A l'Assemblée, le soldat Hirsch bataille en coulisses

Martin Hirsch fait cette semaine le forcing dans les coulisses de l'Assemblée, pour persuader les députés d'appuyer son projet de RSA (revenu de solidarité active), dispositif encore expérimental, destiné à soutenir les travailleurs pauvres et à favoriser le retour à l'emploi. Si la généralisation du RSA à l'ensemble des départements (chiffrée entre 2 et 3 milliards d'euros supplémentaires) était initialement prévue pour 2009, le gouvernement se tâte désormais,

Martin Hirsch fait cette semaine le forcing dans les coulisses de l'Assemblée, pour persuader les députés d'appuyer son projet de RSA (revenu de solidarité active), dispositif encore expérimental, destiné à soutenir les travailleurs pauvres et à favoriser le retour à l'emploi. Si la généralisation du RSA à l'ensemble des départements (chiffrée entre 2 et 3 milliards d'euros supplémentaires) était initialement prévue pour 2009, le gouvernement se tâte désormais, confronté à d'encombrants déficits publics. Alors le Haut commissaire aux solidarités actives contre-attaque au Palais-Bourbon, à l'heure où Bercy et Matignon dessinent les budgets 2009, espérant convaincre par la bande.

 

Mardi 15 avril, il a plaidé sa mesure et le sauvetage de son calendrier initial, lors d'une réunion du groupe UMP. Verdict: "Il a brillamment présenté le RSA et a été chaleureusement applaudi, assure Jean-François Copé, chef de fil des députés. C'est certainement, au gouvernement, le ministre qui apporte le plus en termes d'ouverture. Il a toute la sympathie du groupe." Quant au soutien, rien n'est moins sûr.

 

Cette semaine, le Haut commissaire a également dîné avec Pierre Méhaignerie, président de la commission des affaires sociales de l'Assemblée, l'un des ténors les plus sceptiques de la majorité, l'un des plus "sociaux" aussi. Qui craint que la mise en place du RSA, en supprimant le RMI et la prime pour l'emploi, engendre une baisse de revenus chez certains bénéficiaires. « J'ai dépêché à Vitré, dans sa circonscription, un membre de mon cabinet, raconte Martin Hirsch. On a pioché des cas où Méhaignerie craignait que les gens soient perdants, puis on les a passés à la moulinette du RSA. A l'arrivée, sur 5 dossiers, 4 étaient gagnants ». Le quasi-ministre concède toutefois, dans un euphémisme: « Je ne crois pas l'avoir totalement convaincu... ».

 

Enfin, mercredi matin, Martin Hirsch a répondu présent à l'invitation du groupe socialiste de l'Assemblée -une expérience inédite pour un membre du gouvernement. Devant les élus, parfois présidents de conseils généraux, souvent réticents, l'ancien président d'Emmaüs a ramé. Eux aussi tiennent à la prime pour l'emploi, introduite en 2001 par Lionel Jospin pour gonfler les bas-salaires. « Il ne s'agissait pas du tout de sauver le soldat Hirsch », a d'ailleurs juré Jean-Marc Ayrault, patron des socialistes. Parmi les absents : Henri Emmanuelli, président du conseil général des Landes, qui avait d'autres engagements, et se déclare franchement hostile à la «fausse solution» du RSA. « Si j'avais pu aller à la réunion, je ne l'aurais pas fait, ajoute-t-il. Il y a des itinéraires qui ne me conviennent pas ».

 

Alors Martin Hirsch aura-t-il le temps de convaincre avant les arbitrages budgétaires? « J'ai un problème de calendrier, admet-il. Les sommes importantes nécessaires se décident au printemps. Or les expérimentations [aujourd'hui menées dans quelque 20 départements] ont tout juste commencé ; les preuves [d'efficacité] viendront à l'automne. Pour l'instant, j'ai plutôt un faisceau de présomptions à faire valoir »... Conscient que le rapport qualité/prix n'apparaît pas suffisant à ce jour pour obtenir une généralisation du RSA dès janvier 2009, Martin Hirsch ajoute : « Y a un truc à trouver ; la somme consacrée en 2009 dépend de quand on démarre ». Pourquoi pas en avril par exemple, plutôt qu'en janvier... Pourquoi pas aussi moduler les financements selon les départements... Un compromis qui lui conviendrait visiblement. Et à Bercy?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.