Les jours (adresse aux assaillants)

Mon dernier billet de blog, sous forme d'adresse (ou de haka ?)

Des grèves, des manifestations. Des grèves perlées. Ronde, régulière, grève sur grève tranquille. Jour 1, grève jour 2, manifestation, grève toujours. Jour 9. Manifestation. Voyez. Rassemblement, marche. Grande marche, manifestation. Jour 14. Voyez donc. Rassemblement. Évacuation, qu’importe. Grève encore. Grève. Regardez comme ça résiste. Évacuation, grève, occupation d’espace. Ici. Voyez donc comme ça dure. Et ailleurs, comme ça s’étale. Lacrimo. Qu'im-porte. Jour 28, manifestation. Regardez ça s’attarde. Est-ce que vous saisissez ?

C’est que, voyez-vous, nous ne voulons pas. Vraiment pas. De votre monde nous ne voulons rien. Ni les promesses d’abondance, ni la fléxibilité, ni la compétitivité, ni la modernisation. Rien. Car chacune d’elles se fait sur le malheur. Toutes se bâtissent sur l’injustice et sur l’échine des autres, de nos semblables, de nous-mêmes ou équivalent. Alors oui ça coince. Ça s’agglutine. Ça freine des quatre fers. Vous avez vu, là haut ? Allez-vous comprendre ? Un jour ? Quel numéro ? Nous ne sommes pas des bêtes que l’on mène à l’abattoir. Regardez-nous. Nous ne sommes ni des animaux, ni des adeptes du désordre. Nous ne sommes pas des hordes. Bien au contraire. Nous sommes organisés.

Allez-y. Allez-y donc. Mais nous vous en prions, faites. Oui vous pouvez toujours. Nous vous voyons, depuis des mois, aller encore et encore à la charge. Essayer par tous les biais. Jour 1, jour 30. Nous vous voyons parfaitement, marche après marche, défoncer les portes, faire sauter les briques. Vous ne voulez qu’une seule chose : le règne d’un monde sans règles. Un monde détruit. Ah, la voilà, votre liberté : un champ de ruines. Nous vous voyons avancer les coupe-coupe à la main. Mais nous sommes toujours là. Inusables. Rassemblement, grève. Insubmersibles. Solides comme des rocs.

Vous tentez, nous résistons. Lacrimo, dispersion, grève, rassemblement. Rythme imperturbable. Regardez-nous nous reformer, chaque fois plus résolus et un peu plus nombreux. Et tout en devenant une masse, notre masse, nous nous organisons. Calmement : le temps est avec nous. Alors vous pouvez toujours espérer, oui. Vous pouvez toujours menacer. Vous savez quoi ? Vous pouvez toujours courir. Nous ne céderons rien. Nada, pas un pouce. Nous n’avons jamais été si sûrs de notre fait, si convaincus et si soudés. Et si nous le sommes, c'est qu'il n’y a plus aucun doute sur vos intentions. Ça aide, comprenez : plus vous vous obstinez, plus nous voyons clair et plus nous nous renforçons. Nous sommes forts de notre parfaite connaissance de la situation. Regardez-nous enfin : déterminés, paisibles.

Nous ne nous battons pas pour notre pomme, ne défendons pas notre pré carré. C’est l’intérêt général que nous voulons. Levez un peu la tête, vous rendez-vous compte ? Nous voulons le droit d’être dignes toujours. Et le droit de vivre ainsi : dignement. Celui d’être soignés, d’aller où bon nous semble. Celui d’accueillir ceux qui ont besoin d’aide, et le droit de vieillir en paix. Le droit de nous transformer aussi, au fil de nos enseignements. Le droit de regarder l’avenir. De voir le temps passer. Sans souffrir, tête dans le guidon, peur au ventre et poches vides. Nous voulons le droit de vivre ensemble. Ce droit, ce droit seulement mais ce droit tout entier. Vivre pour de bon, tous ensemble.

À votre dogme de l’égoïsme, nous opposons toute la volonté dont nous sommes capables. En masse. Jour après jour, sans fléchir, nous vous opposons la fraternité par la fraternisation. Plus vous glorifierez l’individu, plus nous nous rassemblerons. Plus vous vous enfouirez dans vos litanies, plus nous nous étendrons. Corps inoxydable. Allez, relevez donc un peu la tête : cagnottes, grèves, rassemblements. Jour 1, jour 1000. Vous saisissez ? Ouvrez grand les yeux. Encore. Encore. Et dites-vous bien que vous n’avez encore rien vu. Prochain rendez-vous : jour x, une étape. Tranquille, joyeuse et digne.

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