Les professions de foi des députés au panier

L'Assemblée nationale se chargeait jusqu'ici de collecter, au début de chaque législature, toutes les professions de foi des élus, pour les publier dans un recueil baptisé "Barodet". Objectif: conserver une trace des promesses de campagne des 577 députés. Une tradition séculaire bientôt enterrée.

L'Assemblée nationale se chargeait jusqu'ici de collecter, au début de chaque législature, toutes les professions de foi des élus, pour les publier dans un recueil baptisé "Barodet". Objectif: conserver une trace des promesses de campagne des 577 députés. Une tradition séculaire bientôt enterrée.

 

Car le nouveau règlement du Palais-Bourbon, que les parlementaires sont en train de réécrire ces jours-ci, renonce purement et simplement au "Barodet", apparu aux débuts de la IIIe République (en 1882). L'article 164 va en effet sauter, qui imposait au secrétariat général de l'Assemblée de rassembler les «engagements électoraux» des députés dans un gros pavé officiel et accessible au grand public.

 

Une caricature de Désiré Barodet, l'inventeur du "livre" portant son nom, attentif au «respect de la parole donnée»...

 

Cette mort subite n'a qu'une explication: «le coût élevé de ce recueil», selon Jean-Luc Warsmann (UMP), président de la commission des lois, qui justifie que l'institution désargentée renonce à l'éditer.

 

Les grands nostalgiques verseront une larme...

 

Mais il faut bien reconnaître que les professions de foi distribuées à la veille des législatives n'ont plus rien de personnalisées depuis longtemps et sont toutes rédigées à l'identique (ou quasi) par les staffs de communication des partis politiques. Dès lors, cette tradition n'avait plus grand sens...

 

Pour se consoler, on pourra toujours se plonger dans un Petit recueil édifiant sur l'art et la manière de se présenter aux électeurs, une anthologie des "Barodet" publiée en 2007 chez Ramsay et préfacée par Jean-Louis Debré, alors président de l'Assemblée.

 

On y découvre par exemple qu'Aristide Briand, dans son document de campagne de 1902, ne faisait pas vraiment dans la dentelle: «Le péril n'est pas à gauche, il est à droitePoint barre.

 

Un slogan efficace: le fameux rapporteur de la loi de 1905 (sur la séparation de l'Elglise et de l'Etat) aura tout de même siégé 30 ans.

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.