On ne fait pas de bonne lutte sans casser des oeufs

Action d'Extinction Rebellion dans une gare de Londres, mobilisation des cheminots en France... à l'heure de la multiplication des protestations, tout le monde en vient à s'interroger sur les formes que doivent prendre les luttes actuelles. Mais quand la critique devient virale, y compris dans son propre camp, ne cède-t-on pas au piège tendu par le pouvoir ?

Émeute Émeute

Comme souvent, ce sont les images qui me remettent en selle. Il y a quelques jours, je vois une vidéo tournée sur un quai de gare, et me voilà devant mon écran d’ordinateur pour colorier une page blanche de quelques mots. Leur vision m’oblige à poser des mots comme autant de barrières face à la violence du monde. Les images dont je parle montrent des membres d’Extinction Rebellion tentant de bloquer un train à Londres. L’un d’eux finit par être attrapé et descendu du toit du train. À terre, il se fait ensuite lyncher par une partie des usagers restés coincés sur le quai - brièvement, je précise, et sans blessure physique grave à l’issue de l’incident. Ces images, qui ont provoqué chez certains une véritable sidération, ont depuis largement été diffusées et analysées, comme dans cette chronique d'Arrêt sur images. Après un an de mobilisation des gilets jaunes et de répression du mouvement, la vidéo de l’action ratée d’XR m’amène plus que jamais à engager une réflexion sur les formes que doivent prendre les luttes actuelles et à venir.  

Cette action, la section londonnienne de XR l’a elle-même officiellement condamnée : le groupe avait préalablement voté contre son lancement, mais les deux militants se sont entêtés. Jusqu’à maintenant, XR s’en est en effet plutôt pris aux groupes industriels, aux magasins et aux ministères, toujours en suivant des principes de non violence. Beaucoup de monde, depuis la diffusion de la vidéo, a reproché aux deux militants d’avoir nui en premier chef aux travailleurs, dont certains, pauvres, précaires, n’ont d’autre choix que d’aller trimer chaque jour. Je ne suis pas totalement d’accord avec ces critiques. Tout d’abord parce que la ligne bloquée était celle rejoignant la City, quartier des affaires de Londres où se retrouvent traders et et autres serviteurs sans foi ni loi du capitalisme.

Toutefois, parmi tout ce monde, et quand bien même ils n’auraient pas été majoritaires, on peut raisonnablement penser que dans le pays du contrat 0 euro, un certain nombre de femmes de ménages, de manutentionnaires, d’ouvriers, de précaires et d’employés peu diplômés étaient, ce matin-là, eux aussi sur le quai. Sont-ils parmi ceux qui ont lynché les deux militants ? Rien ne l’indique. Il serait tout aussi plausible que les plus violents aient alors été ceux qui servent avec le plus de zèle l’économie ultra-libérale qui précipite notre planète à sa perte. La vidéo ne permet pas de dire que les employés les plus précaires sont les plus hostiles au blocage du train. De ce point de vue, il faut échapper à la tentation du cliché et ne pas voir dans cette vidéo une résonance de celle qui avait montré, il y a quelques mois, une émeute lors d’une promotion sur le Nutella dans un supermarché parisien.

Cependant, l’échec de l’action des membres d’XR doit nous interroger sur la réception des mobilisations et leur impact sur les populations. Cette question est d’autant plus brûlante, que le mouvement des gilets jaunes, bien que très affaibli, en est aujourd’hui à son 49ème acte, que le monde est embrasé de mobilisations de toutes sortes, toutes plus ou moins (mais surtout plus) réprimées dans la violence, qu’en quelques mois XR s’est étendue comme une traînée de poudre dans des dizaines de pays. Rien que pour la France, il ne se passe plus un mois sans qu’un corps professionnel, un mouvement social, un groupe écologiste fasse parler de lui. C’est toute l’organisation de la société qui s’en trouve bouleversée. 

