Delevoye royal

Aujourd'hui je veux exprimer un coup de gueule. Promis, on ne peut plus sincère et spontané. Et si je prends la plume, c'est que l'heure est grave. Il n'y a pas d'autre mot. Le climat dans le pays devient insupportable. La suspicion permanente, les attaques personnelles, ce n'est plus acceptable. Ça suffit, la calomnie : Jean-Paul Delevoye est un brave homme.

Un cheval de trait Un cheval de trait

 

Aujourd'hui je veux exprimer un coup de gueule. Promis, on ne peut plus sincère et spontané. Et si je prends la plume, c'est que l'heure est grave. Il n'y a pas d'autre mot. Le climat dans le pays devient insupportable. La suspicion permanente, les attaques personnelles, ce n'est plus acceptable. Ça suffit, la calomnie. Je ne serai pas de ceux qui hurlent avec les loups. Je n'ai pas peur de le dire : Jean-Paul Delevoye est un brave homme. 

Tout d'abord, il a consacré la plus grande partie de sa vie à servir le pays. Entre ses fonctions de maire, de député, de conseiller régional et général, de sénateur, de ministre et désormais de haut-commissaire à la Réforme des retraites, il cumule au total plus de 80 années de mandats politiques. Qui peut en dire autant ? Qui peut se targuer d'un tel sens du devoir ? Il n'a eu de cesse, depuis qu'il a été élu à 27 ans conseiller municipal RPR de Bapaume, sa ville natale, de travailler au bien des Français. C'est sa pugnacité, mais aussi sa capacité à tisser des relations profondes et fidèles, qui ont permis son ascension dans le monde politique. Jean-Paul Delevoye s'est fait à la force du poignet. C'est un homme de volonté. 

À cette force de caractère s'ajoute une faculté de travail hors norme (mais les deux, avouons-le, vont souvent ensemble). Voyez donc : sur toute sa carrière, Delevoye a réussi à accomplir un nombre de tâches d'utilité publique qui ne peut que forcer l'admiration. Il fut président de l'Association des maires de France en même temps qu'il était maire et sénateur ; tout à la fois président du Conseil économique, social et environnemental et Médiateur de la République et ce, toujours en exerçant plusieurs mandats électoraux. Oui, on ne peut que le constater ; Jean-Paul Delevoye est une bête de somme. Un boulimique du travail. Un cheval de trait. Il en a toujours été ainsi. À l'heure où ceux qui acceptent de se retrousser les manches se font rares, c'est sans aucun doute une chance pour notre pays. 

Alors, aujourd'hui, sous le prétexte fallacieux de quelques oublis dans sa déclaration d'intérêts en réalité sans conséquence, il est traîné dans la boue. C'est de la diffamation pure et simple, on ne peut laisser faire. Car regardons de près de quelles activités il s'agit. Tout d'abord, Jean-Paul Delevoye a su mettre ses idées en application en se rapprochant dès 2016 d'IGS, un consortium d'écoles de formation privées spécialisées dans les assurances et les affaires. Pour se faire une idée de leur orientation philosophique, on pourra citer the American Business School of Paris, ou encore l'ESAM (école de finance d'entreprise et de management stratégique). Ainsi, tandis que Parcours sup' était en train de se mettre en place, jetant des milliers d'étudiants dans l'inconnu, et que l'Université laissait les moins performants et les plus ou moins fortunés sur le carreau, Jean-Paul a décidé de plonger les mains dans le cambouis pour aider au développement de nombre de ces établissements. Une telle cohérence entre ses convictions libérales et ses actes doit être saluée. Après tout, on ne compte plus les politiques qui font le contraire de ce qu'ils prônent. Jean-Paul, en aucune mesure. On peut même lui reconnaître un certain flair. Nageant comme un poisson dans l'eau dans cette manne financière, il s'est avéré, plus que tout autre, un esprit avisé.

