Comment je suis devenu ‘’vieux’’, en temps de confinement

Je revendique mon droit à vivre ! Un esprit jeune se cultive, s’entretient… Il est le fruit de projets, d’évènements, de succès et d’échecs, de réussites et d’erreurs, de surprises, de curiosités, de rencontres… Encore plus nécessaire avec l’âge ! Tout ce qu’un confinement anéantit !

 Comment je suis devenu ‘’vieux’’, en temps de confinement.

Il ne s’agit pas, ici, d’accepter d’être classé dans une catégorie eugénique.
Pourtant, elle aurait bien intéressé des profiteurs qui lorgnent sur ce ‘’dingue de pognon’’ des prestations sociales !

Loin de moi, aussi, l’idée d’une autobiographie nombrilesque… Enfin, je l’espère…

Mais, se taire alors qu’il y a le feu à la maison, c’est comme regarder ailleurs !

Ces deux mois de confinement, qui se prolongent, m’ont vieilli plus que les 2 années précédentes.

Vous l’avez compris, je suis né il y a plus de 70 ans. Dans l’immédiat après-guerre (celle de 39-45), j’ai donc bénéficié de l’école républicaine et des trente glorieuses.

En 2009, le siège de l’Institut dans lequel je travaillais se délocalisant à Marseille, j’ai fait valoir mes droits à la retraite. J’ai été ‘’recyclé’’, comme il me plait de le dire.
En effet, il me semble que j’étais encore efficace et j’aurais bien poursuivi une année ou deux (maxi) mes activités professionnelles. Une jeune femme a repris mes fonctions et j’en ai été très heureux.
Vous l’avez encore compris, mon travail était intéressant, et gratifiant.

Depuis 2009, je me suis engagé avec conviction, dans deux associations. L’une militait pour les transports en commun en Ile de France. L’autre, à partir de 2015, plaide pour les enjeux de biodiversités en liens avec tous les enjeux sociétaux, écologiques et anthropologiques.

En effet, comme j’ai eu la chance de travailler avec de nombreux chercheurs, il m’a semblé nécessaire de mettre un peu de mes capacités au service de la collectivité. De fait, c’est une façon de poursuivre mon travail d’éducation, dans un autre contexte.

La retraite, quelle belle affaire !
Etant donnée l’actuelle situation démographique et de santé, il me semble impérativement nécessaire de repenser le ‘’contrat social’’ d’après le temps de ‘’la carrière’’. Le combat des travailleurs en entreprises, avec la juste réduction du temps de travail, ne doit pas aboutir forcément à un dogme monobloc.

Pour nombre de séniors, une conversion d’activités permettrait très probablement un meilleur vécu personnel et offrirait, à la société, le prolongement d’expériences acquises au fil des fonctions exercées… Beaucoup en prennent l’initiative, à titre personnel.
Mais, cette discussion collective ne sera possible que dans une démocratie, et en confiance !

Perso, je me suis ‘’mis en retraite’’ l’été dernier, suite à des problèmes de coronaires. Celles qui permettent de bien irriguer le corps !
Depuis, je travaille donc moins, moins de temps, moins intensément…

Pour autant, au début de cette année, j’ai eu la chance de pouvoir encore organiser et accomplir un voyage de deux mois pour découvrir une partie de l’Asie du Sud-est. Très intéressant. Très instructif…

J’en suis revenu, le 1er Mars, certes un peu fatigué, mais en pleine forme. Dans un bien meilleur état de santé qu’à mon départ…
J’y ai donc entendu parler (trop peu) du coronavirus et de l’épidémie qui s’étendait…

De retour en France, j’ai été consterné par les avis et commentaires relayés ou entretenus par les médias
Il faut dire que j’étais informé (un peu) sur les épidémies précédentes de choléra, H5N1, dengue, Sida, Zika, Ebola…

Sur les virus également. Depuis sa création, notre association alerte, en particulier, sur l’importance des microorganismes dans les dynamiques du vivant…

Et puis, mi-mars, est venue « cette guerre » contre un « ennemi invisible » qui ‘’obligeait’’ au confinement ! Comme en Chine… mais pas tout à fait comme !

Confiner une partie de la population ‘’chez elle’’, quand on a un ‘’chez soi’’, évidement… Et quand son travail n’est pas jugé indispensable à la survie de la collectivité.

Les mesures de précaution sanitaire ont été nommées ‘’gestes barrières’’, et la nécessaire distance à maintenir entre les personnes afin d’éviter toute contamination : ‘’ distanciation sociale’’ ! Fabuleuse formule !
Je connais la propension française à ‘’gonfler’’, telle la grenouille de la fable, les expressions qui font que, par exemple, tout un chacun parle de méthodologie avant même de développer une méthode !!! Mais enfin…

Avec les décrets pris au lendemain de l’’Etat d’urgence’’ l’objectif politique devenait clair : distancier (réellement) les forces sociales. « Restez chez vous = Taisez-vous ! »
En même temps qu’on appelle aux solidarités de la Nation, le gouvernement la prive de son moteur, son cœur, les instances démocratiques !!!

Confiner ‘’chez soi’’ cela signifie être privé de liberté, mais aussi privé de santé !

En effet, chacun a besoin, un besoin essentiel, existentiel, d’activités physiques et aussi de liens sociaux. Pas uniquement familiaux, lorsque ceux-ci sont heureux…

Nous savons l’augmentation des drames qui s’en est suivie… Nous ne mesurerons jamais toutes les conséquences délétères engendrées par ce confinement. Nous saurons bientôt, jour après jour, ses conséquence désastreuses pour l’économie.