Mais avant de m’expliquer davantage, je ferai un petit détour par un autre fait d’actualité, plus récent encore : encore un blocage de trains, mais cette fois-ci au pluriel et en France, et qui fut ce week-end l’expression de la mobilisation des cheminots suite à un accident survenu mercredi dernier sur un passage à niveau dans les Ardennes. L’événement avait alors a mis en lumière le manque cruel de personnel dans les trains qui circulent sur tout le territoire.

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur le fait divers et la vague de protestation qui a suivi, voici un thread assez complet posté sur twitter.

Il paraît évident que le conducteur du TER a agi de manière admirable. Il est un de ces héros du quotidien que le pouvoir ne reconnaîtra sans doute pas avec la force que son acte mériterait pourtant - et pour cause : mettre en exergue la prouesse du cheminot marchant pendant plus d’un kilomètre dans le noir, seul, blessé, sur les rails afin de signaler l’accident et éviter toute autre collision, ne l’arrangerait pas.

Comme beaucoup sans doute, je ne savais pas que nos voyages se faisaient dans de telles conditions. Pincez-moi, on nage en plein cauchemar ! Qui accepterait d’entrer dans un avion entièrement géré par un unique pilote ? Invraisemblable : la situation dans laquelle on a mis les employés de la SNCF, et avec eux, les passagers, est tout simplement invraisemblable. Je crois même que cette fois, on peut légitimement dire que les usagers ont été pris en otage : les puissants les ont volontairement coincés à leur insu dans un système absurde et dangereux.

En finir avec le risque consenti

Pour autant, le fait est que certains cheminots se retrouvent seuls dans certains trains depuis 10 ans. Les réformes qui ont amené à cette situation ne sont donc pas nouvelles. Bon an mal an, et même s’il faut reconnaître que les syndicats continuent régulièrement à dénoncer cette situation, les conducteurs l’ont jusqu’à maintenant acceptée. Cela s’appelle le risque consenti. Chaque jour, en prenant la route, tout au long de ces dernières années, ils savaient qu’en cas de problème, ils auraient à gérer de bout en bout la situation. Quand je dis qu’ils savaient, je ne parle pas de la connaissance théorique – ça, c’est la connaissance des bureaucrates, celle qui leur fait prendre pour les autres des décisions en dépit du bon sens : je parle de connaissance « dans sa chair ». J’imagine aisément que chaque montée dans un train où il se savait seul membre du personnel à bord, devait être pour le conducteur source, sinon d’angoisse, du moins d’appréhension. Je ne serais pas surprise d’apprendre que depuis des années, beaucoup de ces conducteurs vont travailler la boule au ventre.

Pour autant, la réalité est têtue : ce n’est certainement pas l’accident de mercredi qui a révélé aux cheminots la fragilité de la situation. L’affirmer serait aussi absurde que dire que le passage à niveau de Saint-Pierre-sur-Vence fait courir un danger immédiat aux usagers de tout le pays. Le droit de retrait est un droit formidable, qui protège le travailleur quand survient un péril dit « grave et imminent ». On peut le retourner dans tous les sens, s’appuyer sur ce droit pour la situation de protestation actuelle est un abus de langage, qui détourne le sens véritable du droit de retrait. On peut donc soutenir sincèrement le mouvement des cheminots sans tordre le réel. Il ne faut pas confondre « droit de retrait » et « grève pour raison de sécurité ». Cette question est en réalité récurrente, en voici un exemple expliqué par un avocat. Mais la question n’est pas juridique : le problème le plus grave selon moi est que s’obstiner à utiliser la dénomination du « droit de retrait » empêche de pointer la véritable problématique soulevée par l’accident.

