A l'Assemblée, la molle motion de censure du PS

Le PS a fait choux blanc, mardi 8 avril, avec sa motion de censure visant à culbuter le gouvernement : naturellement, les socialistes n'ont recueilli que 227 des 288 voix nécessaires, grignotant tout juste un suffrage à droite (celui du souverainiste et non encarté UMP Nicolas Dupont-Aignan). Mais surtout, en focalisant leur opposition sur « l'engagement des forces françaises en Afghanistan » et le « retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan », sujets déjà débattus et déflorés le 1er avril dans l'hémicycle, ils sont apparus redondants, voire radotant, sans vraiment réussir à enfoncer un coin dans la majorité, pourtant divisée entre atlantistes et américano-sceptiques. Récit.

Le PS a fait choux blanc, mardi 8 avril, avec sa motion de censure visant à culbuter le gouvernement : naturellement, les socialistes n'ont recueilli que 227 des 288 voix nécessaires, grignotant tout juste un suffrage à droite (celui du souverainiste et non encarté UMP Nicolas Dupont-Aignan). Mais surtout, en focalisant leur opposition sur « l'engagement des forces françaises en Afghanistan » et le « retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan », sujets déjà débattus et déflorés le 1er avril dans l'hémicycle, ils sont apparus redondants, voire radotant, sans vraiment réussir à enfoncer un coin dans la majorité, pourtant divisée entre atlantistes et américano-sceptiques. Récit.

 

11h00. Ca fait pouffer le villepiniste Hervé Mariton (UMP), qui souligne combien cette épisode « opportun a l'avantage de masquer le flou de la politique gouvernementale sur le texte OGM », discuté à l'Assemblée depuis quelques jours. Hésitant, secoué par les "sorties de route" de quelques francs-tireurs plus familiers de José Bové que des super-céréaliers, le groupe UMP a « fait Ouf ! », en découvrant le dépôt d'une motion de censure socialiste. A nouveau, pour l'après-midi : rangs et dents serrés, contre « la naïveté » et « l'inconséquence » du PS en matière de politique étrangère, selon l'expression consacrée.

 

Mariton

Mediapart

 

 

12h30. Pour appuyer, dramatiser la démarche de ses camarades socialistes, la députée Patricia Adam (PS) annonce sa démission de la commission du Livre blanc sur la défense, supposée gamberger depuis sept mois sur la politique des quinze ans à venir. Elle dénonce une parodie de concertation, une « chambre d'enregistrement » sous-informée et soumise à la dictée du président de la République:

 

Adam

Mediapart

 

 

15h00. François Hollande, premier secrétaire du PS, grimpe à la tribune pour défendre sa motion de censure et pointer « le double risque de l'enlisement et de l'engrenage » en Afghanistan. Surtout, il s'élève contre le processus engagé « du retour de la France dans l'organisation militaire de l'Otan », désertée par Charles de Gaulle en 1966. « Votre ministre de la défense évoque, pour la minimiser, une décision de pur symbole (...). Ce n'est pas un symbole ; c'est un reniement, un renoncement, un abandon ! ». Sur les bancs de droite, pas insensibles, on ne moufte pas... François Hollande enfonce le clou : « Les missions de l'OTAN s'éloignent aujourd'hui de plus en plus de ce qu'elle est, à savoir une organisation militaire, pour devenir une forme d'organisation politique de l'Occident, "une ligue des démocraties" selon le terme employé par le candidat républicain Mc Cain. Ce serait une ligue dépositaire des valeurs du bien et chargée de poursuivre le mal dans une autre version de la guerre des civilisations. C'est ce modèle que nous refusons ! ». La gauche est vent debout.

 

 

15h20. Alors François Fillon entre en scène, pour un discours de 45 minutes, en deux parties très dissemblables : une première sur la guerre contre les Talibans, littéraire, enluminée, draguant les caméras de France 3 ; et la seconde beaucoup plus technique, subtile, destinée à convaincre sa majorité du bien-fondé d'une future réintégration complète de l'Otan. Il attaque par ce mots : « À l'heure où je m'exprime, la nuit tombe sur Kaboul (...). Aux confins de la plaine de Shamali, les fantassins du 126e régiment d'infanterie de Brive et les cavaliers du 1-11e régiment de cuirassiers de Carpiagne cheminent avec leurs frères d'armes... ». On croirait du Flaubert, des lignes inspirées de Salammbô (« C'était à Mégara, faubourg de Carthage... »). Sous les huées des socialistes («C'est minable !»), le Premier ministre insiste, chausse les sabots : « Comme chaque jour, les sapeurs du 31e régiment du génie de Castelsarrasin détruisent les mines qui arrachent la chair des enfants ». Enfin, il dézoome, et se résume : « Nous sommes en Afghanistan parce que le 11 septembre 2001 n'était pas qu'un signal sanguinaire adressé aux États-Unis. C'était aussi un affront à toute la communauté internationale. (...) C'est ce terrorisme-là (...) que nous combattons en Afghanistan ! ».

 

15h40. Reste à déminer l'épineux dossier de l'Otan. François Fillon accuse d'abord la gauche de « surfer sur un anti-américanisme primaire », puis remémore aux socialistes que « l'histoire est malicieuse » : « Il y a quarante-deux ans, pratiquement jour pour jour, le parti socialiste déposait une motion de censure contre le retrait des forces françaises de l'OTAN », alors décrété par Charles de Gaulle. « François Mitterrand était signataire de cette motion (...) Ce bref rappel du passé nous rappelle que les "atlantistes", comme vous dites, ne sont pas là où l'on croit ». Dans les fauteuils de droite, on se gondole... Enfin, le chef du gouvernement rappelle les conditions posées par Nicolas Sarkozy au retour dans le commandement intégré de l'Otan : « La France pourrait rénover sa relation avec l'OTAN sous réserve que l'Europe de la défense avance sérieusement (...) Laissons cheminer l'Europe de la défense et nous continuerons à cheminer vers l'OTAN ». La France, « alliée mais pas vassale », pourrait ainsi mieux susurrer, d'une « voix singulière », aux oreilles de Washington.

 

17h00. Les souverainistes de droite ne votent pas la motion de censure, mais une poignée grogne, à l'image de Lionnel Lucca (UMP) : « J'étais tenté ».

 

 

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