Orange/France Télécom: vos témoignages

Vous avez été nombreux à commenter l'article "Comment France Télécom a formé ses cadres à l'art du dégraissage". A la lecture de ces documents, certains de nos abonnés salariés d'Orange ont pris la plume pour livrer leur expérience. Des témoignages spontanés et édifiants, qui en disent long sur la dégradation des relations humaines dans l'entreprise.

Vous avez été nombreux à commenter l'article "Comment France Télécom a formé ses cadres à l'art du dégraissage". A la lecture de ces documents, certains de nos abonnés salariés d'Orange ont pris la plume pour livrer leur expérience. Des témoignages spontanés et édifiants, qui en disent long sur la dégradation des relations humaines dans l'entreprise.

 

tachi a assisté comme 4000 autres managers à la formation dont Mediapart a publié l'intégralité du programme. Il raconte qu'elles ressemblaient à des séances de «développement personnel :

 

«Dans la session à laquelle j'ai participé, les formateurs avaient été destabilisés par deux petites questions :
1-les participants sont ils sujets ou objets ? pas de réponse 2- sont ce des formations de développement personnel ? [...] Dans leur déroulé et à travers des petitis jeux, chacun [...]pouvait [...] découvrir des "talents" cachés félicités par les formateurs et ses pairs dans un contexte clos de formation. J'espère qu'au retour au contact de la réalité aucun n'a pensé s'être changé pendant ces quelques demi-journées et être le meilleur manager du monde car là j'imagine les dégats.
»

 

Ces séances «de bonne qualité» lui laissent un goût amer :

 

«Mis au service d'une politique de dégraissage [...], c'est plutôt dévastateur et manipulatoire»

 

JAL031, cadre supérieur de France Télécom à Toulouse raconte les réorganisations permanentes:

 

« En 9 ans de FT j’ai connu 18 réorganisations dont 8 ces 3 dernières années. Heureusement qu’on a un annuaire interne, et même là ça devient dur de s’y retrouver. Les n-2 valsent parfois tous les 4 à 6 mois. C’est super simple de générer un peu de stabilité dans ce type de gestion. Les directions passent avec à chaque fois des objectifs en terme de personnel (diminution, suppression de métiers, etc...) et en terme budgétaire (réorganisation des services à chaque fois pour faire soi-disant moins de gaspillage). Résultat, elles sont de moins en moins aptent à comprendre ce que font leur entités»

 

Selon lui, les cadres, longtemps épargnés, commencent eux aussi à souffrir :

 

«Je vois en ce moment tous les cadres craquer, il faut dire que cette population n’a pas encore été trop attaquée dans les années précédentes. Aujourd’hui c’est la cible. Dénigrement permanent de leur travail, aucune perspective d’évolution [...]. Toujours plus de pression sur les résultats sans moyens. J’ai réussi à faire un projet de pointe pendant 2 ans sans budget (enfin Cash Out). Faut s’accrocher. Vous n’en êtes pas récompensé pour autant. Ca fait 1 an que l’on me demande de trouver un travail ailleurs (Y’en a pas). On me pérénise un poste jamais plus de 4 à 6 mois (facile à vivre avec des enfants ça aussi). »

 

Même récit, désabusé, de g_perbet, technicien «depuis 38 ans»

 

«M’étant beaucoup déplacé dans mon métier de maintenance, surtout dans le quart sud-est, j’ai connu une multitude de collègues de toutes les villes. Avec la disparition de beaucoup de sites suite à la casse orchestrée, les restructurations et les reconcentrations, j’en retrouve maintenant beaucoup sur Lyon qui viennent travailler tous les jours de Valence ou de Saint-Etienne, etc… D’autres ont dû changer de métier de multiples fois pour pouvoir rester près de chez eux. Quelquefois, rien n’y a fait : il leur a fallu partir quand même quand le site a été rayé de la carte. Pour garder un métier de technicien, j’avais moi-même fait la démarche de venir à Lyon il y a quinze ans. Puis un jour la décision a été prise de sous-traiter toute la maintenance, et ensuite on nous a sédentarisés et nous regardions les techniciens externes venir faire notre boulot.

 

Comme JAL031, ses supérieurs l'ont prié de quitter son poste. Il refuse :

 

»On a voulu il y a trois ans me faire partir de l’équipe où je me trouve depuis (fallait réduire les effectifs) parce que j’avais fait trop longtemps ce métier. On m’a dit d’aller consulter un service qui s’occupait des redéploiements. Quelques temps après, à cause de la charge de travail qui a augmenté d’un coup, ce n’était plus d’actualité… Je leur ai dit que désormais je refuserai de partir. J’ai 57 ans. Peut-être trouveront-ils un autre moyen… »

 

Vendeur à temps partiel depuis quatre ans dans une boutique Orange, hillson, un étudiant, parle d'une «politique d'ensemble largement réfléchie.»

 

«Je peux dire que ce que je vois et subis (alors que les boutiques ne sont pas les plus mal loties question pression directe) notamment en termes d'objectifs, de changements impromptus, fréquence, etc, se rapproche bien d'une politique d'ensemble largement réfléchie.»

 

Dans les bureaux, dit-il, une plaisanterie circule sur le programme ACT, ce vaste chantier de restructuration (16.000 départs et 10.000 "mobilités") que Mediapart détaille dans l'article:

 

«Ils [les gens du service communication] l'appellent Allez, Casse-Toi»

 

Son patron a évoqué les suicides récents à Marseille, Lannion, Paris... :

 

«Mon supérieur, le responsable de la boutique, a expliqué à une de mes collègues qu'il s'agissait de personnes "faibles, plus fragiles"... Ça laisse rêveur.»

 

Contrairement aux idées reçues, la souffrance au travail ne touche pas que les fonctionnaires de l'entreprise, affirme JAL031 avec vigueur, qui évoque plutôt un problème grave de gestion des équipes.

 

«Je ne suis pas fonctionnaire et j’ai bossé 15 ans dans le "privé" (entre guillemets car FT est privé). J’avais entr'aperçu des méthodes équivalentes seulement chez L’Oréal. Pour les autres sociétés, la gestion était quand même beaucoup plus sympathique que ce que je vis en ce moment.Pour conclure, ce n’est pas en rajoutant 100 responsables ressources humaines (RH) que ça va s’arranger. Pour ça il faudrait déjà faire bosser les RH sur le personnel. En 10 ans je n’ai rencontré un RH qu’une fois : le jour de mon embauche. Tout est dit.»

 

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