En effet, l’état est particulièrement doué pour jouer sur l’acceptation par les personnels du risque encouru. Fin des régimes spéciaux, allongement de la durée du temps de travail, diminution drastique des effectifs dans la fonction publique… c’est sur elle, et elle seule, qu’il s’appuie pour mener ses réformes. À l’école, en classe comme lors de sorties pédagogiques, il n’est pas rare pour un enseignant d’avoir en charge un nombre d’élèves bien plus important que ce que ses capacités lui permettent réellement. Lui aussi expérimente alors la boule au ventre. Des situations au moins aussi problématiques, quand elles ne tournent pas carrément au drame, ont lieu tous les jours dans les hôpitaux et les services d’urgence où des patients sont livrés à eux-mêmes par manque d’infirmiers ; dans les instituts psychiatriques, des malades arrivent parfois à commettre des actes violents, faute encore une fois de personnel pour les surveiller et les soigner convenablement. On connaît cette réalité. On sait tous que l’État comme les entreprises spécialisées dans le service à la personne tirent sur la corde autant qu’ils le peuvent. Les employés, par souci de mener leur mission, par refus de bloquer un service qui gère des situations d’urgence, par crainte enfin d’abandonner des personnes qui ont besoin d’eux au quotidien, en viennent à faire avec ces abus.

La question de la légalité ne sert que le pouvoir...

C’est pourquoi ces situations doivent non seulement être dénoncées, mais aussi empêchées. Quitte à ce que ces services devenus des machines à profit s’arrêtent. Que les cheminots fassent connaître, à l’occasion de l’accident des Ardennes, l’étau dans lequel les ont mis la SNCF, l’État et les directives européennes, qu’ils clament aujourd’hui que la coupe est pleine. Mais qu’ils cessent d’agiter le code du travail : il ne les mènera nulle part, ne les protégera en rien. Or, à quoi le conflit a-t-il tourné ces derniers jours ? À un dialogue de sourds. Une bataille sémantique. D’un côté, on a vu une direction refuser toute légitimité aux revendications des conducteurs sous prétexte qu’elle n’est « pas admissible » « dans la forme », selon Jean-Baptiste Djebbari, le secrétaire général aux Transports. De l’autre, les divers représentants du mouvement clament à l’envie la légitimité de leur exercice du droit de retrait, comme si se jouait ici la légitimité même de leur protestation.

On comprend les raisons de la rhétorique cheminote : le droit de retrait permet de ne pas faire de préavis, il est individuel (ne passe pas par les syndicats), spontané, et garantit la rémunération pendant l’arrêt du travail. Faire reconnaître le droit de retrait, c’était donc s’éviter des sanctions que l’employeur, déjà prêt à mettre en route une procédure judiciaire, ne demande qu’à appliquer. Mais quand l’employeur en question est soutenu par le gouvernement, que tout un dispositif juridique attend au tournant, que l’ensemble de la population soupçonne les cheminots de chercher des prétextes pour ne pas travailler, l’erreur n’est-elle pas justement de chercher à tout prix à s’inscrire dans le cadre préétabli ? N’est-ce pas purement et simplement une perte de temps ? Un tel attachement à entrer dans un cadre légal me semble en tout cas problématique, ne serait-ce que parce que c’est LE point de jonction avec le pouvoir.

Les cheminots n’en peuvent plus ? Ils appréhendent avec anxiété la diminution annoncée pour décembre prochain du nombre de contrôleurs dans les trains ? Qu’ils se soulèvent. Qu’ils assument même d’entrer dans l’illégalité, comme certains citoyens entrent en désobéissance civile. Les mois de grèves précédents, contre la réforme de la SNCF leur ont-ils donné gain de cause ? Non, bien sûr. Alors qu’ils s’insurgent, qu’ils mettent le pays sens dessus dessous, puisque la situation l’exige. Et surtout, qu’ils fassent un bras d’honneur au gouvernement et ses valets : et quoi ! ce sont après tout des mesures tout à fait légales, mises en place avec la complicité des acteurs économiques et politiques les plus éminents, qui ont permis de laisser seuls les conducteurs dans les trains ! Et il faudrait suivre « les règles en vigueur » pour protester ? Mais qu’elles volent en éclat, ces règles : si les cheminots ne veulent pas travailler avec une épée de Damoclès au-dessus de leur cabine, ils peuvent s’en débarrasser. Il est illusoire de croire qu’à l’heure actuelle, on pourra obtenir satisfaction sous prétexte qu’on a respecté strictement les procédures législatives imposées par le code du travail. Nous sommes entrés dans une ère de lutte, âpre et dure. Le pouvoir en place n’aura aucune pitié pour nous ni cherchera aucun compromis. 

