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Billet de blog 22 févr. 2020

Dati et la dernière (ligne) droite

C'est vrai, la vie intime d'Anne d'Hidalgo n'a pas été jetée en pâture. Dans le cadre de la campagne des municipales, le coup a été porté tout à fait ailleurs par sa rivale. Il n'en a pas été moins odieux.

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D'accord, c'est vrai, la vie intime d'Anne d'Hidalgo n'a pas été jetée en pâture. Vendredi nous n'avons rien appris sur sa vie sentimentale. Après la vidéo de Benjamin Griveaux puis l'échange par médias interposés entre Faure et de Castaner qui contribue à faire basculer, lentement mais sûrement, notre société à l'ère non plus du clash mais de l'humiliation, on peut souligner une telle retenue. Il le faut reconnaître, dans le cadre de la campagne des municipales, le coup a été porté tout à fait ailleurs par sa rivale. Il n'était pas placé au-dessous de la ceinture. Et puis disons-le, ce sont d'autres gens, de surcroît des anonymes, qui ont été montrés du doigt.

Il n'y a donc vraisemblablement pas de souci à laisser Dati dérouler son raisonnement sur une chaîne de radio à une heure de grande écoute. Le raisonnement, le voici : en Allemagne Merkel a mal géré la venue massive de migrants donc des tensions se sont créées avec les habitants donc certains sont devenus extrémistes donc il ne faut pas s'étonner de l'attentat d'Hanau. Un vrai sophisme comme seuls les politiques en osent. Mais ce n'est pas fini.
Il suffisait ensuite de parler de la politique migratoire prétendument inconséquente de l'actuelle maire de Paris pour comprendre le message que Dati était venue porter au micro qui lui était tendu : électeurs, électrices, voter Hidalgo, c'est prendre le risque d'un attentat raciste à Paris.

Voilà. C'est limpide et beau comme du Trump. Avec, cerise sur le gâteau, ce retournement habile qui fait des victimes - l'immigré, mais aussi le fils d'immigré, comme le sont nombre d'entre elles - les coupables véritables. L'assassin, le fou dangereux, lui, n'existe même plus. Il est sorti du discours. Il a disparu dans la masse des autochtones censés souffrir de la présence d'un ennemi fantasmé, venu s'installer, parait-il sans connaître nos valeurs culturelles fondamentales.

Il y a donc mille manières de dépasser les limites. Mille façons d'humilier. Celle-ci ne mérite pas moins d'être dénoncée. Mais en plus de provoquer la colère et l'indignation, l'attitude de Rachida Dati rend perplexe. Car Rachida Dati est elle-même fille d'immigrés. Elle ne parle pas de nulle part ni à un moment anodin. Elle vient en effet d'être directement prise à partie par Agnès Cerighelli, une élue raciste et islamophobe. Or, au lendemain de la plainte portée contre celle-ci par le ministre de l'intérieur, Dati a choisi de marquer les esprits par des déclarations plus odieuses encore. Comme s'il s'agissait pour elle de se débarrasser des attaques racistes en se faisant plus raciste que ses attaquants.

Mais si l'on tente de brosser un portrait psychologique de Dati, cette dimension, profondément déroutante, ne suffit pas. Car son intervention après les crimes d'Hanau montre qu'en politique tous les coups sont bel et bien permis. Des plus ignobles rapprochements à la désignation de boucs émissaires, de la justification d'attentats racistes à la stratégie de la peur. Mais aussi l'intégration et la réutilisation de préjugés dont on est régulièrement victime.

Rachida Dati est-elle seulement heurtée par les attaques qu'elle subit ? A-t-elle craint que les tweets de Cerighelli lui fassent perdre son élection ? Ne pense-t-elle plus qu'en terme de tactiques à court terme ? Ou bien ne se sent-elle absolument rien de commun avec l'histoire, souvent tragique, des migrants qu'elle désigne ?
On se souvient qu'il y a un mois à peine un homme était brièvement devenu dirigeant de Thuringe en s'alliant avec l'extrême droite. Mais les digues ne tombent pas qu'en Allemagne. Elles le font ici aussi, certes avec moins de retentissement que les scandales sexuels. Il n'empêche : nous y sommes, désormais tout semble bon pour grapiller quelques points, séduire les esprits emplis des pensées les plus nauséabondes. En campagne il n'y a plus de votes, ni potentiellement d'élus, de la honte.

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