Combat de femmes à l'Assemblée

 La présidence de la commission des Affaires culturelles doit tomber, mercredi 1er juillet, dans l'escarcelle d'une députée -une première. Jusqu'ici, seule la Délégation aux droits des femmes avait échappé à la gente masculine (81,5% de l'Assemblée nationale).

 

La présidence de la commission des Affaires culturelles doit tomber, mercredi 1er juillet, dans l'escarcelle d'une députée -une première. Jusqu'ici, seule la Délégation aux droits des femmes avait échappé à la gente masculine (81,5% de l'Assemblée nationale). Cette fois, Jean-François Copé, le patron des élus UMP, a décidé d'accomplir un «geste» en faveur de la parité.

 

L'histoire semblait ainsi toute tracée: Françoise de Panafieu, candidate malheureuse aux dernières municipales de Paris, devait emporter le morceau sans forcer. Mais dans la dernière ligne droite, l'appétit de ses «amies» s'est aiguisé et Michèle Tabarot, candidate portée par la province, pourrait bien la doubler au poteau.

 

Initialement, Françoise de Panafieu avait préempté la place dès le 19 décembre dernier, en donnant le coup d'envoi de sa campagne dans Le Figaro. «J'ai été adjointe à la culture de Jacques Chirac à la Mairie de Paris entre 1983 et 1995, avait-elle argumenté. La culture a toujours été ma passion.» Pour preuve? Les projets qu'elle avait glissés dans son programme pour la mairie de Paris en 2008, dont celui-ci: 5 concerts gigantesques sur 5 places parisiennes en 2020, à l'occasion de l'Exposition universelle. «Je suis allée voir les Rolling Stones au Stade de France [en Seine-Saint-Denis] et je me suis demandé pourquoi ils [se produisaient] à cet endroit», avait-elle osé à l'époque, dans une interview à 20 minutes...

 

Ces derniers mois, au Palais-Bourbon, Françoise de Panafieu s'est ainsi efforcée de briller dans son futur champ de compétences. Lors de l'audition par la commission des Affaires culturelles de Jean-Luc Hees, poulain de Nicolas Sarkozy pour la présidence de Radio France, elle a fait preuve d'une certaine déférence et râlé contre les questions accusatrices des socialistes: «Quand on reçoit un candidat, le fait d'avoir en permanence le soupçon comme critère est insupportable!», a-t-elle lâché, pour marquer son soutien à la nouvelle procédure de nomination des patrons de l'audiovisuel public par le chef de l'Etat.

 

En coulisse, tout semblait donc se présenter idéalement. Christian Kert, spécialiste reconnu des medias (UMP), membre de la commission des Affaires culturelles et candidat naturel à sa tête, avait accepté de céder la place. «Je comprends qu'il faille donner une présidence à une femme», confiait-il récemment à Mediapart.

 

L'épisode du mail d'un salarié de TF1 hostile à la loi Hadopi reçu par Françoise de Panafieu et «malencontreusement» transmis au cabinet de la ministre de la Culture, qui avait provoqué le licenciement de l'auteur par la chaîne, n'avait même pas plombé ses chances au sein de la majorité.

 

Seulement voilà. Michèle Tabarot, maire du Cannet (Alpes-Maritimes), a décidé sur le tard d'y aller. Derrière elle: le front des élus du Sud, voire de toute la province, excédés par le parisianisme culturel. Françoise de Panafieu a beau souligner que sa concurrente a siégé jusqu'ici à la commission des Lois et qu'elle rejoint les Affaires culturelles juste pour décrocher sa présidence, elle patine. «Trop hautaine», «Trop méprisante», glissent des collègues dans les couloirs...

 

Pour sa part, Michèle Tabarot rappelle qu'elle a créé un musée Pierre Bonnard au Cannet... Mais la députée fait surtout partie des proches de Jean-François Copé. Si ce dernier affiche officiellement sa neutralité, il a tout de même rendu visite à Michèle Tabarot dans sa commune samedi dernier, qui inaugurait la cinquantième antenne du club Génération France, le bébé du président du groupe UMP...

 

In fine, la bataille se jouera mercredi matin, les candidates multipliant les ultimes coups de fil. A l'issue, il faudra rappeler à la gagnante cette réalité: la nouvelle commission des Affaires culturelles sera la moins puissante de l'Assemblée. Aucun projet de loi, d'ailleurs, n'attendra madame la présidente. Même la nouvelle version d'Hadopi sera confiée, en priorité, à la commission des Lois... La parité chemine décidément à petits pas.

 

A consulter, ce tableau réalisé fin 2007 par l'Observatoire de la parité, qui montre que les postes de responsabilité réelle échappent aux femmes

•En rouge, les instances de l'Assemblée où elles sont sous-représentées (taux de présence < 18,5%)

•En vert, les endroits où elles sont sur-représentées

 

 

 

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