Qui croit une seconde que la répression sera moins sévère si le droit de retrait des cheminots est reconnu ? Le pouvoir ne nous a-t-il pas habitués depuis toujours, et plus encore ces derniers mois, à l’écrasement systématique de toute tentative de protestation sociale ? Réfléchissons bien à ceci : la grève était un acte de transgression avant de devenir un droit. Si on considère que les conditions de travail des cheminots, des infirmiers, enseignants ou pompiers ne sont pas réunies pour que ces hommes et ces femmes accomplissent leurs missions sereinement et convenablement, la question n’est pas de savoir si leurs actions sont légales ou acceptables, mais si elles sont nécessaires.

Ainsi, amener les protestations sur la question de leurs cadres, c’est à dire des limites qu’il faut leur donner, c’est accorder la victoire au pouvoir. Déjà d’ailleurs, à l’heure où j’écris, les conducteurs ont pour la plupart repris le travail. Beaucoup espèrent sans doute échapper aux sanctions dont la SNCF les a menacés. C’est là le drame : on a trop vu tous ces derniers mois ce que deviennent les mobilisations quand le pouvoir décide de leur degré d’« admissibilité ». On l’entend encore : nous tolérerons les gilets jaunes à condition qu’ils n’aillent pas sur les Champs Élysées ; oui, oui, on vous dit : les gilets jaunes, d’accord. Mais pas tous les samedis. Va pour des manifestations le samedi, mais plus d’occupation des ronds-points. Allez, les gilets jaunes ils sont gentils, mais pas les masqués. Ni les casqués d’ailleurs. Ni ceux qui ont des sacs à dos. Ni ceux qui portent un gilet jaune. Et voilà les écolos, maintenant. Bon, les sittings, oui, mais pas les blocages de centres commerciaux. Et puis non. Pas de sittings non plus, finalement : empêcher les braves gens de traverser les ponts, c’est tout bonnement intolérable…

On le comprend, si on laisse le choix au pouvoir, les entraves à l’expression publique peuvent bien varier à l’infini : à la fin, elles étoufferont la mobilisation.

Il faut comprendre que s’il y a un terrain où le pouvoir est à l’aise, c’est bien celui des lois et de la légalité. C’est à la fois lui qui les fait (l’adoption il y a deux ans de la loi renforçant la sécurité intérieure par les députés de la majorité en est un bon exemple) et lui qui en est le garant, dans une perspective permanente de maintien de l’ordre. Lui laisser la possibilité de décider des formes de mobilisation, lui donner même la parole sur la légitimité, la légalité ou l’acceptabilité d’une protestation, c’est lui céder le contrôle sur son issue. En répondant aux injonctions d’admissibilité, de légalité, mais également de popularité, toi, le militant sincère, l’insurgé engagé, tu te retrouves à faire ton petit défilé dans des parcours autorisés, autant dire dans des lieux qui n’auront pas d’impact, de visibilité ni de résonance médiatique.

 

... Celle de la popularité aussi

J’entends déjà les critiques : il est facile de donner des leçons, de lancer des injonctions à de braves travailleurs, mais ce n’est pas responsable. Les cheminots, pas plus que le reste de la population, ne souhaitent perdre leur emploi. Bien sûr, qu’ils doivent agir dans un cadre légal, s’ils ne veulent pas être jetés comme des malpropres ! Il y a plein de gens au chômage qui seraient contents de pouvoir prendre leur place, la SNCF n’a qu’à se baisser pour trouver de nouveaux employés. C’est vrai. C’est vrai, l’insurrection a un prix que peu de gens sont encore prêts à payer. Mais on en revient à la question soulevée par l’action du métro de Londres : est-il encore raisonnable de vouloir à tout prix préserver l’équilibre, de plus en plus fragile et que de toute manière l’on sait désormais condamné à disparaître, des hommes et des femmes qui alimentent le système ? Nous faut-il continuer encore à ménager nos vies ? Ne voyons-nous pas que le monde que nous avons connu est mort ? Que nous sommes tous comme des spectres ?