Très vite, c'est son talent seul qui l'a amené à devenir l'un des administrateurs de l'Institut de la Formation de la Profession de l'Assurance, qui menaçait de couler. Ici, à n'en pas douter, nul copinage ni jeu d'influence n'a favorisé sa nomination. Et là encore, Delevoye a su agir avec brio. De surcroît, il l'a fait bénévolement. Si, si. Ou plutôt non, non : sans rien attendre en retour. Il a tellement bien fait que l'IGS lui a même demandé de mettre en place un module "humanisme" dans l'ensemble des cursus. Car pour un homme de convictions tel que lui, il n'est pas question de former de jeunes loups sans foi ni loi dans le milieu de l'assurance, mais de les sensibiliser aux problèmes du commun des mortels. De leur faire toucher la vraie vie, avec ses inévitables malheurs, ses épreuves. Pour qu'ils comprennent mieux leurs futurs clients. Craintes pour sa descendance, peur de la maladie, retraite insuffisante sont autant de raisons de souscrire une assurance. Les futurs employés de ce secteurs doivent être capables de faire signer les contrats les plus juteux pour leur entreprise avec toute l'empathie nécessaire. Grâce à Jean-Paul Delevoye, le monde des affaires sera donc un peu meilleur. On le réalisera un jour et l'Histoire lui rendra justice. 

Bon, c'est vrai. Pour la création du module de formation humaniste, il a été payé. Mais s'il y a malaise à ce jour, ce n'est pas de son fait. C'est qu'il y a, à l'origine, un très regrettable malentendu. Jean-Paul Delevoye, comme beaucoup de ses amis, mêle inextricablement les activités rémunérées et celles exercées à titre gracieux. Nous n'avons pas l'habitude de réfléchir ainsi, pauvres êtres vils et sans morale que nous sommes, mais il faut concevoir sa vie comme une sorte d'occupation constante et protéiforme, entièrement mue par le souci de l'autre, et son influence comme une grande toile d'araignée qui se déploie au sein d'un cercle d'amis et d'hommes de confiance, puissants et qui lui ressemblent. Tous, comme lui, sont de grands bienfaiteurs de l'humanité. 

Ainsi, dans toute cette affaire, la question de l'argent est secondaire. Absolument secondaire. Les contrats n'interviennent que si les conditions du moment s'y prêtent. Si la salarisation vient à être suggérée par un tel, qui y voit un acte de reconnaissance ou que sais-je, si c'est pour une mission spécifique, ponctuelle, pour laquelle Jean-Paul apparaît indispensable. Mais souvent, reconnaissons-le, le fait est qu'il est l'homme de la situation. Cependant, l'enjeu n'est pas tant celui de l'argent que de la mise en oeuvre de ses valeurs profondes. Comment expliquer autrement que Jean-Paul puisse recevoir de l'argent pour sa fonction de Président d'honneur d'un think tank ? Et pas pour celle d'administrateur à la Fondation de mécénat de la SNCF ? Non, vraiment, travailler chaque jour au bien commun est chez lui un mode d'être, presque une seconde peau. En aucun cas un métier. Et mettre sur la table comme on le fait aujourd'hui les revenus annuels d'un si honnête homme a quelque chose de terriblement mesquin. Je le dis comme je le pense. 

D'ailleurs, pour revenir à sa fonction au think tank Parallaxe, il a gagné trois fois rien : 5300 mensuels pour un apport incommensurable à la fois en terme de sens éthique et d'expertise. De toute façon, quand on n'aime, on ne compte pas. Et indéniablement, Jean-Paul Delevoye est un homme apprécié dans le monde de l'entrepreunariat humaniste. Parallaxe, pour ceux qui n'y connaissent rien - mais qui sont, bien trop souvent, les plus prompts à critiquer - est entièrement dédié à la réflexion sur les orientations que devra prendre le système éducatif dans les prochaines années. Ici encore, il ne s'agit de rien d'autre que de faire progresser la société dans son ensemble : 

"Face à l’insatisfaction des étudiants concernant le système éducatif actuel, HEP a créé son think tank Parallaxe afin de définir, faire vivre et évaluer l’impact d’un nouveau modèle éducatif s’appuyant sur trois valeurs universelles : Humanisme, Entrepreneuriat, Professionnalisme." Voilà la phrase en gras de la brochure de présentation du think tank. Si vous ne reconnaissez pas là un programme d'avenir porté par un homme d'ambition, je ne sais pas ce qu'il vous faut. 

