Je n’ai pas repris l’argentique par nostalgie. Ni pour le grain, ni pour le mythe, ni pour le geste « authentique ». Ces raisons-là viennent souvent après, comme des alibis élégants.
J’y suis revenu pour une raison plus simple : le temps.
L’argentique impose une économie stricte. Peu d’images, peu de certitudes, aucun retour immédiat. On déclenche sans savoir. On avance sans preuve. Le regard précède l’image, et non l’inverse. Cette absence de validation instantanée change tout.
Agrandissement : Illustration 1
Avec le numérique, l’image est déjà là avant même d’avoir été pensée. Elle se montre, se corrige, se remplace. Elle rassure. L’argentique, lui, oblige à l’acceptation de l’incertitude. Il faut faire confiance à ce que l’on a vu — ou cru voir.
Revenir à l’argentique, c’est accepter de ne pas tout maîtriser. C’est réintroduire du risque, de l’attente, parfois de l’échec. Mais aussi une attention plus fine. On regarde autrement quand chaque image compte.
Il y a aussi le rapport à la matière. Le film n’est pas un support neutre : il garde la trace de la lumière, mais aussi de ses accidents, de ses limites. Il enregistre autant ce que l’on cherche que ce qui nous échappe. Le négatif devient une mémoire imparfaite, donc vivante.
Ce retour n’est pas un refus du présent. Il est une tentative de ralentir à l’intérieur même de ce présent. Dans un monde d’images instantanées, reproductibles, souvent interchangeables, l’argentique réintroduit une forme de responsabilité du regard.
Chaque déclenchement engage. Il n’y a pas de rattrapage immédiat. L’image viendra plus tard — ou pas. Et ce délai change profondément la relation à ce que l’on photographie.
Je ne suis pas revenu en arrière. J’ai simplement déplacé le centre de gravité.
Qu’est-ce qui vous oblige encore à ralentir, à attendre, à faire confiance à ce que vous avez perçu sans confirmation immédiate ?
Agrandissement : Illustration 2
⌘ Matthias Koch (non, pas juste photographe)
Né en 1964, quelque part dans l’angle allemand du monde. Traverse : Caracas, Santiago, Oaxaca. Puis s’enracine — Ardèche.