Je défends les cheminots qui perturbent les projets de vacances des usagers du train car leur cause est juste. Je défends leur mouvement comme je le fais de toute action capable d’avoir un impact économique et sociétal notable. Je soutiens toute mobilisation susceptible de changer le monde et d’entraver notre système économique mortifère. Alors, et de la même manière, si les protestations des cheminots les amènent à perdre leur propre travail ou voir la relation avec leur employeur sérieusement dégradée, la lutte en vaudra tout autant la chandelle. Plus que jamais, la fin justifie les moyens. Il n’y a pas, il n’y a plus d’alternative : vouloir préserver les populations, chercher l’assentiment des plus fragiles, inventer une écologie sociale et désirable, tout cela était un projet possible et intéressant il y a encore quelques années. Mais la gauche, empêtrée dans ses hypocrisies et ses affects puérils, n’y est pas parvenue. Désormais, il est trop tard pour avoir de telles velléités. Le réel, ses mains et ses yeux arrachés, ses mises au cachot, ses jeunes gens qui, par peur de la police, se jettent dans le fleuve et s’y noient, ses pompiers gazés, ses usagers à bout, ses voies ferrées mal entretenues, ses grèves et ses tempêtes surprises, ses canicules, ses catastrophes, ses cathédrales et ses usines qui brûlent, oui le réel, avec la promesse enfin d’une augmentation imminente de la température globale de 7 degrés, a déjà balayé tout désir de cohésion sociale, tout rêve de convergence des luttes.

Oublions ces mirages et ouvrons les yeux. Dans ces conditions, si nous voulons encore sauver ce qui peut l’être, nous devons commencer par cesser de nous demander à chaque mobilisation : était-ce la bonne manière de protester ? Fallait-il en arriver là ? Car si l’heure semble être à l’appréciation des actions militantes, si de tous côtés, le premier réflexe est de nous interroger sur la valeur, la portée et l’utilité de celle-ci, si nous continuons à nous perdre en commentaires sur leur acceptabilité, sachons que nous n’agissons pas autrement que le pouvoir. Or, en pensant comme lui, nous le servons.

J’ai déjà longuement écrit sur notre attachement viscéral au mode de vie capitaliste, au point de déterminer nos choix politiques et de nous condamner à une irrémédiable compromission. C’est en réalité une question qui me taraude : comment s’arracher à des liens qu’on chérit ? Je crois qu’on a trop d’avantages immédiats à vivre comme nous le faisons, à côté desquels, de manière tout à fait irrationnelle, la connaissance des inconvénients, tant immédiats que sur le long terme, tant individuels que collectifs, ne fait pas le poids. Alors parlons franchement. Selon moi, seuls deux événements pourront nous faire renoncer à nos modes de vie occidentaux : ou bien l’effondrement de notre système économique par le réchauffement climatique, ou bien la destruction de celui-ci par un emballement anarchique des luttes. En se produisant de toutes parts, en poussant comme des champignons comme elles ont déjà commencé à le faire, toutes ces luttes parviendront peut-être à harasser un système économique déjà chaotique. Et alors, comme une machine attaquée par des grains de sables jetés par poignées, il finira par imploser. Il est même probable que réchauffement climatique et bouillonnement social s’amplifient simultanément. Dans le temps qu’il reste pour éviter la catastrophe climatique, quelle autre option sérieuse est possible ? Qui peut croire à la possibilité d’une organisation harmonieuse de la révolution ? Nous n’échapperons pas à la cacophonie. Nous tous devons nous préparer à payer les premiers signes de l’effondrement de notre civilisation. Nous allons subir les protestations des uns, perdre encore davantage de confort quand d’autres se soulèveront. Et puis, à notre tour, nous irons combattre. Nous tous prendrons des coups, mais c’est le bon chemin car il n’y en a pas d’autre.

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