L'Elysée aux petits soins avec le député Lefebvre

Demain matin, la commission des lois de l'Assemblée examinera le projet de loi sur "le droit au retour" des ministres. De toute la réforme des institutions votée le 21 juillet, c'est le morceau que les politiciens ont le plus apprécié. En deux mots: tous les ministres qui ont laissé tomber leur siège de député pour entrer au gouvernement le retrouveront désormais automatiquement, à la seconde où ils seront expulsés de leur cabinet.

Demain matin, la commission des lois de l'Assemblée examinera le projet de loi sur "le droit au retour" des ministres. De toute la réforme des institutions votée le 21 juillet, c'est le morceau que les politiciens ont le plus apprécié. En deux mots: tous les ministres qui ont laissé tomber leur siège de député pour entrer au gouvernement le retrouveront désormais automatiquement, à la seconde où ils seront expulsés de leur cabinet. Pour Nadine Morano (à la Famille), Nathalie Kosciusko-Morizet (à l'Ecologie) ou Hervé Novelli (au Commerce), c'est du pain béni, un parachute doré. Le suppléant auquel ils avaient cédé leur place dans l'hémicycle devra, le jour J, décamper.

 

 

Mais une exception a été bizarrement glissée dans le projet de loi, une petite phrase mijotée pendant l'été: elle prévoit qu'un ministre pourra, par une lettre adressée au bureau de l'Assemblée nationale, renoncer à son "come-back" et laisser sa doublure occuper définitivement la place. Une folie, en vérité, quand on connaît le montant des indemnités versées aux députés: 7.000 euros bruts mensuels, sans obligation de présence en séance... Qui voudrait les lâcher?

 

Cet alinéa, dicté par l'Elysée, ne vise en réalité qu'un ministre -ou plutôt qu'un suppléant: il n'était pas question que l'ultrasarkozyste député Frédéric Lefebvre, qui a remplacé André Santini lors de la nomination de celui-ci au poste de secrétaire d'Etat à la Fonction publique en 2007, soit contraint de déguerpir du Palais-Bourbon lors d'un prochain remaniement ministériel.

 

Il fallait sauver ce porte-flingue de l'Elysée dans l'hémicycle, aujourd'hui porte-parole de l'UMP -après deux décennies de bons et loyaux services dans l'entourage proche de Nicolas Sarkozy. Le centriste André Santini aura donc le "droit" d'écrire au bureau de l'Assemblée pour renoncer à son siège... A n'en pas douter, il y sera encouragé.

 

Rappelons juste quelques-unes des œuvres "indispensables" accomplies par le député Lefebvre ces derniers mois:


• un amendement allégeant les règles anti-concentration pour les chaînes de la TNT, véritable cadeau à Lagardère, Bouygues et Bolloré
• l'animation d'un club parlementaire sur l'avenir de l'audiovisuel, où les députés ont pu phosphoré avec des représentants de TF1 sur la fin de la publicité à France Télévisions
• une véritable campagne contre les journalistes de l'AFP (Agence-France-Presse), accusés de partialité parce qu'ils rechignaient à reprendre tous ses communiqués
• des attaques contre les réseaux d'aide aux sans-papiers, dont les «provocations» auraient entraîné l'incendie du centre de rétention de Vincennes...

• etc...

 

A l'Assemblée, Frédéric Lefebvre nous aurait effectivement manqué.

 

 

 

 

 

 

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