Quelques petites observations pédagogiques !

Alors que les crises écologiques, économiques, sociales et culturelles sont mises en lumière par la crise sanitaire Covid-19, un regard inspiré de la pédagogie* peut être utile. Essayons de formaliser 5 caractéristiques qui marquent des processus d’aide aux apprentissages.

Alors que les crises écologiques, économiques, sociales et culturelles sont mises en lumière par la crise sanitaire Covid-19, un regard inspiré de la pédagogie* peut être utile.

En quoi serait-il spécifique ?

Essayons de formaliser 5 caractéristiques qui marquent des processus d’aide aux apprentissages.

Toute pédagogie se développe dans un temps long, en mobilisant plusieurs acteurs.

Les bénéficiaires, les apprenants, sont au cœur de ces dispositifs.
Chacun apprend toujours pour lui-même, il est bon de le souligner, avec ou sans l’aide d’autres. Dans des conditions plus ou moins favorables.
Et pourtant, en même temps, chacun des acteurs apprend également des autres !


Ce sont des stratégies gagnantes-gagnantes…

  • Première qualité du pédagogue : écouter !

Cela peut apparaitre étonnant puisque, selon le langage commun,
faire acte de pédagogie se limiterait à ‘’expliquer clairement’’ !

Un dispositif pédagogique va bien au-delà de la seule mise à disposition d’informations choisies et bien énoncées.

Il requiert l’écoute et l’observation des apprenants afin de pouvoir interagir avec eux, tels qu'ils sont et là où ils sont, condition nécessaire pour (ré)agir avec pertinence.
Il requiert aussi la connaissance des connaissances sur un sujet, dans un domaine…

Il requiert, si possible, une distanciation épistémologique de manière à se situer dans le temps long de la construction des savoirs…

  • Mettre en regard les représentations
    En premier, il convient d’admettre que tout système de description ou de connaissance est susceptible d’évoluer à la lumière de nouvelles informations, théories, hypothèses ou concepts… Ainsi fonctionnent les sciences.
    Nous parlerons donc de ‘’représentations’’.

Elles sont plus ou moins bien documentées, en adéquation avec le ‘’réel’’, objectivées et/ou plus ou moins prédictives…
Un système de savoirs est toujours tributaire de ses contextes, c’est un faisceau d’informations relativisées.

Le pédagogue s’informera donc du champ des connaissances autour d’un sujet ou sur un domaine. Si possible dans une perspective historique, épistémologique sous le contrôle des critiques, notamment philosophiques.

Il prendra également, et surtout, le temps d’écouter, d’observer, voire de diagnostiquer les représentations des apprenants.
Fort de ces mises en confrontation, de ces comparaisons, et à ce prix, il pourra envisager sa stratégie pédagogique.

  • S’interroger sur les chemins possibles
    Étant donnés les écarts analysés entre les systèmes de représentation, quels cheminements, quelles évolutions est-il possible d’imaginer ?

Célestin Freinet parlait des multiples chemins de l’apprenant…
Chemins qu’il serait bien imprudent de croire uniques et décelables… voire programmables !

Quelles informations, quelles expériences, quelles confrontations, quelles émotions, quels vécus… pourraient conduire vers des connaissances et des compréhensions jugées plus adéquates ? Plus exactes ? Plus actuelles ? Voire plus objectivées ?

La finalité trouve sa validité dans l’intérêt collectif. Comment le définir, le préciser ? Voilà un choix, un acte politique.

  • Rester modeste !
    Le conditionnel et les questions posées ci-dessus expriment la prudence nécessaire, et dans l’analyse, et dans les perspectives…

La pédagogie consiste, in fine, à modifier, intellectuellement et structurellement, l’environnement des apprenants.
C’est l’apprenant qui reçoit, perçoit, choisit, ignore… ce nouvel environnement culturel, émotionnel, structurel qui lui est proposé. Ainsi, il l’incorpore, l’ajoute, l’ignore ou le met en question dans son propre système de pensée, de représentations.

Quelle sera, dans la stratégie pédagogique, le fait, le vécu ou l’information qui portera ses fruits ? Quels fruits ?

Au niveau global, lorsqu’il s’agit de repenser toute une structure de compréhension, Bachelard parlait de ‘’rupture épistémologique’’.
Pour éclairer cet aspect, il est possible de faire référence aux représentations de la planète Terre, perçue d’abord dans une platitude bornée puis, au prix de ruptures difficiles, elle a été intégrée dans un système dynamique de galaxies…

Ou bien la vision d’éléments juxtaposés et décrits (la nature) va devenir des systèmes en évolution (l’écologie)…
Passer d’une perception élémentaire et statique du monde à des emboitements systémiques… avec des boucles de rétroactions…

Perception fort utile aujourd’hui, par exemple, pour avoir une lecture dynamique des crises qui s’expriment avec Covid19 et aussi pour analyser les conséquences des mesures prises pour essayer d’enrayer la pandémie… 

  • S’indigner !
    Toujours interroger les évidences !!!
    Remettre en question (y compris soi-même)

    Ne pas accepter un état de confort qui pourrait satisfaire une pensée paresseuse…
    N’accepter aucune hiérarchie de valeurs comme étant ‘’naturelle’’ !

    Questionner, et questionner encore
    Écouter et écouter encore… les Autres, les autres théories…
    Observer, et observer toujours !

Expérimenter… lorsque c’est possible
S’indigner à chaque fois que nous le ressentons nécessaire.

Par exemple, faire de la consigne de confinement ‘’Restez chez vous’’ le message premier, masque la nécessité sanitaire ‘’Gardez un mètre de distance’’.
Il sera difficile de changer de stratégie le temps du déconfinement venu…
Et pourtant…

 

Nous sommes loin du ruissellement des connaissances ! Ou même du fameux ‘’transfert’’ et de la très dangereuse et trompeuse ‘’maîtrise’’ ! Loin des illusions de l’enseignement top-down… Loin des stratégies marketing !

De quoi ouvrir des espaces pour faire évoluer notre vieux système scolaire…

Certes, en bousculant certains pouvoirs établis ! Mais, en offrant des espoirs de sociétés beaucoup plus solidaires, démocratiques et participatives…

Pour chacun-e, et donc pour toutes et tous,
Rien que du bonheur, rien que de la liberté et de la dignité, rien que de la convivialité… partagés 

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