Afghanistan: heure par heure, les invectives à l'Assemblée

Mardi 1er avril, à la veille du sommet de l'OTAN de Bucarest où Nicolas Sarkozy devait officialiser sa décision d'envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan, un débat sans vote s'est tenu in extremis à l'Assemblée nationale et au Sénat. Le Premier ministre et la majorité se sont évertués à défendre l'option présidentielle, tandis que les députés socialistes dégainaient une motion de censure pour protester contre « l'alignement » de la France sur les Etats-Unis et le « mépris » du Parlement affiché par l'exécutif. Chronique d'une journée chargée au Palais-Bourbon.

Mardi 1er avril, à la veille du sommet de l'OTAN de Bucarest où Nicolas Sarkozy devait officialiser sa décision d'envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan, un débat sans vote s'est tenu in extremis à l'Assemblée nationale et au Sénat. Le Premier ministre et la majorité se sont évertués à défendre l'option présidentielle, tandis que les députés socialistes dégainaient une motion de censure pour protester contre « l'alignement » de la France sur les Etats-Unis et le « mépris » du Parlement affiché par l'exécutif. Chronique d'une journée chargée au Palais-Bourbon.


 

11h00 : Le groupe UMP de l'Assemblée se réunit dans un amphi, à huit clos. Alors que depuis plusieurs jours, dans les couloirs, une paire d'élus sceptiques de la majorité critiquent la décision présidentielle, aucun ne lève cette fois la main. Le plus prompt à dénoncer le « tournant atlantiste » du Président de la République et son cadeau à George Bush, le souverainiste Jacques Myard, sèche la séance. A la sortie, Lionel Luca étale tout de même ses « réticences » :

Lionel Luca

Mediapart

 

 

12h15 : Le chef de fil du Nouveau centre, François Sauvadet, débarque salle des Quatre colonnes, où piaffent micros et caméras, pour afficher son soutien au gouvernement et "tacler" les socialistes. Il rappelle qu'à l'hiver 2001, la décision initiale d'envoyer des soldats français à Kaboul avait été prise par le Premier ministre Jospin et le président Chirac sans consultation de l'Assemblée nationale:

François Sauvadet

Mediapart

 

De fait, le 9 octobre 2001, Lionel Jospin avait déclaré dans l'hémicycle : « Nos engagements éventuels seront préparés en comité restreint, sous ma présidence, et décidés en conseil restreint, avec les ministres concernés et moi-même, sous la présidence du Président de la République » ; « pour ce qui concerne la consultation du Parlement, (...) vous savez bien que nous ne pouvons faire usage de l'article 35 de la Constitution [qui prévoit l'autorisation explicite de l'Assemblée et du Sénat en cas de « déclaration de guerre »], puisque ce n'est pas de cela qu'il s'agit »...

 

12h30 : Lors d'un point presse, Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste, met en scène sa colère. « Les Français ont censuré le gouvernement aux dernières élections municipales et cantonales, mais ce dernier ne veut pas entendre »... Alors il annonce le dépôt imminent d'une motion de censure, qui pourrait se discuter dans l'hémicycle le 8 avril:

Jean-Marc Ayrault

Mediapart

Le texte, long d'une bonne page, devrait également dénoncer l'ensemble des choix économiques et sociaux du gouvernement. Minoritaire, la gauche n'a évidemment aucune chance de faire voter cette motion de censure (la première depuis février 2006), ni de faire chuter François Fillon.

 

13h00 : Jean-François Copé, "patron" du groupe UMP, s'amuse presque des gesticulations socialistes :

Jean-François Copé

Mediapart


 

 

14h30 : A quelques minutes de l'ouverture du débat dans l'hémicycle, la salle des Quatre colonnes résonne d'opinions contradictoires :

 

- Pierre Moscovici, secrétaire national du PS aux affaires étrangères:

 

- Axel Poniatowski, président UMP de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée:

Axel Poniatowski

Mediapart

 

- Nicolas Dupont-Aignan, souverainiste de droite (non inscrit):

Nicolas Dupont-Aignan

Mediapart

 

- Laurent Fabius, membre PS de la commission de la défense:

Laurent Fabius

Mediapart

 

 

15h00 : A la tribune, François Fillon se paie d'abord le luxe de citer Lionel Jospin dans le texte pour justifier l'absence de vote à l'Assemblée nationale. Puis entame son plaidoyer : « L'Afghanistan d'avant 2001, c'était 15 millions de femmes sans visage, interdites d'école, privées de soins ; c'était 30 millions d'Afghans ployant sous le régime du fanatisme et de la haine. (...) L'Afghanistan possède désormais des institutions démocratiques. (...) La mortalité infantile a baissé de 26 %. (...) Ces succès sont encore insuffisants et fragiles, très fragiles. Ils réclament de la persévérance, mais également un renouvellement de la stratégie commune, afin d'améliorer la sécurisation du pays, d'approfondir son développement économique et social, et d'accélérer le plein exercice de la souveraineté nationale par les autorités afghanes [la fameuse "afghanisation"]. Ce sont ces objectifs que le Président de la République fera valoir à Bucarest. (...) Si ses conditions sont acceptées, la France proposera de renforcer sa présence militaire ». Le Premier ministre prétend que « les modalités ne sont pas arrêtées », avance le chiffre flou de « quelques centaines » de soldats supplémentaires, réservant l'annonce détaillée à Nicolas Sarkozy. Sur les bancs communistes, les cris fusent : « Un nouveau Saïgon ! »...

15h20
: L'orateur socialiste, Jean-Marc Ayrault, use d'un argument qui fait rugir les travées de la majorité : «Nous nous opposons à cette décision parce qu'elle demande à la France de supporter en Afghanistan le fardeau américain de la guerre en Irak». Si les forces manquent dans le Sud de Kaboul, c'est parce que Washington reporte ses efforts sur Bagdad, estime le député. François Fillon a filé.

 

15h45 : Après les compliments d'usage de la majorité au gouvernement, le président UMP de la commission de la défense, Guy Teissier, dénote, en glissant quelques bémols : « A combien est estimé le surcoût lié à cette opération? », questionne-t-il. L'élu pointe en outre l'insuffisance de la réforme des institutions concoctée par Matignon : alors que la commission Balladur avait proposé que le Parlement vote désormais tout prolongement au-delà de trois mois d'une intervention extérieure, le gouvernement a récemment doublé ce délai, dans la version quasi-définitive du projet de loi. Au risque de « vider en pratique de son contenu le nouveau pouvoir ainsi conféré » aux sénateurs et députés, souligne Guy Teissier.

 

16h10. Bernard Kouchner grimpe à la tribune, alors que nombre de députés ont déjà déserté l'hémicycle. Brouillon, malhabile avec ses fiches, il offre une démonstration décousue, qui s'effiloche. Tout de même, pour justifier l'installation dans la durée en Afghanistan, il rappelle les précédentes missions de paix: « En Bosnie - et il n'y a pas eu de débat ici - nos troupes sont restées 17 ans ; au Kosovo, 9 ans ; en république démocratique du Congo, 15 ans ; au Liban, 30 ans ; sur le Golan, 35 ans ; à Chypre, 40 ans »... La durée de son intervention paraît en tout cas bien longue à Roger Karoutchi, ministre des relations avec le Parlement, qui lui fait signe d'abréger...

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