qu'ils se passaient à l'intérieur. (...) Mon partenaire décida qu'il était temps de partir, avant que tout cela ne devienne violent. Tout indiquait que ça allait le devenir. Plus tard, les kuchus qui sont restés nous ont dit qu'ils ont alors commencé à s'éclipser, un à un. Bien faire attention aux appareils photo, c'était leur plus grande peur : des photos dans les tabloïds peuvent vous condamner. Ils ont laissé la nourriture et les boissons sur les tables. Sortir. C'était le soir. Entendant le murmure de la foule, beaucoup décidèrent de cacher leur présence au mariage. Les hommes enlevèrent leurs "kanzus" (tenues traditionnelles) : trop identifiant. Ils les enlevèrent, se fondirent dans la foule, puis disparurent. Malheureusement, l'un de nous fut attaqué. Il avait été assez inconscient pour garder son costume. La foule le lui arracha
Aux dernières nouvelles, les mariés vont bien. «Pour l'instant», dit Gug.
Avec la nouvelle loi anti-gay, les mariés de samedi encourereraient la prison à vie. Ceux qui ont assisté à la cérémonie seront passibles de trois ans de prison, pour ne pas avoir dénoncé l'union à la police dans les 24 heures. A moins, craint Gug, que «la foule enragée» ne se charge désormais de les «lyncher».

 

Pour aller plus loin :

> La pétition contre la loi anti-gay en Ouganda, à signer ici.
> L'Afrique devient-elle homophobe? Une enquête de The Observer, le billet de blog d'une journaliste de Newsweek, d'Ariel Rubin du Huffington Post, celui d'une correspondante à Nairobi (Kenya) de la chaîne américaine ABC répondent à la question. En cause, le poids des églises évangéliques (influencées par les "néocons" américains) et l'incurie de dirigeants prompts à assimiler homosexualité et Occident à des fins politiques.

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