La complainte d'une femme du peuple
Je me suis levée très tôt,
J'ai scruté l'horizon vermeil,
Encore une journée aux autres pareille.
A l'est rien de nouveau,
Alors,
Au boulot, au boulot, au boulot !
J'ai préparé le repas des enfants,
Je me suis assise, attendant
le tracteur qui doit m'emmener aux champs.
Tombe la pluie ou souffle le vent,
Poudroie la neige ou se déchaînent les éléments,
Il faut être là, il faut répondre présent !
C'est une dure loi mais une loi suprême,
Qu'il nous faut du labeur recevoir le baptême,
Et qu'ainsi est scellé le sort de nous autres, les femmes !
Je me suis adonné à la tâche avec ferveur,
J'ai arrosé la terre avec ma sueur,
J'ai arraché les herbes folles,
Mais, je n'ai pu arracher les yeux de ce drôle
de contremaitre,
dont les yeux rodaient sans cesse,
autour de ma poitrine et de mes fesses !
Fin de journée, retour au domicile,
Pour reprendre les tâches serviles,
Tel Sisyphe poussant son rocher,
Ma tâche est toujours recommencée.
Le maitre de maison, au lit cloué
depuis son accident au chantier,
mais son membre en béton armé,
Ne connait de repos, ni la nuit, ni la journée !
J'ai donné du plaisir, sans en recevoir !
Toute ma vie je n'ai ai fait que donner :
J'ai donné la vie,
J'ai donné le sein,
J'ai donné mon énergie,
J'ai usé mes mains,
J'ai donné ma santé
Et mes belles années.
Et qu'ai-je reçu ?
Des coups, rien que des coups,
Des coups de poing, des coups de pied,
Des coups de gueule,
Et j'ai une belle collection de bleus
Que je regarde quand je suis seule !
Seigneur, qu'ai-je fait de mal
Pour mériter un si piteux destin ?
Suis-je une reprouvée, une damnée
De la terre ?
Et ne me parle pas de ton paradis,
Je n'y crois guère !
Le jardin d'Eden, comme l'enfer
Sont ici sur cette terre !
Ah, si toutes les femmes du monde,
Voulaient bien se donner la main ;
Cela ferait une jolie ronde,
Et cela changerait leur destin !
M.S. MATHLOUTHI