Saurons-nous ses conséquences funestes en terme de santé ?

Certes, durant le temps du confinement, le pic de la pandémie a été freiné. Les dispositifs de soins médicaux (encore mal nommés ‘’services de santé’’ !), malmenés par l’idéologie néo-libérale, par un capitalisme dérégulé et conquérant, ont résisté grâce à la détermination et au professionnalisme des hospitalier-ères. Merci. La très grande majorité des malades ont pu être soignés, en France. Dans quel pourcentage ? Nous le saurons bientôt.

Mais, est-ce réellement l’effet du confinement ?
Nous ne pourrons probablement pas le savoir…
Et si c’était la menace (très regrettable par ailleurs) d’une amende élevée en cas de non-respect des distances de précaution dans l’espace public qui a été plus efficace ?

Que s’est-il passé dans les foyers familiaux ou collectifs ? (‘’clusters’’ sonnerait mieux ?)  N’ont-ils pas été un lieu propice à la transmission du virus ?

Comment comprendre les interdictions de parcs publics, de plages, de forêts… ? Interdire des activités en solitaire ou à distance des autres ! Quelle motivation ? quel objectif ? Quelle folie au regard de la santé !

Alors que la réalité épidémique nécessitait la rupture de chaines de contamination, c’est-à-dire ni plus ni moins que les ‘’gestes de précaution’’ ! Partout !

Quels esprits pervers ont-ils pu imaginer et imposer, en bande organisée, de telles privations ?

Que de peurs et de paniques orchestrées pour annihiler les réactions de toute une nation ! 

Lutter contre la pandémie, rompre les chaines de transmission créait des problèmes difficiles à traiter, c’est certain, y compris du point de vue démocratique : les lieux de rassemblement, les transports en commun, les comportements avec les enfants…

Une Nation éduquée et responsable aurait pu être mobilisée sur ces enjeux.
Elle aurait dû être associée aux décisions… Ne serait-ce là une vertueuse mobilisation ?

Les techniques ne manquent pas pour recueillir rapidement des avis. Sinon, les procédures de démocratie ne sont pas au point. Il faudrait y veiller.

Faut-il en déduire une panique au sommet de l’Etat, des incompréhensions… ou bien un projet politique inavoué ?

Toujours est-il que le bilan est déjà très lourd.
Or, sans prendre en compte les drames personnels et familiaux, le bilan spécifique à Covid-19 n’est pas si élevé au regard d’autres épidémies ou problèmes sociétaux bien plus mortifères. L’an dernier le paludisme a tué 400 000 personnes. Comme Covid19 pour l’instant.

Mais le bilan du confinement porte, lui, des pays entiers au bord de l’effondrement ! Il a précipité des populations en dessous des conditions de sécurité alimentaire ou sanitaire…

Voilà que mon histoire personnelle est replacée à sa juste mesure.
Je le dis, ma vie est derrière moi ! Mais, ma vie c’est aussi ma famille, des ami-es, les autres… Tous celles et ceux sans qui je ne serais rien.

Je revendique donc mon droit à vivre !
Ma vie c’est la culture, pas celle qui distingue, pas celle qui produit du fric (le Puy du Fou, par exemple), mais, celle qui rassemble, qui permet de comprendre, de partager, d’être solidaire, d’anticiper… de faire société. D’être en société. D’être heureux en société.

Ma vie c’est pouvoir choisir des livres dans une bibliothèque, aller au cinéma, participer à des conférences, voir des expositions… Parler, échanger, discuter, agir…

Ma vie, c’est marcher dans des espaces verts, voyager, apprendre, rencontrer des gens… Pas forcément de m’agglutiner à eux, puisqu’il y a contre-indication sanitaire.

Bref, ma vie c’est ma santé…
Celle des autres et celle de tout le vivant. On ne se refait pas ! Pas à mon âge…

Un esprit jeune se cultive, s’entretient… Il est le fruit de projets, d’évènements, de succès et d’échecs, de réussites et d’erreurs, de surprises, de curiosités, de rencontres… Encore plus nécessaire avec l’âge ! Tout ce qu’un confinement anéantit !

La vieillesse, c’est un rétrécissement de ses environnements. C’est le renoncement à ses rêves les plus raisonnables ou les plus fous… C’est un enfermement, comme le confinement !

Voilà pourquoi ma santé s’est détériorée en temps de confinement, pourquoi j’ai vieilli trop vite pendant ces quelques semaines…

Heureusement, la colère a mobilisé un peu de mes forces…
Heureusement, mon confinement n’a pas été aussi drastique, ni dramatique, que celui que se sont ‘’imposé’’ tant de personnes tétanisées par la panique !

Mais, à quoi bon se battre contre des Goliaths servis servilement par tant de nains ? Tant de nains ensorcelés, esclavagés aujourd’hui par les miroirs aux alouettes de l’argent, par l’hydre des GAFAMés, par la non-intelligence artificielle et par un usage des algorithmes monopolisé par les puissants !

Aurais-je encore la force de me reconstruire ? de m’indigner ? de résister ?

A l’heure qu’il est, ce samedi 30 mai 2020, je vais voir si le parc voisin a bien été ouvert… pour marcher, c’est une prescription médicale, pour marcher, penser et rêver dans un environnement agréable… Pour vivre…

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