La presse sous influence, une si longue histoire

Je feuillette Quand les patrons s'organisent*, le livre de Danièle Fraboulet, historienne et spécialiste de l'UIMM. Livre précis, passionnant, paru en novembre 2007, en plein coeur de l'affaire UIMM. Mais assez peu relayé dans le débat public (à part France Culture, Rue89 et Yves Calvi sur France 5) parce que s'il décortique bien la stratégie de l'UIMM depuis sa naissance (en 1900), il s'arrête... en 1950.

Je feuillette Quand les patrons s'organisent*, le livre de Danièle Fraboulet, historienne et spécialiste de l'UIMM. Livre précis, passionnant, paru en novembre 2007, en plein coeur de l'affaire UIMM. Mais assez peu relayé dans le débat public (à part France Culture, Rue89 et Yves Calvi sur France 5) parce que s'il décortique bien la stratégie de l'UIMM depuis sa naissance (en 1900), il s'arrête... en 1950.

Ce n'est donc pas dans ce livre que l'on trouvera de sulfureuses révélations sur la façon dont l'Union de la métallurgie a «fluidifié» le dialogue social depuis la Guerre froide, d'après les propos très énigmatiques de son ancien délégué général, Denis Gautier-Sauvagnac.

 

 

Vrai bon livre d'histoire malgré tout. Bigrement intéressant. Surtout pour ce qu'il recèle de développements inattendus. Danièle Fraboulet montre ainsi comment, entre mille stratagèmes pour influencer le débat public, la déjà très puissante UIMM possédait, au début du siècle, en pleine révolution industrielle, une bonne partie... de la presse hexagonale.

 

 

Morceaux choisis (pp. 117 à 119) :

 

 

«La famile de Wendel est propriétaire de L'Echo de Lorraine, fondé en 1906, du bihebdomadaire Le Courrier Lorrain, acheté en 1913, elle finance L'Avenir de la vallée de l'Orne (1919-1933). Elle est actionnaire du Lorrain, de la SA la Presse de l'Est qui subventionne des journaux (L'Eclair de l'Est, L'Impartial de l'Est). Jacques Marcellot, gérant des forges d'Eurville à Saint-Dizier prend part à la création du Patriote en 1905, organe de l'action libérale, et soutient la Croix de Haute-Marne, le Petit Champenois et, à Paris, La Libre Parole. Après un premier échec aux législatives de 1907, ce contrôle plus étroit n'est certainement pas étranger à son élection à la Chambre des Députés en 1919. Gaston Japy [sénateur du Doubs et pilier du patronat de la métallurgie] défend des thèses très conservatrices dans l'Eclair comtois, la Dépêche républicaine de Besançon, la République de l'Est. Alexandre Dreux fonde l'Avenir lorrain en 1931 pour soutenir la campagne électorale de son fils Fernand.»

 

 

Et puis il y a le contrôle indirect exercé sur les plus grands quotidiens de l'époque. «La volonté de s'opposer à tout mouvement pacifiste impose de dominer des journaux influents», écrit Danièle Fraboulet...

 

 

«Le Comité des Forges, celui des houillères et le Consortium des Assurances contrôlent, dès 1929, Le Temps [le journal se compromettra dans la Collaboration, sera saisi et son imprimerie confiée à un nouveau journal... le Monde, ndlr, par l'intermédiaire d'un homme de paille, Louis Mill. A la mort de celui-ci en 1931, la Société du Temps, transformée en société anonyme avec de nouveaux statuts rédigés au siège du Comité des Forges, est co-dirigée par Emile Mireaux et Jacques Chastenet, directeur de la banque de l'Union des Mines.

 

 

La rubrique financière du Temps est affermée à l'Agence économique et financière dont l'intermédiaire est Edouard Julia, délégué général par l'Association nationale des sociétés par actions, elle-même contrôlée par Théodore Laurent, trésorier de l'UIMM et vice-président du Comité des Forges. En décembre 1933, le Comité des Forges (...) devient alors l'actionnaire quasi unique, le journal s'orientant de plus en plus à droite (...). Le Comité des Forges domine aussi l'Ordre, l'Etoile belge, l'Independance belge, le Moniteur des intérêts matériels et octroie des subventions à la Liberté de Camille Aymard et à l'Epoque d'Henry de Kerillis.»

 

 

Rappel salutaire, non?

 

 

 

 

 

 

 

*Quand les patrons s'organisent, Stratégies et pratiques de l'Union des industries métallurgiques et minières, 1901-1950. Danièle Fraboulet, Presses universitaires du Septentrion, 25 euros.

 

 

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