Certes, à la première lecture, les noms des valeurs semblent un peu tomber comme un cheveu sur la soupe. Ils sont en fait un copier-coller de la page de garde du site d'IGS, dont dépend HEP (Humanisme, Entrepreunariat et Professionalisme - avouez-le : tout s'éclaire), et donc Parallaxe. Mais ne nous y trompons pas : il ne s'agit pas là d'une secte. Ces termes sont très exactement le reflet des croyances profondes, pour ne pas dire de l'idéologie, de notre homme. D'ailleurs, il suffit de faire le bilan : de la privatisation de l'éducation à la défense de la République, de l'accompagnement des entreprises au lobbying, Jean-Paul Delevoye pense, parle, boit humanisme. Il n'y a pas à chipoter, tout n'est chez lui que philanthropie. 

Ces qualités humaines sont trop rares. À cause de brutes épaisses qui ne pensent qu'à y voir le mal dès qu'on essaie d'agir, de fainéants qui ne se sentent vivre que quand ils font grève, notre économie est aujourd'hui engluée. Fort heureusement, le monde du CAC 40 reste éloigné de cette fange. En son sein, Jean-Paul a pu tisser au fil de ses activités de riches et fructueuses amitiés. Bénévole (ou pas), il a ainsi côtoyé les meilleurs : Armelle Carminati-Rabasse, présidente de la commission innovation sociale et managériale du MEDEF (dont on sent, rien qu'au titre de sa fonction, toute la fibre altruiste qui la constitue), Bérangère Golliet, directrice transformation de Danone France (institution toute entière consacrée à l'élévation de l'esprit humain s'il en est). Même Cédric Villani, notre mathématicien iconoclaste préféré, est passé faire un coucou à Parallaxe. À ce charmant tableau de winners, il ne manque que le directeur de Total. Il ne doit pas être loin [1]

Sans parler de tous ces hommes et ces femmes formidables, venus de secteurs privés - des gens qui n'ont pas peur de mouiller la chemise - qu'il a aidé à émerger et fait accéder à des responsabilités nationales, alors qu'il était DRH des candidats En Marche ! aux élections législatives. Comment, vous n'arrivez pas à suivre ? Il n'était pas à l'UMP ? Non : Jean-Paul Delevoye a rejoint LREM dès la campagne des présidentielles. Je vous vois venir et vous arrête tout de suite. Cela ne fait en aucun cas de lui une girouette. Pensez donc : tout dans son parcours atypique et ses multiples casquettes montre qu'il est un parfait porte-drapeau du monde selon Macron. Il est un vrai marcheur, l'homme du (tout) en même temps.   

Alors, faire passer l'irréprochable serviteur de la nation qu'est Jean-Paul Delevoye pour un homme de manigances est inadmissible. Comment peut-on sous entendre qu'il a sciemment caché ses conflits d'intérêts entre ses activités et sa mission de mise en place de la réforme des retraites ? Comment une telle lubie peut-elle s'emparer du pays tout entier, si ce n'est par la volonté acharnée des journalistes en mal de scandales ?

Aujourd'hui, c'est à vous que je préfère m'adresser directement : à vous qui trouvez que mettre sur le même plan, en utilisant à tort et à travers le terme de "bénévolat", quelqu'un qui aide au quotidien des associations et quelqu'un qui conseille des faiseurs de profit, c'est obscène. À vous qui pensez qu'appeler humanisme la formation au management d'entreprise, c'est ignoble. À vous qui ne voyez dans les activités d'un grand homme qu'une opacité comparable à celle de montages fiscaux. À vous qui voyez le mal partout, je le dis : vous êtes d'indécrottables Gaulois réfractaires. Vous ignorez ce qu'est le vrai travail, celui qui ne se compte ni ne se déclare. Vous ne savez pas ce que sont les véritables amitiés, celles qui sont capables d'infléchir la politique d'un gouvernement. Vous ne savez pas ce qu'est une vie consacrée à défendre les intérêts d'une minorité détestée par la masse grossière, qui grouille et gronde sans cesse. Tout ce que vous méritez, c'est 1000 euros de retraite, si vous avez la chance du moins d'atteindre 64 ans avec une carrière complète. Ce sera certes moins que le seuil de pauvreté, mais croyez-moi, ce sera déjà cher payé. 

 

 [1] Bingo, que ne voit-on pas sur le site de l'IGS-RH ? Le logo de Total, coincé entre ceux de Disneyland et de Nestlé, ces autres fers de lance du progrès humain. 

 

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