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Billet de blog 26 oct. 2009

Etre français. Cela ne vous regarde pas

Eric Besson a annoncé, le dimanche 25 octobre, le lancement d’un grand débat national sur l’identité du même nom. Mobilisant préfets et sous-préfets, ceux-là même qui, depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, ont été dotés de marges d’initiatives considérablement accrues afin de décliner sur leurs territoires respectifs la politique de reconduite aux frontières impulsée par le ministère de l’immigration.

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Eric Besson a annoncé, le dimanche 25 octobre, le lancement d’un grand débat national sur l’identité du même nom. Mobilisant préfets et sous-préfets, ceux-là même qui, depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, ont été dotés de marges d’initiatives considérablement accrues afin de décliner sur leurs territoires respectifs la politique de reconduite aux frontières impulsée par le ministère de l’immigration. Le débat devrait solliciter les "forces vives de la Nation" autour de la question suivante : "Qu’est-ce qu’être français ?"

Une telle initiative, intervenant à quelques mois avant les élections régionales et quelques jours après l’expulsion de plusieurs migrants vers un pays en guerre, devrait assez logiquement susciter dans l’opinion des réactions variées. Gageons d’ores et déjà que certaines d’entre elles consisteront à tenter de retourner la question contre son initiateur : être français, rappellera-t-on, c’est hériter d’une tradition d’accueil, d’hospitalité et d’ouverture, tradition à l’évidence incompatible avec la politique d’immigration actuellement menée ; c’est se reconnaître dans une citoyenneté définie non par l’origine géographique ou culturelle, mais par la défense et la promotion commune des droits humains partout où ceux-ci sont niés – conception de la citoyenneté inconciliable tant avec les dérives racistes dont fait régulièrement preuve le précédent ministre de l’immigration, qu’avec son action et celle de son successeur.

Etre français, arguera-t-on en bref, c’est être en tous points opposé à l’horizon de fermeture, de surveillance, de délation réciproque et de contrainte par corps, d’opportunisme et de xénophobie aujourd’hui symbolisé par l’existence d’un Ministère de l’immigration, et incarné par Eric Besson avec un dévouement dans la duplicité qui ne laisse pas d’impressionner.

Une telle réplique a pour elle l’évidence ; mais elle est trop évidente, justement, pour n’être pas prévue dans la question elle-même, question construite pour faire de ce genre d’objections autant de répliques, aux deux sens du terme, c’est-à-dire autant de façons de répéter et de propager cela même qu’elle entendent combattre. Le piège tient à ce que, posant la question "Qu’est-ce qu’être français ?", le ministère de l’Immigration n’entend évidemment pas faire l’éloge dans les mois qui viennent d’un nationalisme étroit, fondé sur la communauté de l’ethnie ou du sang (de cela, d’autres se chargeront au fil des débats, ce que la synthèse finale ne manquera pas de cautionner en le présentant comme "une préoccupation", "une légitime inquiétude des français face à la mondialisation", etc).

La parole gouvernementale, subtilement relayée au fil des échanges par de multiples canaux, consistera au contraire à faire constamment valoir l’ouverture, l’égalité des droits et le pacte républicain, le refus des discriminations de races et de sexes comme autant de composantes de l’identité française – mais à les faire valoir, désarmant l’adversaire, non seulement dans la dimension neutralisée de l’échange d’idées, mais comme autant de motifs d’isoler, d'éloigner et d’exclure.

"Parce que le pacte républicain suppose le respect des lois". "Parce que l’hospitalité suppose d’avoir les moyens d’accueillir dignement". Parce que, surtout, l’ouverture, la tolérance et l’égalité, constitutives de notre identité nationale, seront présentées et utilisées comme elles le sont depuis 2007 : comme autant de valeurs fragiles qui exigent une sélection d’autant plus sévère de ceux qui, présents sur notre territoire, pourraient être suspects de ne pas les partager.

Déjà, dans le même entretien où il annonce le grand débat national, le ministre Besson réitère son refus de la burqa – pratique certes ultra-minoritaire, mais symbolique de la nécessité où nous serions, face à des étrangers si proches à chaque instant de verser dans l’intolérance et l’oppression, de discriminer pour sauvegarder notre sens de l’égalité, et de fermer les frontières de notre identité pour la conserver si ouverte.

C’est pourquoi, à la question "Qu’est-ce qu’être français ?" posée par le ministère de l’immigration et de l’identité nationale, il ne saurait être dans les mois qui viennent qu’une seule réponse, endurante, ressassée, monotone, obstinée : "Cela ne vous regarde pas". Vous avez perdu le droit de poser cette question au moment même où, liant identité nationale et contrôle de l’immigration, vous avez aménagé le renversement systématique des composantes de la citoyenneté en autant de critères d’exclusion.

A cette captation, il ne saurait y avoir de réponse qu’en acte ; libre à vous, lorsque ce temps viendra, d’interpréter la violence de notre refus comme une composante de la francité.

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